Relations 4 -7 et 8

Editorial

      Thérèse écrit cette 4ème relation du carmel de Salamanque, où elle est en visite, carmel  fondé en 1570. (cf Fondations ch.18) Elle raconte ce qui s’est passé en elle le jour de Pâques.
Therese avilaToute la journée d’hier, je me suis trouvée dans une grande solitude. A part le moment où je fis la communion, la fête de Pâques n’a produit en moi, rien de particulier. Or le soir, j’étais en compagnie des sœurs quand on chanta quelques couplets sur le tourment qu’il y a à vivre sans Dieu. Comme j’avais déjà ce tourment, je fus tellement saisie que mes mains se raidirent, malgré tous mes efforts, et, de même que mon âme entre en extase par les ravissements de joie, de même aussi elle y entre par la peine excessive, et demeure comme hors d’elle-même… Jusqu’alors je n’avais pas compris cela…

Thérèse nous rapporte aussi quelques paroles reçues du Seigneur à d’autres moments.

        […] Ce matin, me trouvant en oraison, j’ai eu un grand ravissement. Il me semblait que Notre Seigneur m’élevait jusqu’à son Père et lui disait : « Voici celle que vous m’avez donnée, je vous la donne à mon tour » ; et le Père, ce me semble, me fit approcher de Lui. Ceci n’est pas une imagination de ma part, elle est une faveur absolument réelle, une grâce tellement élevée que je ne saurais l’exprimer… Il me retint près de Lui un certain temps.(…) Une autre fois, après la communion, il me semble que je vis très clairement Notre Seigneur s’asseoir près de moi ; Il se mit à me consoler avec la plus grande bonté et me dit : « Me voici près de toi, ma fille, c’est moi ; montre-moi tes mains ». Il me les prenait et les portant à son côté, il ajouta : « Regarde mes plaies, tu n’es pas sans moi ; la vie est courte et passe promptement ».  Par certaines de ses paroles, je compris que, depuis son Ascension dans les cieux, Il n’est plus descendu sur la terre, si ce n’est au Saint Sacrement, pour se communiquer aux hommes.[…]

Relation    VII

       Lorsque Thérèse écrit la 7ème Relation, elle a 61 ans. Elle rencontre beaucoup de difficultés, de souffrances, d’incompréhensions… mais elle persévère dans sa mission de fondatrice… C’’est alors un récit plein de confiance qu’elle fait non plus au juge de l’Inquisition mais au père spirituel de son âme : le Père Rodrigue Alvarez
       Jésus ! Il est très difficile de parler de ces faveurs spirituelles de l’âme, et, surtout de s’exprimer de manière à en donner l’intelligence, dès lors qu’elles passent avec tant de rapidité… cependant, ce que je puis vous certifier, c’est que je n’avancerai rien que je n’aie expérimenté plusieurs fois et même souvent.
Je donne le nom de surnaturel à ceque nous ne saurions atteindre par notre industrie et nos efforts personnels, quelques grands qu’ils soient… Or, la première oraison surnaturelle, ce me semble, que j’aie sentie est un recueillement intérieur. L’âme l’éprouve au-dedans d’elle-même… il lui plaît de fermer les yeux, de ne rien voir, ni entendre, ni comprendre, sinon ce qui l’occupe alors, afin de s’entretenir avec Dieu seul..
A la suite de ce recueillement, il vient parfois une quiétude et une paix intérieure très douces ; l’âme, cesemble, ne manque de rien ; …elle ne voudrait qu’aimer. On ne peut donner à cetétat le nom de ravissement. Et ce n’est pas, non plus, tout à fait l’union. …La différence entre l’extase et l’union est la suivante : Dans l’extase, l’âme s’oublie elle-même ; son seul désir est que ce Dieu si grand, que ce Seigneur soit connu et glorifié…Dans l’union… l’âme est tellement abîmée dans la joie du bonheur, que le Seigneur lui fait goûter, qu’elle semble oublier le corps et le délaisser…Le ravissement vient par une simple connaissance que la divine Majesté donne au plus intime de l’âme…celle-ci doit s’abandonner entre les bras du Seigneur pour qu’il l’emporte où il veut.

      Thérèse parle aussi d’une autre oraison qui « … consiste dans une certaine présence de Dieu. Ce n’est nullement une vision… mais on trouve Notre Seigneur présent, lorsqu’on le veut et chaque fois qu’on le veut…

 Relation VIII

      Thérèse a 66 ans quand elle écrit, du carmel de Palencia où elle se trouve, en décembre 1580, sa 15èmeFondation (cf  F 27).  Thérèse est de plus en plus malade, elle mourra un an plus tard en octobre 1582.

       Jésus ! Oh ! comme je voudrais bien faire comprendre à Votre Seigneurie la quiétude et la paix où se trouve mon âme ! Elle a, en effet, une certitude si grande de jouir un jour de Dieu qu’il lui semble en avoir déjà reçu cette possession, mais sans la joie dont elle sera accompagnée… Cependant, mon âme, dans sa reconnaissance ne voudrait pas jouir immédiatement de la possession de Dieu : il lui semble qu’elle ne l’a pas méritée ; son désir est de continuer à servir Dieu, même au prix des plus terribles souffrances … Elle vit dans l’oubli d’elle-même. Tout en elle est dirigé au service de Dieu, à l’accomplissement de plus en plus parfait de sa volonté et à sa plus grande gloire (…)
J’ai toujours, ce me semble, cette vision intellectuelle des trois personnes divines et de la Sainte Humanité de Notre-Seigneur ; cette faveur est, selon moi, incomparablement la plus élevée. Les faveurs précédentes, je crois pouvoir l’assurer maintenant, venaient vraiment de Dieu, et préparaient mon âme à l’état où elle est aujourd’hui… Dieu me conduisait par la voie qu’il croyait nécessaire ; ces faveurs, cependant, dès lors qu’elles viennent de lui, sont d’un très haut prix… Les paroles intérieures persévèrent toujours
Les actes et les désirs ne semblent plus avoir leur force d’autrefois. Quels que grands qu’ils soient, je souhaite incomparablement plus l’accomplissement de la volonté de Dieu et ce qui doit contribuer davantage à sa gloire ; l’âme, en effet, comprend combien Sa Majesté sait ce qui est nécessaire pour cela ; elle est profondément dépouillée de tout intérêt propre.
(…) Seul l’amour de Dieu règne en moi avec force ; cet amour, bien loin de diminuer, grandit au contraire à mes yeux, ainsi que le désir que Sa Majesté soit glorifiée par toutes les créatures… je ne puis plus éprouver, comme précédemment, ces chagrins si excessifs et si intimes dont j’étais tourmentée à la vue de la perte des âmes … Néanmoins, le désir que Dieu ne soit plus offensé n’a pas diminué, ce me semble.
(…)  Je goûte une grande paix intérieure. Les joies et les peines ontpeu de puissance pour m’enlever longtemps cette présence des Trois Personnes Divines dont il m’est absolument impossible de douter. Il me semble expérimenter clairement ce que dit saint Jean : Les Trois Personnes Divines établiront leur demeure dans l’âme et cela, non seulement en nous accordant la grâce ; mais en voulant nous donner à sentir leur présence. Une telle faveur est la source des plus riches trésors ; on ne saurait les exprimer ;  jamais cependant ma volonté ne s’oppose, même par un premier mouvement, à l’accomplissement en elle de la volonté de Dieu. …
Comme aussitôt je me représente  d’une manière très vive que les Trois Personnes Divines sont en moi, la peine que me causait leur absence se dissipe, et alors je désire rester sur la terre, si telle est la volonté de Dieu, pour travailler encore à sa gloire. Que ne puis-je contribuer à le faire aimer et louer davantage, ne serait-ce que d’une seule âme, et pour un moment ! Je regarderais cela comme plus important que d’être déjà en possession de la gloire du ciel.

Parole pour aujourd’hui 

      « Les trois personnes divines habiteront dans l’âme qui est en état de grâce.”
« Je voyais, en effet, la Sainte Trinité présente au-dedans de moi… Il me parut que, semblable à une éponge toute pénétrée et imbibée d’eau, mon âme était imprégnée de la Divinité, et que d’une certaine manière, elle jouissait vraiment de la présence des trois personnes et les possédait en elle…  »  (Relations 8 et 11)
J’essaie de prendre conscience, un peu plus, pendant ce mois, de la Présence de Dieu en moi.

 Prière.

Ô âme, tu dois te chercher en Moi et Me chercher en toi…icone trinite
Tu as été créée par amour belle et splendide ;
Voilà pourquoi étant peinte dans mon cœur
Si tu te perds, ma bien-aimée,
O âme, tu dois te chercher en Moi…
Ne me cherche pas à droite  et à gauche,
Mais si tu veux me trouver
Moi-même tu dois me chercher en toi.
Puisque tu es le lieu de mon repos
Tu es Ma Maison et Ma Demeure
(Poésie 9)

Ce contenu a été publié dans Autres écrits. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *