Lettre à son frère Lorenzo 1561

Editorial  

Après avoir pris connaissance, depuis 4 ans, des œuvres majeures de Thérèse d’Avila nous consacrerons cette année à la lecture de ses autres écrits : Relations, Poésies, et notamment son abondante correspondance (près de 500 lettres entre 1560 et 1582). Ces lettres constituent le document le plus riche de son itinéraire autobiographique et sont d’un intérêt considérable sur cette époque.  

Quelques pistes pour lire ces Lettres :
a- Que dit Thérèse sur elle-même ? explicitement ou de façon implicite, par ex. les traits de sa personnalité ?
b- Que dit-elle du contexte et de la réalité : thèmes abordés,  soucis, décisions, conseils proposés ?
c- Que dit-elle de Dieu, de la vie spirituelle ?

JHSComme dans toutes ses Lettres elle commence en dessinant dans la marge supérieure l ‘anagramme JHS « Jesus Hominum Salvator » insérant la Croix dans la hampe du h, puis vient la salutation religieuse : « Que l’Esprit Saint soit toujours avec vous. Amen » Puis elle commence son message comme une conversation où les thèmes jaillissent à flots.

Lettre à son frère Lorenzo de Cepeda à Quito,
écrite d’Avila le 23 décembre 1561.

Therese de Jesus ecritSenior, (que sa Majesté) vous récompense du soin que vous avez pris de nous secourir tous avec tant de diligence. J’espère en la Majesté de Dieu que vous gagnerez ainsi beaucoup à ses yeux, car l’argent est vraiment arrivé à point pour tous ceux à qui vous en envoyez ce fut pour moi une bien grande consolation. Et je crois que Dieu vous a inspiré d’envoyer une si forte somme…
Sachez seulement que des personnes saintes et doctes estiment que je dois faire trêve de lâcheté et tout mettre en œuvre pour fonder un monastère où il n’y aura que 15 religieuses, sans jamais dépasser ce nombre, en très étroite clôture, sans jamais sortir ni voir personne sans voile devant le visage, très établies dans l’oraison et la mortification…

 Je suis soutenue par cette dame DonaYomar… son mari est mort il y a 9 ans lui laissant une rente de trente mille Réaux…Elle est d’une grande spiritualité. Il y a plus de 4 ans que nous sommes liées d’une amitié plus étroite que si elle était ma propre sœur. Elle m’aide beaucoup car elle me donne une grosse partie de ses revenus…Tout ce qu’il faut faire je le fais moi-même ainsi que l’achat d’une maison. Je l’ai achetée mais secrètement…Sans rien d’autre que ma confiance (puisque Dieu veut que je fasse ce couvent, il y pourvoira) j’ai passé la commande aux ouvriers. Cela semblait de la folie, arrive sa Majesté qui vous inspire d’y pourvoir… Je crois que Saint Joseph (c’est ainsi que s’appellera le couvent) a voulu que rien ne manquât et je sais qu’il vous le rendra. Enfin quoique pauvre et petite, cette maison a une belle vue sur la campagne. Cela fait, il n’y avait plus d’argent…On est allé demander les Bulles à Rome car quoique le couvent soit de mon ordre nous serons sous l’obédience de l’évêque. J’espère en Dieu que ce sera pour sa plus grande gloire… Recommandez notre entreprise à Dieu… Je vois que vous êtes sur le chemin du ciel…Plaise à Lui que vous fassiez de constants progrès à son service. Il paie sans compter, nous ne devons donc pas compter les efforts que nous faisons pour servir le Seigneur, mais avancer ne serait-ce qu’un petit peu chaque jour et avec ferveur… Croyez que tout le mal que vous vous donnez n’est pas seulement de votre vertu, je crois que Dieu vous inspire.

 Ma sœur Dona Maria m’a envoyé une lettre hier. Elle en enverra une autre lorsqu’on lui portera le reste de l’argent. Ce secours lui est arrivé fort à point. Elle est très bonne chrétienne et endure de grandes épreuves ; Si Juan de Ovalle lui faisait un procès ce serait la ruine de ses enfants…Il s’est désisté pour l’instant… Lorsque vous lui enverrez les mille piastres, faites-le sous condition et avec un acte notarié que je garderai ; demandez-lui qu’il y ait 500 ducats pour Dona Maria le jour où il reprendrait le procès…Je me trouve en ce moment chez la Senora Dona Yomar pour traiter de toutes ces affaires…Ici nous ne parlons que de Dieu et nous vivons dans un grand recueillement. J’y demeurerai jusqu’à ce qu’on m’ordonne autre chose…

Venons-en maintenant à ma chère sœur la Senora Dona Juana, bien que je ne parle d’elle qu’en dernier, elle n’est pas la dernière dans mes affections. C’est si vrai que je la recommande à Dieu tout autant que vous-même… Que Dieu garde Dona Juana à notre affection et vous aussi de longues années et qu’il vous accorde une heureuse année car nous serons demain à la veille de l’année 1561… Ma santé est meilleure que d’habitude. Dieu veuille vous donner celle du corps et celle de l’âme comme je le désire… Sachez que quelques fort bonnes personnes qui connaissent notre secret tiennent pour miraculeux votre envoi d’une telle somme d’argent en ce moment. J’espère que lorsqu’il nous en faudra d’autre, Dieu inspirera à votre cœur, même malgré vous, de venir à mon secours.                 

 Votre bien sincère servante Dona Teresa de Ahumada.

Parole pour aujourd’hui

      Dès ces premières Lettres Thérèse nous révèle sa passion et sa préoccupation pour sa double famille biologique et religieuse :
     « Puissions-nous ensemble mieux rechercher son honneur et sa gloire et aider les âmes à progresser car rien ne m‘est plus douloureux comme de voir tant d’âmes se perdre et ces Indiens me coûtent bien cher… »

     Demandons à Thérèse de nous donner son ardeur missionnaire.

 Prière    

Je suis vôtre,  pour vous je suis née,
Que voulez-vous faire de moi ?
mains fille priantSouveraine MajestéEternelle ! sagesse,
Bonté qui vous répandez sur mon âme.
Que voulez-vous de moi, Seigneur ?           
Voici mon cœur :
je le remets entre vos mains.
Voici mon corps, ma vie et mon âme.
Puisqu’à vous je me suis consacrée,
Que voulez-vous faire de moi ?
Donnez-moi la mort ou la vie,
Donnez-moi la santé ou la maladie,
Donnez à ma vie la faiblesse ou la force
A tout, je dis oui !

                             Teresa de Jésus
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