La Création

La Beauté de la Création

A – Tous les biographes de Jean de la Croix ont attesté combien il était sensible à la beauté de la nature. Il aimait y prolonger son oraison qui souvent s’achevait en extase.

– Au Calvario, où l’été andalou dure presque toute l’année, il a été séduit par la beauté du site, les charmes d’une nature exceptionnelle et attachante, et ses dons de poète le font vibrer. Il a surpris: –

“les oiseaux qui légèrement s’envolent”…C.S.B.20 …

“dans les vallons boisés, solitaires ”, C.S.B.14

et “ la tourterelle qui, sur la verdoyante rive

a trouvé le compagnon ardemment désiré” C.S.B.34

Il a respiré, “ aux fraîches matinées C.S.B.30

Le parfum des rosiers en fleurs” C.S.B.18

Et écouté “ la source cristalline aux reflets argentés” C.S.B.12

“Le doux murmure de la brise” C.S.B.14

et “ de la nuit tranquille la mélodie silencieuse”. C.S.B.15

 

– Il emmène aussi ses frères en pleine campagne, et, sous les arbres en fleurs, il leur parle de Dieu présent dans la beauté de la création, puis les invite à s’égailler dans la solitude, qui dans un bois, qui près d’une source… “ Eloignez-vous, leur dit-il, pour louer la beauté de Dieu”.

Un jour lui-même s’abîme dans la contemplation d’un banc de poissons minuscules: “ Voyez mes frères comment ces petites créatures de Dieu Le louent pour que cela vous élève l’âme!.. Si ces êtres sans intelligence le font, combien est grave notre obligation de le faire!…et, conclut Frère Augustin de la Conception, il entra en extase devant le spectacle…”

– A Ségovie, le soir, il prie accoudé à la fenêtre de sa cellule, simple lucarne qui s’ouvre sur la campagne et sur le ciel, un ciel profond, étincelant d’étoiles, jusqu’au matin. Malgré lesnombreuses occupations de sa charge de premier définiteur de l’Ordre et de prieur, il aime monter pour faire oraison, dans une petite caverne ouverte dans le rocher, entourée de genêts, de lavandes, de broussailles, d’où il jouit d’une vue magnifique, dans un profond silence…

– Pendant les longs trajets qu’il fait à pied à travers l’Andalousie ou la Castille il chante ou récite des psaumes ou des couplets du « Cantique Spirituel » et tombe souvent en contemplation devant un petit ruisseau, un parterre de fleurs sauvages, un bosquet d’arbres dans lesquels il dit voir “ un je ne sais quoi de Dieu”.

– Même les animaux sont l’objet de son attention et de sa douceur. Ainsi un jour un gros chien furieux s’élance sur lui et son compagnon. Jean avance la main, le caresse et lui dit : “Va maintenant”. L’animal s’en retourne tranquillement. Une autre fois c’est le petit chat du couvent qui a mangé la perdrix rôtie à son intention. Frère Jean se contente de sourire et de le bénir!…C’est aussi ce petit lièvre qui, tout apeuré un soir d’incendie au couvent, vient se blottir sous sa bure…

 

B- Mais si une grande partie de lui-même ne peut se passer de la richesse, de la beauté de la création, c’est surtout parce qu’à travers elle c’est la beauté de Dieu, le Bien-Aimé de sa vie, qui le fascine et le remplit de nostalgie.

 

Jamais les beautés de ce monde
Ne me rendront épris d’amour,
Mais il est un je ne sais quoi
Que mon cœur brûle d’obtenir…
Celui que l’amour a blessé
A vu son goût se transformer
Et rien ne peut le satisfaire.
Il réclame un je ne sais quoi
Que son cœur brûle d’obtenir…
Rien ne peut plus le contenter
Qui soit moins que le Dieu qu’il aime…
Tout ce que l’on peut percevoir
Ici-bas au moyen des sens,
De plus sublime et de plus haut,
Ce qui est gracieux et beau
Ne peut me rendre épris d’amour…
Ecrit en 1585 -1586

 

C- Dans le Cantique Spirituel, les premières strophes chantent l’ardente recherche du Bien-Aimé. Les créatures visibles et invisibles sont interrogées et la beauté dont elles témoignent ne fait qu’accroître le désir de Dieu et la souffrance causée par son absence.

 

Où t’es-tu caché, Bien-Aimé?
Cherchant sans trêve mes amours
J’irai par ces monts, ces rivages,
Je ne cueillerai point de fleurs…
St.1 et 3

L’âme interroge les créatures :

O forêts, très épais massifs
Plantés de la main de l’Aimé!
Prairies aux gazons verdoyants,
De belles fleurs tout émaillés,
Dites-moi, je vous prie,
s’il vous a traversés…St.4

Réponse des créatures :

Tout ruisselant de mille grâces,
En hâte il traversa nos bois,
Dans sa course, il les regarda,
Sa figure qui s’y grava
Suffit à les laisser revêtus de beauté. St.5

 

La rencontre se fera enfin et l’Epoux évoque alors la beauté de l’Aimé, l’identifiant à la totalité de la création qui reflète son œuvre et sa beauté.

L’Aimé c’est pour moi les montagnes,
Les vallons boisés, solitaires,
Toutes les îles étrangères
Et les fleuves retentissants;
C’est le doux murmure
des brises caressantes.
Il est pour moi la nuit tranquille
Semblable au lever de l’aurore
La mélodie silencieuse
Et la solitude sonore…St.15 et 16

 

Réjouissons-nous, Bien-Aimé,
Allons nous voir en ta beauté sur la montagne…
D’où jaillit l’onde toute pure… St.36

 

Pour terminer arrêtons-nous quelques instants à contempler la Source…qui évoque pour Jean de la Croix , Dieu que l’on ne connaît que par la Foi, symbolisée par la nuit.

Je sais une source qui jaillit et s’écoule
Mais c’est au profond de la nuit…
Cette source éternelle, elle reste cachée,
Tout en elle va plonger sa racine,
Mais c’est au profond de la nuit…
Jamais il ne sera de beauté qui l’égale,
Le ciel, l’univers vont s’y désaltérer..
Jamais son bel éclat ne pourra s’obscurcir,
Toute lumière aussi d’elle jaillit,
Mais c’est au profond de la nuit…
Ecrit au cachot de Tolède en 1578

 

Prière

Nous pouvons méditer l’un de ces magnifiques poèmes.

Orientation de vie

S’arrêter de temps en temps pour regarder
la beauté de ce qui nous entoure
et en recevoir comme un signe de la présence de Dieu
pour qui nous sommes faits.

 

 

 

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