La joie à la lumière des saints du Carmel- Edith Stein

Editorial 

Edith Stein est née en 1891 à Breslau en Silésie, dans une famille juive pratiquante. Avide de connaître, elle fait des études: de philosophie et devient l’une des premières femmes à soutenir sa thèse en 1917. Après avoir perdu la foi de son enfance, connu le mal de vivre, en lisant la Vie de Thérèse d’Avila elle découvre que la Vérité qu’elle recherche, depuis tant d’années, c’est Quelqu’un, une Présence intime, le Christ. En 1922, elle reçoit le baptême  et désire être Carmélite, mais devant la souffrance que ses choix occasionnent à sa mère, elle attendra douze ans avant d’entrer au carmel de Cologne.  En attendant, elle devient professeur de littérature chez les dominicaines de Spire, elle écrit à son ami Roman Ingarden :

« C’est un monde infini qui s’ouvre d’une manière absolument nouvelle, lorsque l’on commence à vivre vers l’intérieur et non vers l’extérieur. Toutes les réalités auxquelles on était auparavant confronté deviennent transparentes, et l’on perçoit les forces qui vous portent et vous animent véritablement. » (Lettre du 8 novembre 1927)

Dans ses écrits lorsqu’elle est au Carmel de Cologne, elle exprime une  joie toute intérieure, elle comprend que le don de soi à Dieu est l’activité paisible de la vie divine.

« Le don de soi à Dieu, par amour et sans limite,  et le don divin    en retour,   l’union pleine et constante,   est la plus haute   du cœur qui nous soit accessible, le plus haut degré de la prière. »
« Les âmes qui l’ont atteint sont en vérité le cœur de l’Eglise : en elles vit l’amour de Jésus grand-prêtre. Cachées en Dieu avec le Christ, elles ne peuvent que rayonner dans d’autres cœurs l’amour divin dont elles sont remplies et concourir ainsi à l’accomplissement de l’unité parfaite de tous en Dieu, ce qui était et demeure le grand désir de Jésus… L’âme qui, à ce plus haut degré de la prière mystique, est parvenue à «l’activité paisible de la vie divine» ne pense qu’à se consacrer à l’apostolat auquel Dieu l’a appelée ». (La prière  de l’Eglise – Source cachée p.71)
« Pour les esprits bienheureux qui ont pénétré dans l’unité de la vie intime de Dieu, tout est unifié: le repos et l’activité, la contemplation et l’action, le silence et le discours, l’écoute attentive et la communication de soi, l’amour qui reçoit et se donne et l’épanchement de l’amour qui chante sa louange et sa reconnaissance… (La prière de l’Eglise – Source cachée p.72)
« Nous devenons membres du corps du Christ «non seulement par l’amour […], mais aussi très réellement en étant un avec sa chair: cela est réalisé par la nourriture qu’il nous a offerte pour nous prouver le désir qu’il a de nous. C’est pourquoi il s’est lui-même abaissé jusqu’à venir en nous et qu’il a façonné en nous son propre corps, afin que nous soyons un, comme le corps est uni à la tête…» En tant que membres de son corps, animés par son Esprit, nous nous offrons nous-mêmes en offrande «par lui, avec lui et en lui» et nous unissons nos voix à l’éternelle action de grâce. C’est pourquoi l’Eglise met sur nos lèvres après la communion cette prière: « Comblés d’un si grand bien, nous te supplions, Seigneur: fais que nous en retirions des fruits pour notre salut et que jamais nous ne cessions de chanter ta louange »  (La prière de l’Eglise – Source cachée p.74)

« Dans ces conditions habituelles d’existence, il n’y a pour la carmélite aucune autre possibilité de rendre à Dieu amour pour amour qu’en remplissant fidèlement ses devoirs quotidiens jusque dans le moindre détail; en offrant joyeusement, jour après jour, année après année, tous les petits sacrifices qu’exige d’un esprit plein de vie une organisation minutieuse de la journée et de la vie; en remportant avec le sourire de la charité  toutes les victoires sur soi que nécessite en permanence l’étroite vie commune avec des personnes de caractères différents; en ne laissant passer aucune occasion de servir les autres par amour. Il s’y ajoute enfin les sacrifices que le Seigneur peut imposer à chaque âme individuelle. C’est la «petite voie», un bouquet de petites fleurs à peine écloses et passant inaperçues, un bouquet déposé chaque jour devant le Saint des Saints – peut-être le silencieux martyre d’une vie entière dont nul ne soupçonne rien – source de joie profonde et d’allégresse intérieure en même temps que puits de grâce jaillissant sur la terre – nous ne savons où, et ceux qu’elle touche ignorent d’où elle vient ».     (L’histoire et l’esprit du Carmel – Source cachée p.226-227)

« L’union avec le Christ est notre béatitude et l’approfondissement de notre union avec lui fait notre bonheur ici-bas, l’amour de la croix ne se trouve donc nullement en contradiction avec notre joie d’être enfants de Dieu. Aider à porter la croix du Christ donne une allégresse forte et pure et ceux qui y sont appelés et qui le peuvent, ceux qui participent ainsi à l’édification du Royaume de Dieu sont vraiment les enfants de Dieu. Ainsi, la prédilection pour le chemin de la croix ne signifie pas non plus que l’on répugne à voir le vendredi saint passé et l’œuvre de la Rédemption accomplie. Seuls des rachetés, seuls des enfants de la grâce peuvent vraiment porter la croix du Christ. Ce n’est que de l’union avec la Tête divine que la souffrance humaine reçoit une puissance d’expiation. Souffrir et être bienheureux dans la souffrance, se tenir debout sur la terre, aller de par les chemins poussiéreux et caillouteux de cette terre tout en siégeant avec le Christ à la droite du Père, rire et pleurer avec les enfants de ce monde sans cesser de chanter avec les chœurs angéliques la louange de Dieu, voilà la vie du chrétien, jusqu’à ce que se lève l’aurore de l’éternité ».  (L’expiation mystique – Source cachée p.234)

Solidaire du peuple juif, persécuté par les Nazis, en août 1942, elle est déportée et gazée à Auschwitz.

Résonnance pour notre vie …

Après un long parcours de la recherche de la Vérité, Thérèse Bénédicte de la Croix a trouvé sa joie dans l’intimité de sa vie avec le Christ, c’est une joie paisible, profonde, toute intérieure qui ne la quittera pas même au moment les plus pénibles dans l’horreur du camp d’Auschwitz.

Réfléchissons à notre parcours… A quelles sources puisons-nous notre joie ?

Prière.

Tu sièges sur ton trône à la droite du Père
Tu trônes au Royaume de sa gloire éternelle,
Toi qui, dès l’origine, es Parole de Dieu.

Tu domines et tu règnes sur le trône suprême,
sous ta forme humaine, ton corps transfiguré,
depuis que, sur la terre, ton œuvre est achevée,

Oui, c’est bien là ma foi, ta Parole me l’enseigne,
et parce que je crois j’en connais le bonheur:
de là s’épanouit l’espérance bienheureuse.

C’est ton trône royal sur la terre, ô Seigneur,
un trône bien visible que tu bâtis pour nous,
Avec joie tu me vois m’en approcher tout près.

(Extrait du dernier poème composé à Echt en juin1942)

Publié dans La joie à la lumière des saints du Carmel | Laisser un commentaire

La joie à la lumière des saints du Carmel « Thérèse de l’Enfant Jésus » (2)

Editorial.

Thérèse de LisieuxEnfant, Thérèse jouissait d’un heureux caractère qui contribuait à lui rendre la vie agréable. Mais après la mort de sa maman puis le départ pour le Carmel de ses deux sœurs, mamans de remplacement, Thérèse alternera moments de joie et fragilités, crises psychologiques diverses. La grâce de la nuit de Noël s’avère une grâce de force et une effusion de l’Esprit d’amour : au lieu de vivre repliée sur elle même, elle se met désormais au service d’autrui. :
« je sentis un grand désir de travailler à la conversion des pécheurs (…), je sentis la charité entrer dans mon cœur, le besoin de m’oublier pour faire plaisir et depuis lors je fus heureuse ! » (Manuscrit MA 54 v)
A partir de ce moment Thérèse n’a cessé de vouloir accueillir tous les instants que Dieu lui donnait de vivre comme des cadeaux merveilleux à ne pas gaspiller, puisqu’ils étaient tous des moments uniques où elle pouvait aimer le Seigneur de tout son cœur et travailler aussi à la conversion de ses frères.

La Joie selon Thérèse : faire plaisir, donner de la joie

« Oh ma Mère, la charité fraternelle, c’est tout sur la terre. On aime Dieu dans la mesure où on la pratique » (Procès Apostolique p 174)  «La charité écrit Thérèse, ne doit pas rester enfermée dans le fond du cœur » (MC12 r) Il ne suffit donc pas d’aimer les autres : il faut qu’ils se sentent aimés, qu’ils se sentent entourés de notre affection fraternelle et qu’ils s’en réjouissent : « La charité doit éclairer, réjouir, écrit Thérèse, non seulement ceux qui me sont les plus chers, mais tous ceux qui sont dans la maison, sans excepter personne » (MC12 r) Et l’on sait combien Thérèse avait à cœur de semer la joie dans les récréations communautaires. Elle essayait de dérider les visages maussades par sa gaité communicative et se plaçait bien volontiers à côté de sœur Thérèse de saint  Augustin. …Nous connaissons moins ce témoignage de Sr Marie de la Trinité : « Les nouvelles de la santé de notre sainte malade étaient de plus en plus tristes et j’en étouffais de peine. Un après midi, j’allai au jardin et je l’aperçus dans sa petite voiture d’infirme…elle me fit signe d’approcher. « Non lui dis-je, on nous verrait et je n’ai pas la permission de vous parler » J’entrai dans le petit ermitage (…) je me mis à pleurer, la tête entre les mains. En la relevant, je vis avec surprise ma petite sœur assise (…) à côté de moi. Elle me dit « Moi je n’ai pas la défense de venir à vous ; dussè-je en mourir, je veux vous consoler ». Elle essuya mes larmes et appuya ma tête sur son cœur. Je la suppliais de retourner dans sa voiture, car elle tremblait de fièvre : « oui, mais pas avant que vous ne m’ayez souri ! » J’obéis de suite, craignant qu’elle ne prenne du mal, et je l’aidais à regagner sa voiture » (Circulaire p 15-16). La gaité de Thérèse était l’expression de son amour pour Dieu et de sa parfaite acceptation de la volonté divine, mais elle était aussi l’expression de son désir de consoler son entourage, attristé par ses souffrances et par la perspective de la séparation.

Au jour le jour au Carmel, Thérèse étonnera par sa disponibilité, sa serviabilité : « C’était son habitude, a déclaré mère Agnès, de ne jamais paraître pressée pour laisser la liberté aux sœurs de lui demander  des services et avoir ainsi l’occasion de suivre le conseil de Notre Seigneur (…) : « n’évitez pas celui qui veut emprunter de vous » (PA p 173-174). Ses temps libres appartiennent autant à ses sœurs qu’à elle-même : elle considère donc comme chose normale d’être dérangée, d’où le sourire absolument sincère qui éclaire son visage.  « Telle heure libre, je la consacre au dérangement et, si je suis tranquille, j’en remercierai le bon Dieu comme d’une grâce sur laquelle je ne comptais pas. De cette façon rien ne me surprend jamais. Aussi je suis toujours heureuse » (Conseils et Souvenirs sr Geneviève 104). Dieu aussi permet la présence de personnes qui l’énervent, elle dit en profiter pour leur offrir un nouveau sourire…un sourire que le Seigneur recevra avec joie et qu’il fera servir à la conversion des pécheurs. C’est toujours Jésus qui nous demande alors de revêtir la tenue du serviteur : c’est donc une joie réelle.

La Joie, c’est aussi suivre le Christ humble et souffrant

Face à nos limites de tout genre, Thérèse conseille de se glorifier de sa faiblesse : « il y a bientôt neuf ans que je suis dans la maison du Seigneur, je devrais donc être déjà avancée dans les voies de la perfection, mais je suis encore au bas de l’échelle; cela ne me décourage pas et je suis aussi gaie que la cigale,… » (Lettre LT 202). A Mère Agnès trois jours avant de descendre à l’infirmerie, elle dira : « il m’arrive bien aussi des faiblesses, mais je m’en réjouis (…) Alors je rentre en moi-même et je me dis : Hélas ! j’en suis donc encore au même point comme autrefois ! Mais je me dis  cela avec une grande douceur et sans tristesse. c’est si doux de se sentir faible et petit » (Carnet Jaune 5.7.1) et encore «J’éprouve une joie très vive non seulement lorsqu’on me trouve imparfaite, mais surtout de m’y sentir moi-même. Cela surpasse tous les compliments qui m’ennuient » (CJ 2.8.6). Thérèse sait que le Seigneur «n’est pas venu «  pour les justes mais pour les pécheurs » (Mt 9,13). Cet appel à l’humilité nous fait participer à l’humilité même de Jésus.

Aussi devant la jalousie qui peut naître devant les talents et progrès des autres, Thérèse pense que Dieu a décidé de donner à chaque âme un certain degré de sainteté et qu’il faut accueillir cette inégalité. Elle conseille de se contenter d’être des « pâquerettes ou des violettes » dans le « jardin de Jésus » si telle est notre vocation, et de ne pas envier le sort « des lys et des roses » : «Ainsi en est-il dans le monde des âmes qui est le jardin de Jésus. Il a voulu créer les grands saints, mais il en a créé aussi des plus petits » (MA 2v). Il faut même se réjouir des qualités et mérites de ses frères quand on les considère comme un bien de famille, que l’on peut offrir à Dieu dans la prière comme ceux de tous les saints.
cf Prière 6

 Enfin face à la souffrance, si elle sait que « souffrir avec courage, ce ne serait pas ressembler à Jésus » et déduit « acceptons de souffrir sans courage » (LT 89 de 1889), Thérèse écrira à Léonie : « Il te trouve digne de souffrir pour son amour et c’est la plus grande preuve de tendresse qu’il puisse te donner, car c’est la souffrance  qui nous rend semblable à Lui » (LT 173 de 1895). Dans son manuscrit C, elle s’exclame « Est-il une joie plus grande que celle de souffrir pour votre amour » (MC 7). Cette souffrance elle ne la vit pas comme une réalité négative : si elle est vécue par amour dans le sillage de Jésus, elle devient pour Thérèse une source de maturité humaine et de purification personnelle et rédemptrice. Depuis la grâce de sa seconde Communion, Thérèse se demandait comment suivre Jésus jusqu’au Calvaire, comment « perdre sa vie », tout en étant dans la joie et la paix promises par Jésus à ses disciples : « Je vous ai dit cela pour que la joie, la mienne, soit en vous et que votre joie trouve sa plénitude » (Jn 15,14). Aussi à sa sœur Léonie, elle affirmait : « réunies dans le ciel, nous serons heureuses d’avoir souffert pour Jésus » (LT 170 de 1894).

Faire oraison, contempler Jésus, c’est aller à la source de la joie
Thérèse en fait  l’expérience : « Oui, je le sens, lorsque je suis charitable, c’est Jésus seul qui agit en moi : plus je suis unie à Lui, plus aussi j’aime toutes mes sœurs » (MC12 v). La prière adoucit le cœur et prépare aux rencontres que l’on doit avoir avec les autres, y compris les plus difficiles : « Je vois avec bonheur qu’en l’aimant (Jésus), le cœur s’agrandit, qu’il peut donner incomparablement plus de tendresse à ceux qui lui sont chers que s’il était concentré dans un amour égoïste et infructueux » (MC 21v 22r)… Dans la prière, l’âme s’abandonne dans les mains du potier divin pour être façonnée à son image, pour devenir ce qu’il désire faire de chacun de nous. En fait, la volonté de Jésus est de venir aimer en nous tous ceux qu’il nous commande d’aimer.

Résonnance dans ma vie :

  • Est-ce que j’ai déjà expérimenté que dans la prière Dieu façonne mon cœur peu à peu si je le lui demande et peu à peu me donne de lui ressembler… en accueillant les autres avec le sourire, en parvenant à pardonner… ?
  • Est-ce que j’arrive à offrir au Seigneur dans la confiance et la joie, mes fragilités, mes échecs, mon péché en croyant qu’Il m’accueille et peut agir à travers tout cela ?
  • Est-ce que je connais autour de moi des malades, des personnes handicapées qui rayonnent d’une joie inexplicable, peut-être de la paix et de la joie du Christ Ressuscité

Prière.
Osons demander au Seigneur dans une prière confiante, persévérante, qu’Il envahisse notre cœur de son Esprit afin que nous puissions aimer nos frères comme Il nous aime, avec un cœur joyeux et tout brûlant d’amour :

 «  Ma vie n’est qu’un instant, une heure passagère
Ma vie n’est qu’un seul jour qui m’échappe et qui fuit.
Tu le sais, ô mon Dieu ! pour t’aimer sur la terre
Je n’ai rien qu’aujourd’hui !…

Oh ! je t’aime Jésus ! Vers toi mon âme aspire
Pour un jour seulement, reste mon doux appui.
Viens régner dans mon cœur, donne-moi ton sourire,
Rien que pour aujourd’hui ! »
Poésie : PN 5, 1-2 (1er juin 1894)

Publié dans La joie à la lumière des saints du Carmel | Laisser un commentaire

La joie à la lumière des saints du Carmel-Thérèse de l’Enfant Jésus (1)

Editorial

Après avoir accueilli en février l’enseignement d’une grande richesse, de Saint Jean de la Croix sur la vraie joie, à partir de “la montée du Carmel”, tournons-nous vers Thérèse de l’Enfant Jésus de la Sainte Face, digne fille du grand mystique espagnol. Ne dit-elle pas à l’âge de 17/18 ans : « Je n’avais pas d’autre nourriture spirituelle… » MsA 83r°)

Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus affirmait au cours de sa maladie « Tout  le monde m’aimera »… Et cela se vérifie. Elle a beaucoup à nous partager sur sa manière toute personnelle concrète et simple de cultiver la Joie le fruit de l’Esprit (Gal. 5 /22)

La source de la joie de Thérèse, c’est Dieu Lui-même. « Soyez toujours joyeux, priez sans cesse en toute circonstance, soyez dans l’action de grâces …(1Th5/16-17) nous dit Saint Paul et Jésus a exprimé son désir « Que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite ! »   Jn 15/11

Voyons comment Thérèse a cultivé la joie pour, nous aussi, nous y exercer. Thérèse a commencé à découvrir le chemin de la vraie joie, lors de sa conversion la nuit de Noël 1886.

Elle écrit : « Je sentis un grand désir de travailler à la conversion des pécheurs… Je sentis en un mot la charité entrer dans mon cœur, le besoin de m’oublier pour faire plaisir et depuis lors je fus heureuse » (MsA 45 v°) Le besoin de s’oublier, lieu de communion avec Jésus source de toute joie !… Pour Thérèse tout est une question d’amour. Accueillir l’amour de Dieu dans le quotidien et rendre amour pour amour. Cela n’élimine pas les épreuves ni la tristesse, Thérèse a compris qu’une certaine tristesse n’est pas forcément, péché puisque, Jésus lui-même, l’a connue au Jardin des Oliviers. Elle peut affirmer : « La vie est pleine de sacrifices, c’est vrai ! Mais quel bonheur ! » (LT 49) Cela veut dire qu’en toute situation nous pouvons : « trouver délicieuse la part que Dieu nous donne ». C’est tout un art ! Mais pour la joie comme pour le reste, on ne cultive rien sans efforts !

Quand Thérèse parle de la joie, elle la rayonne. Il ne faut pas oublier que pour elle le but de sa vie est de faire plaisir à Jésus et de travailler avec Lui. Lorsque le 9 avril 1888 elle entre au carmel, elle dit : « Avec quelle joie profonde je répétais : «c’est pour toujours, toujours, que je suis ici»(MsA 69 v° Joie du don total qui demande à Thérèse, qui n’a que 15 ans, un véritable arrachement affectif mais d’où la joie n’est pas absente !

Elle parle aussi de la joie de se savoir petite, imparfaite, aimée de DieuAu cœur même de sa pauvreté : « Je me résigne à me voir toujours imparfaite et j’y trouve ma joie » (MsA 74) Expérimenter sa fragilité, sa vulnérabilité est un chemin de libération  pour une certaine joie intérieure : « Ma joie est de rester  petite. Aussi, quand je tombe en chemin, je puis me relever bien vite. Et Jésus me prend par la main.  Alors le comblant de caresses,  je lui dis qu’il est tout pour moi  et je redouble de tendresse, quand il se dérobe à ma foi »(PN 45 /4 )

«  Quelle douce joie, que de penser que le bon Dieu est juste ! c’est-à-dire qu’il tient compte de nos faiblesses, qu’il connaît parfaitement la fragilité de notre nature… De quoi aurais-je peur ? … »( MsA 83v°). Oui, en toute situation qui bouscule, la certitude d’être aimée de Dieu, qui tient compte de nos faiblesses, est source de paix et de joie.

Thérèse nous parle de la joie parfaite au cœur de la tempête. Se comparant à un petit oiseau : «  Parfois, il est vrai, le cœur du petit oiseau se trouve assailli par la tempête, il lui semble ne pas croire qu’il existe autre chose que les nuages qui l’enveloppent… C’est alors le moment  de la joie parfaite pour le pauvre petit être faible ! ! Quel bonheur pour lui de rester là quand même à fixer l’invisible lumière qui se dérobe à sa foi ! ! (MsB 5r° ») C’est l’expérience d’une joie dépouillée sous le regard d’amour de Dieu, (lumière pour traverser nos tempêtes intérieures.)

La joie ne supprime pas la souffrance, elle vient plutôt l’habiter : au moment si douloureux de la maladie de son papa, elle écrit à Céline : « Souffrons en paix… Qui dit paix, ne dit pas joie, ou du moins joie sentie… Pour souffrir en paix, il suffit de bien vouloir tout ce que Jésus veut … Pour être l’épouse de Jésus il faut ressembler à Jésus… Il est couronné d’épines ! … »( LT 87). C’est dans cette réalité que la joie de Dieu envahit peu à peu, silencieusement, tout l’être. Croyons-nous à cet amour gratuit et permanent du Seigneur pour accueillir chaque minute comme lieu où nous pourrons oser croire que : « Tout est grâce », attitude à cultiver…

Quand Thérèse écrit « Ma Joie » elle est très malade et dans l’épreuve de la foi. Il lui reste huit mois à vivre. Cependant elle affirme : « Il est des âmes sur la terre / qui cherchent en vain le bonheur / pour moi c’est tout le contraire / la joie se trouve dans mon cœur / cette joie n’est pas éphémère, / je la possède chaque jour / » … la joie jaillit de l’intérieur du cœur profond, là où Dieu demeure.

Le 30 juillet elle dit en montrant un verre avec un remède  très amer mais qui ressemblait à une délicieuse liqueur de groseilles : «Ce petit verre là, est l’image de ma vie. Aux yeux des créatures, je buvais des liqueurs exquises… Et c’était de l’amertume. Je dis de l’amertume, mais non ! car ma vie n’a pas été amère, parce que j’ai su faire ma joie et ma douceur de toute amertume. »  Voilà un des secrets de Thérèse. On retrouve la même attitude (PN 45)  « J’accepte avec reconnaissance/les épines mêlées aux fleurs/… « Lorsque le ciel bleu devient sombre / et semble me délaisser / ma joie est de rester dans l’ombre / de me cacher, de m’abaisser / ma joie c’est la volonté sainte / de Jésus mon unique amour…

Fausse joie et véritable joie… Elle confie à sa prieure en se comparant à une petite fleur «  Toutes les créatures peuvent se pencher vers elle, l’accabler de louanges je ne sais pourquoi, mais cela ne saurait ajouter une seule goutte de fausse joie à la véritable joie qu’elle savoure en son cœur, se voyant ce qu’elle est aux yeux de Dieu : un pauvre petit néant rien de plus… PN45-5
« Ma joie est de le voir sourire/ lorsque mon cœur est exilé. »
Il n’y a que l’Esprit Saint qui peut produire en nous son fruit de paix et de joie, par l’accueil de la Parole de Dieu longuement goûtée et méditée  au cœur de nos vies.

A la fin de sa vie Thérèse qui a constamment lutté pour cultiver la joie : « Ma joie est de lutter sans cesse… Ma seule joie sur cette terre / c’est de pouvoir te réjouir / » (PN 45 -6-7) Elle rayonne la joie spontanément, elle réconforte ses sœurs malgré ses souffrances…

Quelle est la source de cette joie ? « L’amour ! … ce feu de la Patrie /ne cesse de me consumer / que me font la mort ou la vie ? /  Jésus, ma Joie, c’est de t’aimer ! »

Résonance

Dans notre monde, qui facilement cultive le pessimisme, est-ce que, avec Thérèse, je peux demander au Seigneur qu’il suscite en moi ce désir de cultiver la joie ? … pour la rayonner, et pouvoir dire :
« L’unique bonheur sur cette terre,c’est de s’appliquer à toujours trouver délicieuse, la part que Jésus nous donne » (LT 257 du 17 .02.1897)

Prier avec Thérèse

Mon ciel est de pouvoir attirer sur les âmes,
Sur l’Église, ma Mère et sur mes sœurs
Les grâces de Jésus et ses divines flammes
Qui savent embraser et réjouir les cœurs. PN 32-2)
Vivre d’amour, c’est naviguer sans cesse
Semant la paix, la joie dans tous les cœurs (PN 17-8)

Publié dans La joie à la lumière des saints du Carmel | Laisser un commentaire

La joie à la lumière des saints du Carmel « Jean de la Croix »

Editorial.

Qui est Jean de la Croix pour chacun, chacune de nous ?  un maître de l’ascèse ? de la mortification ? trop exigeant ? Ou, un guide sûr pour marcher à la suite du Christ ?
C’est vrai, il fait preuve d’une exigence radicale, dans sa vie et dans sa doctrine. “Si quelqu’un veut me suivre qu’il renonce à lui-même et prenne sa croix”. Il a pris au sérieux l’enseignement de l’Evangile.

Ce qui inspire toute son oeuvre, c’est l’amour du Christ; il est le Docteur de l’amour ! Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, toute jeune, a trouvé dans ses oeuvres les lumières qui ont éclairé sa route :
“ Ah! que de lumières n’ai-je pas puisées dans les oeuvres de notre père Jean de la Croix!… A l’âge de 17-18 ans, je n’avais pas d’autre nourriture spirituelle” (Manuscrit A 83 r°) “c’est le Saint de l’amour par excellence!”.

Rappelons-nous la parole de Jésus: “Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme moi j’ai gardé les commandements de mon Père et je demeure dans son amour. Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite”(Jn 15,10-11).

      Jean de la Croix veut nous faire découvrir le chemin de la joie parfaite, lisons ensemble dans “La Montée du Carmel” (Traduction par M.Marie du St Sacrement, Livre III, ch. 16 à…26.

Ch.16. « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force » Dt 6,5.

– (2).« La force de l’âme réside dans ses puissances, dans ses passions et dans ses appétits (tendances), qui tous sont gouvernés par la volonté… en les détournant de tout ce qui n’est pas Dieu, elle garde pour Dieu la force de l’âme qui en vient à aimer Dieu de toute sa force…
Les affections ou les passions sont au nombre de quatre : la joie, l’espérance, la douleur et la crainte… Lorsque l’homme règle ces passions en les référant à Dieu, de façon qu’il ne se réjouisse que de ce qui va purement à l’honneur et à la gloire de Dieu, qu’il n’espère rien hors de là… nul doute qu’il ne dirige vers Dieu la force et la capacité de son âme et qu’il ne les garde pour Lui seul. »  

Ch. 17 Qu’est- ce que la joie ? Ici, Jean de la Croix nous parle de la joie active ou volontaire qui peut naître de six genres de biens : temporels, naturels, sensibles, moraux, surnaturels et spirituels.

(2) « Il convient de nous pénétrer fortement de cette idée maîtresse…elle sera la lumière qui guidera nos pas, elle nous aidera à ramener, au travers des biens terrestres, notre joie vers Dieu seul…: la volonté de l’homme ne doit se réjouir que de la gloire et de l’honneur de Dieu. (= notre bâton de voyage)

 Ch.18 Comment diriger la joie prise dans les biens temporels vers Dieu ?

(1). Si à proportion qu’il est riche un homme était serviteur de Dieu, il devrait se réjouir de ses richesses…(Mais) « combien il est difficile aux riches d’entrer dans le royaume des cieux ! » (Luc 18,24)…
– (3). … l’homme ne doit n’y se réjouir d’avoir des richesses, ni concevoir de la joie de voir son frère devenu riche, mais se réjouir seulement si Dieu est servi par le moyen de ces richesses

Ch.19 Celui qui place sa joie dans les biens temporels s’expose à beaucoup de dommages.

– (3). « La fascination du superficiel et de la vanité obscurcit les vrais biens…
(5). L’âme s’éloigne de Dieu et des saints exercices…elle en perd le goût …parce qu’elle se livre à des niaiseries, à de vaines joies…
-(6). on abandonne les exercices spirituels… lâcheté, tiédeur, négligence dans les choses spirituelles faites par force,  par routine, bien plus que par amour.
– (7). L’attache aux biens temporels (peut aller jusqu’au) complet abandon de Dieu (cf.Jér.2,13)

Ch.20. Le détachement vis-à-vis de ces biens temporels est source de beaucoup d’avantages.

– (1) en ne tirant  plus  sa  joie  des  biens  temporels, (l’homme ) se  procurera  la  liberté  de l’esprit, la lucidité de la raison, le repos, la tranquillité, la paisible confiance en Dieu, la soumission et la vraie docilité à son égard …
– (2). … il est à l’abri des préoccupations…
– (4). Il garde son cœur libre pour Dieu, disposition préparant à toutes les faveurs que Dieu voudra lui faire…

Ch. 21. Il est vain de placer sa joie dans les biens naturels : la beauté du visage, la bonne grâce, l’heureuse constitution physique et tous les autres dons naturels…

– (1). « Si l’homme place sa joie dans ces avantages naturels… sans rendre grâce à Dieu qui les accorde… uniquement en vue d’en jouir, c’est une vanité et une erreur… Il ne doit s’en réjouir que si cela l’aide à servir Dieu et le prochain pour l’amour de Dieu.
– (2). Il doit, en présence de ces dons naturels, élever son cœur vers Dieu, se réjouir et se féliciter de ce que Dieu est éminemment en Lui- même toute grâce et toute beauté, en un degré qui dépasse infiniment toute beauté créée …Ps 101,27  « toutes les créatures sans exception vieillissent et passent comme un vêtement, Dieu seul demeure immuable à jamais »…

Ch.22. La joie prise dans les biens naturels est source de beaucoup de maux.

-(2) vaine gloire, présomption, orgueil et mésestime du prochain… engourdissement de la raison et de l’intelligence…tiédeur et lâcheté dans les choses de Dieu…- (5). Il est vain, dangereux et pernicieux de se réjouir d’autre chose que d’être tout à Dieu…

Ch.23. Celui qui détache son cœur de la joie des biens naturels demeure libre pour aimer tous les hommes…

– (1). il acquiert l’humilité et la charité envers le prochain…son âme demeure libre et lumineuse pour aimer tous les hommes…comme Dieu veut qu’ils soient aimés…Quand on aime de cette manière, on aime selon Dieu et avec une grande liberté…Plus l’amour de Dieu va croissant, plus s’accroit l’amour du prochain parce que ces deux amours ont la même racine et jaillissent d’une même source. – (3). …une profonde tranquillité s’établit dans son cœur …
– (5)….sage et intelligent, comme tous ceux qui ne font pas cas des dons naturels, pour estimer uniquement ce qui plaît à Dieu…-(6)….la liberté d’esprit…au service de Dieu.

Ch.24. Comment mettre sa joie dans les biens sensibles (qui arrivent par la vue, l’ouïe l’odorat, le toucher )

– (2). Pour purifier la volonté de cette joie,…et la diriger vers Dieu à travers les biens sensibles…se rappeler que le sens ou la partie inférieure de l’homme, restera toujours incapable de connaître et de percevoir Dieu tel qu’Il est…
– (4). Ce serait une vanité d’y arrêter volontairement sa joie…si la volonté ne s’y arrête pas, si dès qu’elle éprouve un plaisir sensible à voir, à entendre, à parler, elle s’élève à Dieu pour se réjouir en Lui… c’est très bien.  (prudence)
– (7). L’homme spirituel, en présence d’un goût sensible, quel qu’il soit, …ne doit en user qu’en vue de Dieu et en élevant vers Lui le sentiment de joie qu’il éprouve en son âme… 

 Ch.26. Merveilleux sont les avantages que l’âme retire du renoncement à la joie qu’apportent les biens sensibles.

– (2) L’âme se dégage des distractions… elle se recueille en Dieu…
– (3-4) L’homme devient spirituel…« qui pénètre et juge tout, jusqu’aux profondeurs de Dieu » dit st Paul (1Co 2,10-15)… se dispose à recevoir les biens de Dieu et les dons spirituels.
-(5)…en échange du sacrifice d’une joie sensible prise dans les objets visibles, l’âme goûte une joie toute spirituelle à rapporter à Dieu ce qu’elle voit, entend, goûte,…soit de divin, soit d’humain…tire des choses sensibles une savoureuse attention à Dieu et une contemplation pleine de délices.
– (8) Pour chaque joie momentanée que nous aurons sacrifiée, nous dit st Paul, « un immense poids de gloire sera opéré en nous éternellement » (Co.4,17).

Résonnance dans ma vie :

« Quittons nos vaines joies et entrons dans la joie de Dieu ! »

  • Pour moi, qu’est- ce que la joie ?
  • Comment je reçois les conseils donnés par saint Jean de la Croix ?

Prière.

Ne rien savoir, que ta parole qui façonne en moi
Ta ressemblance, à chaque mot reçu dans le silence
Ne rien pouvoir, si non rester sous ton regard,
Plongé dans ton absence,
Laisser monter les flots de l’espérance !

Ne plus rien voir, si non ta main qui me saisit encore
A chaque instant, et qui m’emporte en l’éternel présent
Ne rien garder,
même la joie de me savoir aimé infiniment
Afin qu’augmente encor l’embrasement

(Paroles et musique : o.c.d.)

Publié dans La joie à la lumière des saints du Carmel | Laisser un commentaire

La joie à la lumière des saints du Carmel-Thérèse d’Avila

Editorial

Thérèse, sixième enfant, d’une famille nombreuse, est née à Avila en 1515. Dès son plus jeune âge, six-sept ans, elle désirait « aller promptement  au ciel pour y jouir de délices ineffables ».
Elle entre au carmel de l’Incarnation en 1536 où elle désire se livrer à la prière. Après la période facile des commencements « elle peine sur une mer orageuse en tombant, en se relevant, mais mal… consciente de sa vie imparfaite, mais gardant confiance en la miséricorde de Dieu » Vie ch. 8

Délices, consolation, bonheur, joie, contentement, félicité… Ces mots traduisent l’expérience de prière de Thérèse tout au long de sa vie… Dans les jours de sécheresse, elle invite à réciter lentement le Notre Père

« Quelle haute perfection dans cette prière évangélique où le Seigneur nous fait comprendre les faveurs célestes que sa miséricorde peut accorder ici-bas »  Chemin de Perfection ch. 36
« Donne-nous le pain de chaque jour ». Pain matériel dont nous avons besoin mais aussi Pain Eucharistique par lequel Dieu « demeure au milieu de nous » «Notre âme puisera dans le Saint Sacrement tous les goûts et toutes les consolations qu’elle pourra souhaiter» CP ch. 36 

Mais c’est surtout dans l’oraison que Thérèse trouve son Seigneur Elle nous presse de la rejoindre sur ce chemin ordinaire.

« Que celui qui n’aurait pas commencé à faire oraison, je le supplie pour l’amour de Dieu, de ne pas se priver d’un si grand bien !… L’oraison mentale n’est à mon avis qu’un commerce intime d’amitié où l’on s’’entretient seul à seul avec ce Dieu dont on se sait aimé «  Vie ch. 8
« L’âme n’a que trop de motifs pour mettre en lui sa consolation. En Lui est toute sa joie, en Lui sont toutes ses délices » Vie  ch. 10

Mais comment rentrer et rester dans ce commerce intime avec Dieu ? Thérèse nous enseigne par une comparaison, celle du jardinier commet utiliser l’eau vive de l’Amour.

« Il y a quatre manières d’arroser le jardin : d’abord en tirant de l’eau d’un puits, à force de bras, ce qui exige une grande fatigue de notre part ; celui qui débute considèrera qu’il va préparer un terrain très ingrat et rempli de mauvaises herbes où le Seigneur puisse prendre ses délices. Sa Majesté arrache les mauvaises herbes et doit planter les bonnes… Nous devons veiller avec l’aide de Dieu et prendre soin d’arroser » Vie  ch.11
Dans la seconde manière « le jardinier, en faisant marcher une noria garnie de godets, puise une plus grande quantité d’eau, se fatigue moins et peut prendre du repos.
L’âme a pris de la peine à tourner la roue de la noria, mais ce qui se passe est accompagné des consolations les plus vives… l’âme voit clairement qu’elle ne saurait trouver sur la terre un seul instant de ce bonheur dont elle jouit. C’est un contentement véritable … il est impossible de trouver tant de félicité dans les joies de la terre … Ici, pendant le temps de l’oraison, tout est bonheur pur, la peine ne vient qu’après »
Vie ch.14/

« Dieu nous entend toujours, il est toujours avec nous …Il nous donne de sentir les effets de sa présence en donnant à l’âme une grande satisfaction intérieure et extérieure,  Il lui manifeste ses délices et ses joies au plus intime d’elle-même…
La troisième eau  coule du ruisseau ou de la fontaine. Le Seigneur veut aider si bien le jardinier qu’il prend pour ainsi dire sa place et fait presque tout le travail… La douceur, la suavité et la délectation surpassent celle de l’oraison précédente et l’âme brûle du désir de faire part de tant de bonheur, qu’elle est impuissante à goûter toute seule, comme la femme de l’Evangile qui appelle ses voisines à partager sa joie ! » Vie 16

«  Parlons de cette eau qui tombe du ciel pour pénétrer, et abreuver de son abondance tout ce jardin. Si cette terre, a été profondément travaillée par les épreuves, les persécutions, les murmures, les maladies, elle est devenue souple par un absolu détachement … l’eau la pénètre si bien qu’elle ne souffre presque jamais de la sécheresse.   Vie 18

« Mais si le jardinier se néglige vous pouvez considérer le jardin comme perdu… mais je le dis pour les âmes faibles comme la mienne, qu’elle ne désespère jamais et qu’elle ne cesse d’avoir confiance en la miséricorde de Dieu. Je le répète que nul de ceux qui ont commencé à faire oraison ne se décourage jamais. Si on n’abandonne pas l’oraison elle nous conduira au port de la lumière »  Vie 19.

Thérèse nous met en garde :
«  pour déjouer les ruses et les douceurs du démon, c’est de commencer dès le début à porter généreusement la croix sans désirer de consolation… »  Le Seigneur nous dit : Prends ta croix et suis-moi. Il est notre Modèle ». Vie 15

Pourquoi, mes filles, ai-je voulu vous montrer le but à atteindre en vous parlant du bonheur que goûte l’âme quand elle boit à cette fontaine céleste ? … C’est afin que vous marchiez avec courage, le Seigneur appelle tout le monde… il nous appelle tous… Ceux qui ne resteront pas en chemin boiront de cette eau vive ».

Résonnance dans ma vie

« Donne-nous aujourd’hui notre Pain de chaque jour »
Le Pain Eucharistique est-il soutien pour notre vie ?
Sommes-nous ce jardinier avide d’accueillir l’eau vive de l’amour ?

Prière

Ô Seigneur de mon âme !
Vous qui êtes la miséricorde et l’amour
Vous avez dit encore :
« Venez à Moi, vous tous qui avez soif
et je vous donnerai à boire »
Ô Vie qui donnez la vie à tous les hommes,
Ne me refusez pas, à moi, cette eau si douce
que vous promettez à ceux qui la désirent,
Pour moi, Seigneur, je la demande, et je viens à vous.
Vous connaissez ma nécessité
et vous savez que cette eau est le vrai remède
de l’âme que vous avez blessée.
Ô Fontaines vivifiantes
qui jaillissez des plaies de mon Dieu
Qui pourra dire comment vous coulerez toujours
en flots abondants pour nous soutenir !
(Exclamation 9)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans La joie à la lumière des saints du Carmel | Laisser un commentaire

La joie à la lumière des saints du Carmel-Elisabeth de la Trinité (2)

 

Editorial 

Avec ce feuillet, nous continuons la découverte de la joie chez Elisabeth de la Trinité. Après sa Profession religieuse,  à travers toutes ses lettres à sa famille et à ses amis, son bonheur transparaît. La fréquentation de ses écrits souligne une conviction : elle est heureuse, oui, vraiment  heureuse ! « Nous assistons, émerveillés, à l’éclosion de cette joie dont Jésus a fait le cœur de sa Bonne Nouvelle. »  C’est une véritable onction de douceur et de joie qui jaillit de tout son être. Vraiment, un partage de bonheur…
Ecoutons-la d’abord dans ces quelques lettres à sa famille et à ses amis :

à sa mère
« Si tu savais comme je pense à toi, comme je prie pour toi, car c’est tout un pour une carmélite. Vois-tu je suis heureuse, je demande au Bon Dieu de te faire goûter aussi les douceurs de son amour et de sa présence : c’est cela qui transforme, qui illumine la vie, c’est le secret du bonheur ! » L 174
«Qui pourrait dire la joie de mon âme, lorsque contemplant le Christ que j’avais reçu… j’ai pu  me dire : enfin il est tout à moi, je suis tout à Lui, je n’ai plus que Lui, Il m’est tout. Et maintenant je n’ai plus qu’un désir, l’aimer, l’aimer tout le temps, zéler son honneur comme une véritable épouse, faire son bonheur »  L 156

à Mme Angles
«Oh ! Chère madame, quel beau jour ! quelle joie de s’enchaîner au service d’un si bon Maître, de lui dire que c’est jusqu’à la mort qu’on est sienne, « sponsa Christi ». je suis heureuse de vous sentir, vous aussi, donnée à Lui. »   L 184

Son bonheur, sa force, Elisabeth les puise aussi à travers les Ecritures, surtout dans les lettres de Saint Paul et Saint Pierre. C’est là qu’elle trouve son dynamisme.

« Oh ! Maman, j’ai besoin de te dire que mon bonheur grandit toujours, il prend des proportions infinies comme Dieu lui-même, et c’est un bonheur si calme, si doux ; je voudrais te donner mon secret ! Saint Pierre dans sa première épitre, dit : « parce que vous croyez, vous serez remplis d’une joie inébranlable ». Je crois que la carmélite puise, en effet, tout son bonheur à cette source divine : la foi. »    L 236

« Maman, réjouis-toi… le Père veut retrouver en nous l’image de son Fils crucifié. Oh !si tu savais combien la souffrance est nécessaire pour faire l’œuvre de Dieu dans l’âme. Le Bon Dieu a un désir immense de nous enrichir de ses grâces, mais c’est nous qui lui faisons la mesure dans la proportion où nous savons nous laisser immoler par lui, dans la joie, dans l’action de grâces. »

« Parce que j’aime le Père, je fais toujours ce qui lui plaît ». Ainsi parlait le Maître Saint et toute âme qui veut vivre à son contact, doit vivre ainsi. Le bon plaisir divin doit être sa nourriture son pain quotidien… Chaque incident, chaque évènement, chaque souffrance comme chaque joie est un sacrement qui lui donne Dieu… Heureuse l’âme qui aime en vérité ». (Ciel dans la Foi)  CF 10

 « Heureuses les oreilles de l’âme assez éveillée, assez recueillie, pour entendre cette voix du Verbe de Dieu. Heureux aussi les yeux de cette âme qui, sous la lumière de la foi vive et profonde, peut assister à l’arrivée du Maître en son sanctuaire intime… Un éternel désir renouvelle éternellement les joies de l’arrivée. Les délices qu’il apporte sont infinies, car c’est Lui-même. » CF 17.

Dans « le Ciel de la Foi », Elisabeth nous livre les méditations de sa dernière retraite. C’est sa foi en Dieu qui est sa force pour accueillir la souffrance à l’approche de sa mort. Son immense désir du ciel va enfin se réaliser.

« Nous avons connu l’amour que Dieu a pour nous et nous y avons cru »… L’âme ne s’arrête pas au goût, aux sentiments ; peu lui importe de sentir ou de ne pas sentir, peu lui importe s’il lui donne la joie ou la souffrance : l’âme croit à son amour. Plus elle est éprouvée, plus sa foi grandit. » CF 20

« La perfection la plus haute en cette vie consiste à rester tellement uni à Dieu que l’âme, avec toutes ses facultés et ses puissances, soit recueillie en Dieu, que ses affections unies dans la joie de l’amour, ne trouvent de repos que dans la possession du Créateur… Pour réaliser cet idéal, il faut se tenir recueillie au-dedans de soi-même, se tenir en silence en présence de Dieu, tandis que l’âme s’abîme, se dilate, s’enflamme et se fond en Lui, avec une plénitude sans limites. » C F 25

« Une louange de gloire, c’est une âme de silence qui se tient comme une lyre sous la touche mystérieuse de l’Esprit Saint afin qu’il en fasse sortir des harmonies divines ; elle sait  que  la souffrance est une corde qui produit des sons plus beaux encore, aussi elle aime la voir à son instrument afin de remuer plus délicieusement le cœur de son Dieu. »  CF 43

Vraiment le ciel attire Elisabeth, elle jubile à l’idée de rencontrer Celui qu’elle aime.

« La perspective d’aller voir Celui que j’aime en son ineffable Beauté, de m’abimer en cette Trinité qui fut déjà mon ciel ici-bas, me met une joie immense dans l’âme…pourtant le bonheur de mon Maître suffit pour faire le mien et je me livre à Lui pour qu’il fasse en moi tout ce qu’il désire » Lettre 271

« Ah, combien je serais heureuse s’il voulait faire tomber le voile afin que mon âme s’élance en Lui et contemple sa Beauté dans un face à face éternel. En attendant, je vis dans le ciel de la foi au centre de mon âme et je tâche de faire le bonheur de mon Maître en étant déjà sur la terre la louange de sa gloire ». L 274

Résonnance dans notre vie 

Aujourd’hui le monde recherche le bonheur, la joie parfaite sans souffrance.
Avons-nous le souci de témoigner de la vraie joie qui nous habite ?
Cette joie d’être consacrée au Seigneur transparaît-elle à travers mes paroles ?
mes rencontres au cours de mes journées ?

Prière.

« Ô mon Christ aimé, crucifié par amour,
je voudrais être une épouse pour votre cœur,
je voudrais vous couvrir de gloire,
je voudrais vous aimer… jusqu’à en mourir !
Mais je sens mon impuissance,
et je vous demande de me revêtir de vous-même …
Venez en moi comme adorateur,
comme Réparateur et comme Sauveur.
Ô Verbe éternel, parole de mon Dieu,
je veux passer ma vie à vous écouter…
afin d’apprendre tout de vous. »
(Extraits de la prière d’Elisabeth)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans La joie à la lumière des saints du Carmel | Laisser un commentaire

La joie à la lumière des saints du Carmel-Elisabeth de la Trinité

Editorial

Le dimanche 16 Octobre 2016, c’était grande joie pour l’Eglise et le Carmel, le pape François canonisait Sainte Elisabeth de la Trinité !

Avec elle nous avons un guide sûr et lumineux, sur le chemin  du bonheur et de  la sainteté, « … un témoin éclatant de la joie d’être enracinée et fondée dans l’amour … parce qu’elle se sait habitée au plus intime d’elle-même par la présence du Père, du Fils et de l’Esprit en qui elle reconnaît l’amour infiniment vivant …»  comme le déclarait Jean Paul II lors de sa béatification en 1984.

Elisabeth n’a vécu que vingt six ans (1880-1906), mais toute sa vie de jeune laïque et de carmélite a rayonné la joie, la joie de se savoir aimée, joie profonde qu’elle a voulu partager à ses proches et à ses amis.
Tous ses écrits témoignent de l’intense bonheur qui l’habite :

  « Je ne trouve pas d’expression pour dire mon bonheur, chaque jour je l’apprécie davantage » Lettre 91.

       Ecoutons-la nous livrer : « son secret du bonheur ». Dans ce premier  feuillet  nous nous limiterons à quelques extraits de ses lettres à ses proches. 

       A sa tante Mathilde :

«… Te rappelles-tu nos promenades le soir au clair de lune ? Oh ! que c’était beau ce vallon à la lumière des étoiles, cette immensité, cet infini, tout cela me parlait de Dieu !… … J’ai trouvé mon ciel sur la terre en ma chère solitude du Carmel où je suis seule avec Dieu seul. Je fais tout avec Lui, aussi je vais à tout avec une joie divine ; que je balaie, que je travaille ou que je sois à l’oraison, je trouve tout bon et délicieux… Lettre 139.

A ses tantes :

« Votre petite Elisabeth goûte cette joie, cette dilection des enfants de Dieu, de ceux qui croient à l’amour qu’Il a eu pour eux »… L 235

A Madame de Sourdon :

« Votre petite amie est si heureuse, d’un bonheur que Dieu seul connaît car il en est l’Unique objet, bonheur qui ressemble bien à celui du Ciel. » L  157

A Marguerite Gollot, une amie              

« Oh! que c’est bon  d’unir, d’identifier notre volonté à la sienne, alors on est toujours heureuse, toujours contente !… Lui qui nous a tant gâtées ! Oh qu’Il nous aime, chère sœur ; si pouvions seulement comprendre cette passion d’amour de son cœur !…
 …Oh ! ne plus voir que Lui toujours ; quand même cette main pleine d’amour semble faire saigner le cœur ; quand même Il se cache, Lui que nous cherchons uniquement !”
Lettre 44.  

            A son amie Françoise   

«….Ah si je pouvais t’apprendre le secret du bonheur comme le Bon Dieu me l’a appris. Tu dis que je n’ai ni soucis ni souffrances ; il est vrai que je suis bienheureuse, mais si tu savais comme, alors que l’on est contrarié, on peut être tout aussi heureuse ; il faut toujours regarder au bon Dieu. Au commencement il faut faire des efforts lorsqu’on sent tout bouillonner en soi, mais tout doucement à force de patience et avec le bon Dieu on en vient à bout ;  Il faut que tu te bâtisses comme moi une petite cellule au-dedans de ton âme ; tu penseras que le bon Dieu est là, et tu y entreras de temps en temps ; lorsque tu sens tes nerfs, que tu es malheureuse, vite sauve-toi là et confie tout cela au Maître …
L 123.
Vois-tu je suis heureuse, je demande au bon Dieu de te faire goûter aussi les douceurs de son amour et de sa présence : c’est cela qui transforme, qui illumine la vie, c’est le secret du bonheur … ! L 174
…Oh, ma Françoise, toi qui as un cœur si ardent, ne comprends-tu pas ce que c’est que l’amour quand il s’agit de Celui-là qui nous a tant aimées ? Si tu savais comme Il t’aime, et comme moi je t’aime aussi … L 182

     A une amie M.L (qui attend un enfant)

« Ma bonne Marie Louise, je me réjouis de vos espérances et de l’arrivée du petit ange. Ne craignez pas, soyez toute dans la paix du bon Dieu, Il vous aime, Il veille sur vous comme la mère sur son petit enfant. Pensez que vous êtes en Lui, qu’Il se fait votre demeure ici-bas ; et puisqu’Il est en vous, que vous Le possédez au plus intime de vous-même, qu’à toute heure du jour et de la nuit, dans toutes joies ou épreuves vous pouvez le trouver là, tout près, tout au-dedans. C’est le secret du bonheur, c’est le secret des saints, ils savaient si bien qu’ils étaient le temple de Dieu. »   L 175

         A sa Mère :

« … Laisse-moi te dire que je suis heureuse, divinement heureuse, que le bon Dieu a été trop bon pour moi ; c’est tout un flot qui déborde de mon âme, flot de reconnaissance et d’amour envers Lui et envers toi : merci de m’avoir donnée à Lui … Je t’embrasse maman chérie, comme toi je sens le sacrifice, mais je suis divinement heureuse… L 130 
… Et maintenant, ma maman chérie, il ne me reste que la place de te dire un souhait : que Celui qui m’a prise à Lui  soit toujours plus l’Ami en lequel tu te reposes de tout. Vis en son intimité comme on vit avec Celui qu’on aime, en un doux cœur à cœur ; c’est le secret du bonheur de ta fille, qui t’embrasse avec tout l’amour de son cœur  de carmélite, ce cœur  qui est tout à toi, car il est tout à Lui, tout à la Trinité”.   L 170 

… Oh ! vois- tu, il y a un mot de Saint Paul qui est comme un résumé de ma vie, et qu’on pourrait écrire sur chacun de ses instants : « propter nimiam  charitatem ». Oui ces flots de grâce, c’est « parce qu’Il m’a trop aimée ». Maman chérie, aimons-Le, vivons avec Lui comme avec un être dont on ne peut se séparer. Tu me diras si tu fais des progrès dans le chemin du recueillement en la présence de Dieu… Rappelle-toi ces mots de l’Evangile : ”le royaume de Dieu est au-dedans de vous.” Entre en ce petit royaume pour adorer le Souverain qui y réside comme en son propre palais ; Il t’aime tant… »  L 280

 Résonance dans ma vie                                 

Dans son exhortation apostolique: « La joie de l’Evangile » n°1,  le pape François invite les chrétiens à une nouvelle étape évangélisatrice marquée par la joie…
Il rappelle que la joie de l’Evangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui  rencontrent Jésus.

Tous, quelque soit notre vocation, nous sommes appelés au bonheur.
En suis-je convaincu(e) ?

Elisabeth a goûté cette joie profonde, elle nous en livre le secret, elle n’a qu’un désir : nous entraîner sur ce chemin.
Comment retentit en moi cette invitation au bonheur ?
Quels appels pour moi aujourd’hui ?

Prière.    Nous pouvons prier avec les mots d’ Elisabeth :

O mon Dieu, Trinité que j’adore,
aidez- moi 
à m’oublier entièrement
pour m’établir en vous…
Que rien ne puisse troubler ma paix…
Que chaque minute m’emporte plus loin
dans la profondeur de votre Mystère.
Pacifiez mon âme, faites-en votre ciel,

votre demeure aimée et le lieu de votre repos
Que je ne vous y laisse jamais seul,
mais
que je sois là tout entière,  tout éveillée
en ma foi, tout adorante,
toute livrée à votre Action créatrice.                                      

                                  ( Notes intimes 15)

Publié dans La joie à la lumière des saints du Carmel | Laisser un commentaire

La joie à la lumière des saints du Carmel- Laurent de la Résurrection

Editorial

Christ chapiteau st nectaireEn 2015-2016, nous avons médité la miséricorde chez quelques saints du Carmel. Cette année, chez ces mêmes saints, nous essaierons de voir comment « la joie de l’Evangile » dont parle le Pape François, a imprégné toute leur vie jour après jour.

Nicolas Herman, en religion «  Laurent de la Résurrection o.c.d. », est mort en 1691. Toute sa vie est imprégnée de la Présence de Dieu, Présence qui le transforme. Présence qui le remplit de joie, l’inonde de bonheur, et le fera choisir une Congrégation pour y embrasser un genre de vie dont les règlements sont fondés, non sur le sable mouvant d’une dévotion passagère, mais sur la pierre ferme de Jésus-Christ. Il a besoin d’un cadre pour l’aider à vivre pleinement sa vie avec le Seigneur. Ainsi, notre solitaire veut-il que règnent en lui « la paix, la joie, et non tantôt la tristesse, tantôt le trouble, tantôt la confiance ou tantôt l’accablement ». (EL 15- EL = Eloges)
Laurent remarque les merveilles de la puissance, de la sagesse et de la bonté du Créateur, qui remplissent son esprit de joie et le font s’écrier avec le  Prophète :

« Ô Seigneur, ô Dieu des dieux, que vous êtes incompréhensible en vos pensées, profond en vos desseins. »

Dans la santé, comme dans la maladie,
« il montre une joie tout extraordinaire. »
EL 52.
Cette joie paraît non seulement sur son visage, mais encore dans sa manière de parler.  

Arrive un jour où sa maladie s’aggrave, c’est dans la  joie  qu’il demande  et  reçoit le sacrement des malades. Ses frères, le voyant si joyeux, demandent ce qu’il fait  et  à  quoi  son esprit est occupé :
« Je fais, répond-il, ce que je ferai dans toute l’éternité : je bénis Dieu, je  loue  Dieu,  je l’adore et je l’aime de tout mon cœur. C’est là tout  notre  métier mes frères, d’adorer Dieu et de l’aimer, sans se soucier du reste.» EL 59       

« Il faut nourrir son âme d’une haute idée de Dieu, et de là nous tirerons une grande joie d’être à lui.… de vivifier notre foi. EN 5.
… de se donner entièrement et en pur abandon à Dieu, pour le temporel et pour le spirituel… tout doit être égal à celui qui est vraiment abandonné !

Laurent raconte à un ami que son oraison n’est plus que présence de Dieu… Il se tient  toujours près de Lui pour le louer et le bénir de toutes ses forces. Il passe sa vie dans une continuelle joie. 47 EN.

« Vous saurez, dit-il à une religieuse, que mon principal soin, depuis plus de quarante ans que je suis en religion, a été d’être toujours avec Dieu, et de ne rien faire, de ne rien dire et de ne rien penser qui lui puisse déplaire. Je suis à présent si habitué à cette divine présence, que j’en reçois des secours continuels en toutes sortes d’occasions. Il y a environ trente ans que mon âme jouit de joies intérieures continuelles … L 1 (L = Lettre)

Il confie à un ami :
« Si quelquefois je suis un peu trop absent de cette divine présence, Dieu se fait sentir aussitôt dans mon âme … Je réponds avec une exacte fidélité à ces attraits intérieurs : ou par une élévation de mon cœur vers Dieu, ou par un regard doux et amoureux, ou par quelques paroles que l’amour forme en ces rencontres, par exemple : « Mon Dieu, me voici tout à vous : Seigneur, faites-moi selon votre cœur.» Et … je sens que ce Dieu d’amour se contentant de ce peu de paroles, se rendort et se repose au fond de mon âme. L’expérience de ces choses me rend si certain que Dieu est toujours en ce fond de mon âme, que je n’en peux former aucun doute, quoi que je fasse et qu’il m’arrive. »

« Jugez de là, ma  Mère, quel est le contentement et la satisfaction dont je jouis. Sentant en moi continuellement un si grand trésor, je ne suis plus dans l’inquiétude de le trouver, je ne suis plus en peine de le chercher. L 1

« Dieu a des trésors infinis à nous donner ; et une petite dévotion sensible, qui passe en un moment, nous satisfait… par là, nous lions les mains à Dieu et nous arrêtons l’abondance de ses grâces. Mais lorsqu’il trouve une âme pénétrée d’une foi vive, il lui verse des grâces en abondance. C’est un torrent arrêté par force contre son cours ordinaire qui, ayant trouvé une issue, se répand avec impétuosité et avec abondance. Oui, souvent nous l’arrêtons, ce torrent, par le peu d’estime que nous en faisons…  L 1

« L’amour adoucit les peines et lorsqu’on aime Dieu, on souffre pour lui avec joie et avec courage ; … Il est le seul et unique remède à tous nos maux… » L. 21
« il est le Père des affligés, toujours prêt à nous secourir, il nous aime infiniment plus que nous ne pensons. Aimez-le donc... L 14

Un de ses amis note :
« Laurent a renoncé véritablement au monde pour ne plus vaquer qu’à cultiver son âme et à connaître Dieu et son Fils Jésus-Christ, Cet homme religieux qui avait pour règle l’Évangile….
priait en tout lieu, non en employant beaucoup de paroles, mais en secret dans le fond de son âme : en promenade, en conversation, dans le repos, pendant la lecture ou le travail. Il louait Dieu continuellement, non seulement le matin en se levant et à midi : mais dans toutes ses actions il rendait gloire à Dieu… » M.30. (M=Mœurs)

« L’application qu’il a par la prière aux choses spirituelles le rend doux, affable, patient… ne donnant prise sur lui ni au plaisir ni à la douleur. La joie de la contemplation dont il se repaît continuellement sans en être rassasié, ne lui permettent pas de sentir les petits plaisirs de la terre. Il habite par la charité avec le Seigneur, quoique son corps paraisse encore sur la terre ; et il n’a plus de goût pour les biens du monde ; Il  ne désire rien, parce qu’il a l’objet de son désir, autant qu’il est possible. Il n’a point besoin de hardiesse, parce que rien en cette vie n’est fâcheux pour lui, ni capable de le détourner de l’amour de Dieu. ….
« Il aime toujours Dieu et est tourné tout entier vers lui seul. Il n’a point de jalousie, parce que rien ne lui manque. »
« Son âme est dans une consistance solide, exempte de tout changement… Oubliant tout le reste il n’est attaché qu’à Dieu seul. Il s’applique joyeusement à méditer la loi du Seigneur et à veiller dans la prière, non par obligation mais porté par l’élan de la joie spirituelle. Flèche15
Il ajoute encore :
« Dans la cellule solitaire, heureusement dissimulés à la vanité du monde, nous recevons  les  vraies joies  du  Paradis,  qui recréent notre   » homme intérieur  » et le restaurent, de sorte que notre désir est toujours  à  la fois assoiffé et comblé. Je ne m’occupe qu’à me tenir toujours en sa sainte Présence, en laquelle je me tiens par une simple attention et un regard général et amoureux en Dieu, que je pourrais nommer présence de Dieu actuelle, ou pour mieux dire un entretien muet et secret de l’âme avec Dieu, qui ne passe quasi plus ; ce qui me cause quelquefois des contentements et des joies intérieures ».

« Je ne veux que Lui et veux être tout à Lui… »  L 2

Résonnance dans ma vie

Son oraison n’était plus que présence de Dieu.
« je ne m’occupe qu’à me tenir toujours en sa sainte présence, je me tiens par une simple attention et un regard amoureux en Dieu … ce qui me cause quelquefois des contentements et des joies intérieures.  « Je ne veux que lui et veux être tout à lui. »

 Est-ce une joie pour moi d’aller à l’oraison ?
– A l’oraison : c’est Lui ou moi que je viens rencontrer ?
– Quel est mon désir d’être tout à Dieu ?

Prière

Avec Laurent de la Résurrection méditons quelques passages des Psaumes qui ont nourri sa prière :
« Crée en moi un cœur  pur, ô mon Dieu…
donne-moi la joie de ton salut.»
Ps 49/50

A toi, Seigneur, la louange est due, …belle-ile
Tu couronnes l’année de tes bontés,
Sur tes ornières la pluie ruisselle,
Les collines débordent d’allégresse…
Tout exulte et chante… Ps 65

« Qu’elle est grande, Seigneur, l’abondance de ta douceur  que tu as cachée aux savants
et révélée aux tout petits. Mt 11 /

Publié dans La joie à la lumière des saints du Carmel | Laisser un commentaire

La miséricorde à la lumière des saints du Carmel-Edith Stein

Editorial 

Edith Stein, sœur Thérèse Bénédicte de la Croix selon son nom de carmélite, est née en Edith_Stein 31891 à Breslau en Silésie, dans une famille juive pratiquante.
Avide de connaître, elle fait des études de philosophie et devient l’une des premières femmes à soutenir sa thèse en 1917.
Après avoir perdu la foi de son enfance, connu le mal de vivre, en lisant la Vie de Thérèse d’Avila elle découvre que la Vérité qu’elle recherche, depuis tant d’années, c’est Quelqu’un, une Présence intime, le Christ. En 1922, elle reçoit le baptême et désire être Carmélite, mais devant la souffrance que ses choix occasionnent à sa mère, elle attendra douze ans avant d’entrer au carmel de Cologne.
Solidaire du peuple juif, persécuté par les Nazis, en août 1942, elle est déportée et gazée à Auschwitz.

Ecoutons-la, à travers  ses écrits :

« Il a toujours été loin de ma pensée que la miséricorde de Dieu s’arrête aux frontières de l’Église visible. Dieu est la vérité. Qui cherche la vérité, cherche Dieu, qu’il en soit conscient ou non. »”  ( Lettre du 23 mars 1938 à sœur  Adelgundis Jaegerschmid, o.s.b.)
« Ma mère aura tenu jusqu’au bout à ses convictions religieuses. La foi inébranlable qui soutint sa vie entière ne lui aura pas fait défaut à l’heure de la mort. Je pense que cette foi lui (…) aura valu la miséricorde d’un juge près de qui elle est maintenant mon soutien le plus fidèle. Puisse-t-elle m’obtenir à moi aussi de parvenir au but. »  (Lettre du 04/10/1936 à soeur Callista Kopf, op.)

« Quelques réflexions sur la messe et l’office divin : les deux vont ensemble, ils sont inséparables. Le sacrifice de la messe est le sacrifice unique dans lequel tous les sacrifices précédents, qui l’ont préfigurés, sont accomplis, rendus présents et effectifs. C’est le sacrifice pour les péchés que l’humanité pécheresse offre par son grand-prêtre afin d’obtenir l’absolution et l’entrée devant la Face de Dieu. C’est le sacrifice de paix dans lequel les pécheurs pardonnés sont invités au banquet du sacrifice. C’est le sacrifice plénier par lequel le Christ comme tête de l’humanité et roi de la création se livre lui-même avec tout le créé à la Divinité et la plus haute Souveraineté.
Ceci est le rite de l’offertoire. Les chants de l’offertoire lui donnent expression et l’accompagnent. Les psaumes, dans la mesure où ils sont un cri des profondeurs, parlent de supplication pour la miséricorde. Les hymnes et les psaumes joyeux sont des chants de joie pour la fête nuptiale. Le Sanctus et, par­dessus tout, le Te Deum sont l’adoration, la liturgie à la fois terrestre et céleste en louange et hommage au très Saint de toute la création.
Un grand nombre de ces pensées sont inspirées du livre d’Erik Peterson sur les anges, qui contient probablement ce qu’il y a de plus décisif et profond sur le sujet. » (Lettre du 16 juillet 1935, à Mère Petra Brüning.)

Voici l’une des plus belles pages d’Edith Stein. Elle évoque le temps de prière que l’on prend chaque matin pour être disponible à la volonté de Dieu. Dans ce temps de silence, n’étant plus dans l’action, toute notre misère remonte à la surface et nous apparaît en pleine lumière.

« On ne peut échapper au jugement de celui que l’on fréquente chaque jour. Même lorsqu’aucune parole n’est échangée, on perçoit au comportement des autres ce que l’on est soi-même. On cherche à se conformer à son entourage, et si l’on n’y parvient pas la vie commune tourne au supplice. Il en est ainsi dans les rapports quotidiens avec le Sauveur. Devenant chaque jour plus sensible à ce qui lui plaît ou lui déplaît, celui qui était naguère facilement satisfait de lui-même voit tout désormais sous un autre jour. Il constate bien des laideurs, et les corrige autant qu’il est possible. Il découvre maintes choses qu’il ne peut juger ni belles ni bonnes et auxquelles cependant il lui est difficile de porter remède. Ainsi devient-il tout doucement plus petit et plus humble, plus patient, plus indulgent au brin de paille qui est dans l’œil du prochain, car il est suffisamment occupé par l’une des poutres qui sont dans le sien. Et il apprend alors à se supporter lui-même dans la lumière inexorable de la présence divine, et à s’abandonner à la miséricorde de Dieu, qui finalement, triomphe de tout ce qui nargue ses forces. » (Le mystère de Noël, L’orante, 1955, p. 55-57.)

« Jésus-Christ demande l’âme en mariage par le fait qu’il offre Sa vie pour la sienne et lutte contre Ses ennemis qui sont aussi ceux de l’âme.[…] A tous ceux qui reconnaissent leur propre culpabilité, qui la confessent avec repentir et désirent en être délivrés, il tend la main. Toutefois il attend d’eux qu’ils le suivent sans condition et en renonçant à tout ce qui en eux s’oppose à son Esprit. […]
Il ouvre ainsi les écluses de la miséricorde du Père à tous ceux qui ont le courage d’embrasser la Croix et Celui qui y est attaché. […]
Ainsi s’accomplit une nouvelle Incarnation du Christ dans la personne du Chrétien. Elle équivaut à une résurrection qui suit sa mort sur la Croix. L’homme nouveau porte lui aussi dans son corps les stigmates du Christ. Ils sont un souvenir de la misère du péché d’où il a été rappelé à la vie bienheureuse, ainsi que du prix dont celle-ci a été payée. […]
Ainsi l’union nuptiale avec Dieu, pour laquelle l’âme a été créée, est achetée par la Croix, consommée sur la Croix et scellée pour l’éternité du sceau de la Croix. » (La Science de la Croix, Nauwelaerts, 1957, p. 304-305.)

« Cette divine virginité va de pair avec une horreur intrinsèque du péché qui est l’opposé de la sainteté divine. Mais de cette horreur même du péché jaillit un amour invincible pour les pécheurs. Le Christ est venu pour arracher les pécheurs au péché et rétablir l’image de Dieu dans les âmes profanées. Il vient en tant que fils du péché, comme le montrent sa généalogie et toute l’histoire de l’ancienne alliance, et il recherche la compagnie des pécheurs, pour prendre sur lui tout le péché du monde et aller le décharger sur le bois ignominieux de la croix, qui devient ainsi le signe de sa victoire. C’est pourquoi les âmes virginales n’éprouvent aucune répulsion devant les pécheurs. La force de leur pureté surnaturelle ne connaît aucune peur de la souillure. L’amour du Christ les pousse à descendre dans la nuit comparable à la béatitude de l’âme qui peut allumer dans la nuit du péché la lumière de la grâce. Le chemin qui y conduit est la croix. Au pied de la plus profonde. Et nulle joie de mère ici-bas n’est croix, la Vierge des vierges devient la mère de la grâce. » (Exaltation de la Croix, Source Cachée p. 280)

Résonnance pour notre vie …

La prière personnelle est-elle un lieu où j’apprends peu à peu à me connaître, à m’accepter, à m’en remettre à la miséricorde de Dieu ?
Ai-je déjà expérimenté cette puissance de la miséricorde divine ?
Un apophtegme des Pères du désert dit : « quand tu vois ton frère pécher, couvre- le du manteau de ta miséricorde. » Suis-je miséricordieux pour ceux que je rencontre ?

Prière

 Qui es- tu, douce lumière, qui me remplit                                        colchique
et illumine la ténèbre de mon cœur ?
Comme la main d’une mère, tu me conduis
et, si tu me lâchais, je ne saurais faire un pas de plus.
Tu es l’espace enveloppant mon être et l’abritant en toi.
Le rejetterais-tu, il coulerait à pic dans l’abîme du néant
d’où tu le tiras pour l’élever vers la lumière.
Toi, qui m’es plus proche que je ne le suis moi-même
et pourtant insaisissable, inconcevable, au-delà de tout nom,
Saint-Esprit, éternel Amour.

(Extrait du dernier poème composé à la Pentecôte 1942)

Publié dans La miséricorde à la lumière des saints du Carmel | Laisser un commentaire

La miséricorde à la lumière des saints du Carmel-Elisabeth de la Trinité

Editorial

elisabeth dossier1Elisabeth Catez, née en 1880, contemporaine de Thérèse de Lisieux, entre au carmel de Dijon en 1901, où elle reçoit le nom de sœur Elisabeth de la Trinité. Elle meurt en novembre 1906. Toute sa vie sera marquée par ce Dieu Amour, ce Dieu Trinité, à qui elle fait totalement confiance. Elle comptera toujours sur la force, la tendresse, la grande bonté de son  Bien-Aimé. Dans son courrier à ses amis elle demande sans cesse de « faire confiance à Dieu ». Longtemps déjà avant son entrée au Carmel, elle louait les bontés de Dieu en sa faveur.
« La confiance est la clef qui ouvre les trésors de l’infinie miséricorde de Dieu » 

Elle s’abandonne entre ses mains car elle reçoit tout de Lui. Ecoutons-la, à travers ses premières lettres à ses amies :

« Oh! qu’IL est bon notre fiancé, oui, qu’il est bon …Il nous prend, puis Il nous place sur ses ailes et nous emmène bien loin, bien haut, dans ces régions où l’âme et le cœur aiment à se perdre » (Lettre 41 )
 » Le Bon Dieu m’a donné un cœur bien tendre, bien fidèle et quand j’aime ce n’est pas qu’un peu » L 45
«  Il me comprend, Lui, dont le cœur est si tendre. Que c’est bon de l’aimer, d’être sa victime d’amour ! »  L57  «  C’est si bon l’abandon surtout quand on connaît Celui auquel on se livre »
« J’ai dans ta divine Providence, une inébranlable confiance.
O Jésus, […]  je m’abandonne toute à Toi. ..
Qui pourra, du moins en ce monde,
M’empêcher de me donner à Toi !…
Qui pourra me ravir ton amour…  P 51

Elisabeth n’hésite pas à appeler le Seigneur « le Pacificateur miséricordieux » Et, dans ses lettres, elle confie son expérience et conseille ses amis.

« L’abandon, voilà ce qui nous livre à Dieu… (jeune), quand le présent était douloureux…, quand tout s’embrouillait, je fermais les yeux, je m’abandonnais comme un enfant dans les bras de ce Père qui est aux cieux …Nous n’avons pas assez confiance en Celui qui nous enveloppe de sa charité »   L 129  

Et à Madame Angles, elle écrit aussi :                                                                       

« Il me semble que le Bon Dieu vous demande un abandon et une confiance sans limites à ces heures douloureuses où vous sentez ces vides. »
« Lancez votre âme sur les flots de la confiance et de l’abandon… et pensez que tout ce qui la trouble et la jette dans la crainte ne vient pas du Bon Dieu, car il est le Prince de la Paix. Souvent je pense qu’il sera beaucoup demandé à qui a beaucoup reçu et Il a été si comblant envers (moi) sa petite épouse, mais elle s’abandonne à son amour et chante dès ici-bas l’hymne de ses miséricordes » L 224
« La Miséricorde n’est que pardon, ce pardon qui a jailli en fleuve d’eau vive sur la Croix. »… « Ainsi, nous devons descendre chaque jour en ce sentier de l’Abîme qui est Dieu ; laissons-nous glisser sur cette pente dans une confiance toute pleine d’amour. C’est là, que l’Abîme de notre néant, de notre misère se trouvera en tête à tête avec l’Abîme de sa miséricorde ». Cf 4
« Je vois mon néant, ma misère, mon impuissance, je m’aperçois incapable de progrès, de persévérance, je vois la multitude de mes négligences, de mes défauts,…alors je me prosterne dans ma misère, reconnaissant ma détresse, je l’étale devant la miséricorde de mon maître » Cf 12
« Aimez votre misère, car c’est sur elle que Dieu exerce sa miséricorde, et lorsque sa vue vous jette dans la tristesse qui vous replie sur vous, c’est de l’amour-propre… plus vous sentez votre faiblesse, plus votre confiance doit grandir, car c’est à Lui seul que vous vous appuyez.»  L324

Elisabeth découvre  la miséricorde en méditant la  Parole du Seigneur :

« Va en paix, ta foi ta sauvée » Luc7,50
« Le Créateur, en voyant le beau silence qui règne en sa créature,… est épris de sa beauté et il la fait passer en cette solitude immense, infinie, en ce « lieu spacieux » qui n’est autre que lui-même »
« Et nous qui sommes baptisés nous participons à la nature divine : Il nous a justifiés par les sacrements… justifiés par la foi et selon la mesure de notre foi en la Rédemption que Jésus nous a acquise » Cf 27

Elisabeth vit « au-dedans », contemplant les grâces de Dieu et toute sa tendresse à son égard :

« Dès que Dieu nous voit habiles à recevoir sa  grâce, sa bonté libre est prête à nous donner le don qui nous donne sa ressemblance…Dieu veut se donner lui-même, nous imprimer sa ressemblance, nous absoudre et nous délivrer » Cf 24
«  Toute l’occupation de Dieu semble être de combler l’âme de caresses et de marques d’affection, comme une mère… Soyons attentives à la voix mystérieuse de notre Père »
Cf 34
« Dieu qui est riche en miséricorde, poussé par son trop grand amour, alors que nous étions morts par nos péchés, nous a rendu la vie en Jésus-Christ… » Comment pouvons-nous ne pas défaillir d’adoration quand nous plongeons dans l’abîme de la miséricorde et que les yeux de notre âme sont arrêtés sur ce fait : Dieu a enlevé nos péchés…Le Seigneur, dans sa clémence, a voulu retourner nos péchés contre eux-mêmes et pour nous ; Il a trouvé le moyen de nous les rendre utiles, de les convertir en  instruments de salut » Cf 35
«  Quand l’âme considère au fond d’elle-même, avec des yeux brûlés d’amour, l’immensité de Dieu, sa fidélité, ses preuves d’amour, ses bienfaits… quand ensuite, se regardant-elle-même, elle voit ses attentats contre l’immense Seigneur….Ce qu’elle a de mieux à faire c’est de se plaindre à Dieu son ami  … Elle se résigne à la volonté de Dieu , et, dans l’abnégation intime, trouve la paix véritable,  invincible et parfaite, celle que rien ne troublera » Cf 36
« Voici qui est bien consolant ! Mes impuissances, mes dégoûts, mes obscurités, mes fautes elles-mêmes, racontent la gloire de l ’Eternel. »  DR 18
« Lorsque vous craignez avoir abusé de ses grâces… c’est le moment de redoubler de confiance car, dit encore l’Apôtre « où le péché abonde, la grâce surabonde » et plus loin «  je me glorifie dans mes faiblesses car alors la force de Jésus-Christ habite en moi » « il est riche en miséricorde notre Dieu, à cause de son immense amour. » L 224
« Il supplée à mes impuissances et si je tombe, à chaque instant  qui passe, Il est là pour me relever et m’emporter plus loin en Lui» L 214
« Même si tu Lui as fait de la peine, rappelle-toi qu’un abîme appelle un autre abîme et que l’abîme de ta misère…attire l’abîme de sa miséricorde. » L 298

Parole du pape François :

«  Le regard fixé sur Jésus et son visage miséricordieux nous pouvons accueillir l’amour de la sainte Trinité…Tout en Lui, parle de Miséricorde, rien en Lui ne manque de compassion…Ce qui animait Jésus en toute circonstance n’était rien d’autre que la miséricorde avec laquelle il lisait dans le cœur de ses interlocuteurs et répondait à leurs besoins les plus profonds.»

Résonnance pour notre vie ?…

« Lorsque vous craignez d’avoir abusé de ses grâces, c’est le moment de redoubler de confiance… Il est riche en miséricorde».
Comment retentit en moi ce message d’Elisabeth de la Trinité ?

Prière

Mais nous avons péché, grande est notre misère.             Elisabeth
Qu’allons-nous devenir si Dieu ne vient pas à nous ?
« Riche en miséricorde », il reste notre Père,
La prière du Christ apaise son courroux,
Et pour faire éclater la gloire de sa grâce,
Il nous justifia par la Rédemption.
Désormais nous pourrons voir l’éclat de sa Face
Car il nous a nommés ses « fils d’adoption »…
Telle est notre grandeur, telle est notre richesse
Car nous sommes au Christ et le Christ est à Dieu
Pour son immense amour bénissons-le sans cesse,
Chantons à sa louange un hymne glorieux.
(P 89)

Sigles utilisés: L lettre ; P Poésie ; DR Dernière retraite ; Cf Le Ciel dans la foi (Traité spirituel 1 )

Publié dans La miséricorde à la lumière des saints du Carmel | Laisser un commentaire