La Bûche enflammée

La Bûche enflammée

“ Le feu matériel appliqué au bois commence tout d’abord par le dessécher. il en expulse l’humidité et lui fait pleurer toute sa sève. Aussitôt il commence par le rendre peu à. peu noir, obscur, vilain ; il lui fait répandre même une mauvaise odeur, il le dessèche insensiblement. il en tire et manifeste tous les éléments grossiers opposés à. l’action du feu. Finalement, quand il commence à l’enflammer à l’extérieur et à l’échauffer, il le transforme en lui-même et le rend aussi brillant que le feu. En cet état le bois n’a plus l’action ni les propriétés du bois, il n’en conserve que la quantité et la pesanteur qui est plus grande que celle du feu ; car il a déjà en lui les propriétés et les forces actives du feu. Il est sec et il dessèche, il est chaud et il réchauffe ; il est lumineux et il répand sa clarté. Il est beaucoup plus léger qu’avant et c’est le feu qui lui a communiqué ces propriétés et ces effets. Or nous devons raisonner de la même manière avec ce feu divin de l’amour de contemplation qui avant de s’unir l’âme et de la transformer en soi, la purifie tout d’abord de tous ses éléments contraires”

Nuit obscure, livre II, chap. 10, p. 588-589. Éd. du Seuil.

 

“Notons-le bien, avant que ce feu divin de l’amour ne s’introduise dans la substance de l’âme et ne s’unisse à elle par une purification complète et une pureté parfaite, cette flamme qui est l’Esprit Saint, fait des blessures à l’âme ; il détruit et consume les imperfections de ses habitudes mauvaises. Telle est l’opération par laquelle le Saint Esprit dispose l’âme à l’union qui l’attend et à la transformation en Dieu par l’amour : car il faut bien le remarquer, ce feu d’amour qui s’unit à l’âme pour la glorifier est le même que celui qui la pénétrait pour la purifier… .C’est ce qui se produit pour le feu matériel. Il pénètre le bois, mais tout d’abord il l’enveloppe et le blesse de sa flamme, il le dessèche et lui enlève tous ses éléments difformes ; puis il le prépare si bien par sa chaleur qu’il peut enfin entrer en lui et le transformer en feu.

 

Dans cette période de purification, la flamme ne lui apporte pas de clarté, et la laisse dans l’obscurité. Si elle lui donne quelque lumière, c’est uniquement pour lui montrer et lui faire sentir ses misères et ses défauts. Elle ne lui cause pas de suavité, mais plutôt de la peine ; quand parfois elle lui suggère quelque sentiment d’amour, ce n’est qu’avec un mélange de tourment et de contrainte. Elle ne lui procure aucune satisfaction, mais de la sécheresse…

 

Comme cette flamme dont nous parlons répand une lumière très vive et en investit l’âme, elle brille dans les ténèbres de cette âme qui sont aussi extraordinaires. L’âme alors sent ses ténèbres naturelles et vicieuses qui s’opposent à la lumière surnaturelle, mais elle ne sent pas la lumière surnaturelle, parce qu’elle ne la possède pas comme elle possède ses propres ténèbres ; aussi les ténèbres ne comprennent-elles pas la lumière ; voilà pourquoi l’âme sentira ses ténèbres jusqu’à ce qu’elle soit investie de la lumière ; l’âme, en effet, est incapable de se rendre compte des ténèbres où elle est tant qu’elle ne possède pas la lumière divine et que la lumière divine ne les a pas dissipées ; son regard spirituel ayant été purifié et fortifié, elle est éclairée et transformée, aussi voit-elle la lumière en elle-même…

 

C’est ici également que toutes les infirmités de l’âme se montrent au grand jour ; Dieu les lui met sous les yeux et les lui fait sentir pour l’en guérir. Aussi maintenant, grâce à la lumière et à la. chaleur du feu divin, elle voit et elle sent les faiblesses et les misères invétérées qui étaient cachées en elle, et dont elle n’avait nulle perception. C’est ainsi que l’humidité qui se trouve dans le morceau de bois n’apparaît pas tant qu’on n’a. pas mis ce bois au feu ; on la voit d’abord se répandre en suintement, puis en fumée, c’est alors que le bois devient resplendissant. Voilà ce que produit cette flamme dont nous parlons dans l’âme imparfaite. Mais quel spectacle admirable. De plus, cette flamme est très ample et immense : mais la volonté qui est petite et étroite souffre lorsque la flamme l’investit pour la dilater, l’élargir et la disposer à être elle-même reçue.

 

Cette flamme est encore pleine de saveur et de douceur, mais la volonté a le goût spirituel perverti par les penchants de ses affections déréglées ; aussi regarde-t-elle cette flamme comme dure et amère et elle est incapable de goûter l’aliment si doux de l’amour de Dieu. Il faut ajouter également que la volonté est sensible à son tourment et à son absence de goût par rapport à cette flamme très ample et pleine de saveur ; elle n’en perçoit pas la suavité parce qu’elle ne la possède pas en soi, et qu’elle n’a que sa misère. Enfin, cette flamme contient une infinité de richesses, de bonté et de délices: mais l’âme par elle-même n’étant que pauvreté, et n’ayant rien pour se satisfaire, connaît et sent clairement ses misères, sa. pauvreté et sa malice, à côté des trésors de cette flamme dont elle ignore tout le prix ; car la malice ne comprend pas la bonté, ni la pauvreté, ni la richesse, etc. ; il faut préalablement que l’âme soit purifiée par cette flamme, et qu’après avoir été transformée, elle soit comblée de richesses, de gloire et de délices. Voilà pourquoi elle éprouve tout d’abord une peine supérieure à tout ce qu’on peut exprimer; il y a en elle des contraires qui luttent les uns contre les autres ; d’un côté, toutes ses habitudes imparfaites, et de l’autre, Dieu, qui est le comble de toutes les perfections. Aussi cette flamme doit-elle la transformer en elle-même et lui donner la suavité, la paix et la lumière comme le feu qui transforme le bois quand il le pénètre.”

Vive Flamme, strophe 1, p. 926-931. Éd. du Seuil

 

La Parole de Dieu nous dit :

“ C’est un feu que je suis venu apporter sur la terre.
Et comme je voudrais que déjà il soit allumé. (Luc 12, 49 )

Vous tous qui avez été baptisés en Christ,
vous avez revêtu le Christ.” (Galates 3,27)

Vous pouvez méditer aussi : Mathieu 5, 14-16 ; Mathieu 10, 39 ; Marc 9, 48 ; Jean 15, 6-8

Prière

Ô flamme d’amour vive
Qui blesses tendrement
Mon âme en son intimité profonde
Si tu n’es plus rétive
Achève maintenant
Déchire la toile de cette rencontre

VF strophe 1

Orientation de vie

Essayons de nous livrer au travail de la grâce ;
Oh! L’heureuse aventure…” Dieu en moi comme une vive flamme…
me purifie… me transforme à son image.

 

 

 

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