Prier avec Thérèse d’Avila (2)

Thérèse d’Avila (2)

 TheresedAvilacouv    1. “Revenons maintenant à notre prière vocale. Il faut la réciter de telle sorte que, sans nous en douter, nous recevions de Dieu tous les dons à la fois. Mais pour prier de la manière dont je vous ai recommandé de le faire, vous savez ce qu’on fait tout d’abord. On examine sa conscience, on récite le Confiteor et on fait le signe de croix. Aussitôt après, mes filles, appliquez-vous, puisque vous êtes seules, à trouver une compagnie. Et quelle meilleure compagnie pouvez vous trouver que celle du Maître même qui a enseigné la prière (Notre Père) que vous devez réciter  ? Représentez-vous ce Seigneur auprès de vous ; considérez avec quel amour et quelle humilité il vous enseigne. Croyez moi, ne négligez rien pour n’être jamais sans un ami si fidèle. Si vous vous habituez à le considérer près de vous ; s’il voit que vous faites cela avec amour et que vous vous appliquez à lui plaire, vous ne pourrez plus, comme on dit, vous en débarrasser. Il ne vous manquera jamais ; il vous aidera dans toutes vos épreuves ; vous l’aurez toujours et partout à votre côté. Pensez-vous que ce soit peu de chose que d’avoir un tel ami près de vous ?

  2.  O mes sœurs , vous qui ne pouvez discourir beaucoup avec l’entendement, ni appliquer votre pensée sans être envahies par les distractions,  prenez l’habitude que je vous indique. je sais que vous le pouvez…

      Par ailleurs, je sais que Notre Seigneur ne nous laisse jamais dans un tel isolement, qu’il ne nous tienne cependant compagnie lorsque nous l’en supplions humblement. Si nous ne recevons pas cette faveur au bout d’une année, travaillons plusieurs années pour l’obtenir. Ne regrettons pas un temps si bien employé. Et qu’est-ce qui nous presse ? Vous pouvez donc, je le répète, vous habituer à cette pratique, et travailler à vous tenir dans la compagnie de ce véritable Maître.

3. Je ne vous demande pas en ce moment de fixer votre pensée sur lui. ni de faire de nombreux raisonnements ou de hautes et savantes considérations. Je ne vous demande qu’une chose : le regarder. Qu’est-ce qui vous empêche de porter sur Notre Seigneur le regard de l’âme, ne serait-ce qu’un instant, si vous ne pouvez faire plus ?… Car votre Epoux, lui, ne vous perd jamais de vue , il a supporté de vous mille péchés…, sans que son regard vous ait jamais quittées. Est-ce donc trop pour vous que de détourner votre regard des objets extérieurs pour le contempler lui-même quelquefois ? Considérez qu’il n’attend de vous, comme il le dit à l’Epouse, qu’un regard : et selon que vous l’aurez aimé, mes filles, vous le trouverez ; car il estime tant ce regard qu’il ne négligera rien de son côté pour l’avoir…

4.  Etes-vous dans la joie ? contemplez-le ressuscité. Vous n’avez qu’à vous imaginer avec quelle gloire il est sorti du sépulcre, et vous serez dans l’allégresse. Et, en effet, quelle clarté, quelle beauté, quelle Majesté, quelle gloire et quelle jubilation dans son triomphe ! comme il sort glorieux du champ de bataille où il a remporté cet immense royaume qu’il veut tout entier pour vous, en même temps qu’il se donne Lui-même à vous ! Est-ce donc beaucoup que vous éleviez quelquefois les yeux vers Celui qui vous fait de telles largesses.

5.  Etes-vous dans le chagrin, ou la tristesse ? considérez-le, lorsqu’il se rend au jardin des Oliviers. Quelle affliction profonde que celle qui remplissait son âme, puisque étant la patience même, il manifeste ses souffrances et s’en plaint ! Ou bien encore, considérez-le attaché à la colonne, abreuvé de douleurs, ayant toutes les chairs en lambeaux, tant est grand l’amour qu’il vous porte ! Voyez comment, au milieu de toutes ces angoisses, il est persécuté par les uns, couvert de crachats par les autres, renié, délaissé par ses amis, sans que personne prenne sa défense, transi de froid, et tellement isolé que vous pouvez bien vous consoler l’un l’autre. Ou bien considérez-le, lorsqu’il est chargé de la Croix et qu’on ne lui laisse même pas le temps de respirer. Il tournera vers vous ses yeux si beaux et si compatissants, tout remplis de larmes. Il oubliera ses souffrances pour consoler les vôtres, uniquement parce que vous allez chercher de la consolation près de lui et que vous tournez la tête vers Lui pour le regarder.

6.  O Seigneur du monde, ô véritable époux de mon âme ! pouvez-vous dire, alors, si votre cœur s’attendrit de le voir dans un tel état que non seulement vous voulez le regarder, mais que c’est même une joie pour vous de vous entretenir avec lui ; et sans lui adresser de discours étudiés, mais en lui exprimant la peine de votre cœur (car c’est là ce qui compte le plus pour lui), dites-lui : O mon Seigneur et mon Bien, êtes-vous donc réduit à une telle extrémité que vous daigniez agréer une aussi pauvre compagnie que la mienne ? A votre visage, je vois que vous êtes consolé de me voir près de vous. Comment est-il possible, Seigneur, que les Anges vous laissent seul, et que votre Père lui-même ne vous console pas ? Puisqu’il en est ainsi, Seigneur, et que vous consentez à endurer tant de souffrances par amour pour moi, qu’est-ce donc que ce que j’endure pour vous ?…

7.  Prenez, mes filles, votre part de cette croix du Sauveur, et ne vous préoccupez pas de vous voir foulées aux pieds par les juifs. Aidez votre Epoux à porter le, fardeau qui l’accable, et ne faites aucun cas de que l’on vous dira. Fermez l’oreille aux murmures. Tombez plutôt avec votre Epoux lorsqu’il tombe mais ne vous séparez jamais de sa croix, ne l’abandonnez jamais. Voyez l’excès de fatigue où il se trouve considérez combien ses souffrances surpassent les vôtres. Si grands que vous imaginiez vos tourments, et si sensibles qu’ils vous paraissent, vous serez consolées en voyant qu’ils sont des jeux d’enfants auprès de ceux du Seigneur.

8.  Vous me direz peut-être, mes Sœurs : Comment cela se peut-il ? si nous avions pu voir Sa Majesté des yeux du corps au temps où Elle était sur la terre, nous aurions fait tout cela de grand cœur et notre regard ne se fût jamais détaché d’Elle. N’en croyez rien. Celui qui aujourd’hui ne veut pas faire le moindre effort pour considérer le Seigneur au-dedans de son âme, quand il ne court aucun danger et n’a à apporter qu’un tant soit peu de diligence, eût été tout à fait incapable de se placer au pied de la croix avec Madeleine, qui contemplait la mort face à face. Mais qui dira ce que devaient souffrir la glorieuse Vierge Marie et cette sainte bénie ? Que de menaces contre elles ! que d’injures ! que de mauvais traitements ! que d’insultes grossières ! Quels courtisans pleins d’égards elles avaient dans ces gens, ces ministres de l’enfer, ces instruments du démon ! Ah ! certes, ce qu’elles ont enduré devait être quelque chose de terrible ; mais elles étaient insensibles à leurs propres souffrances, parce qu’elles avaient devant les yeux une autre douleur incomparablement plus cruelle. Ainsi donc, mes Sœurs , n’allez pas croire que vous auriez pu supporter de pareilles épreuves, si vous ne pouvez vaincre la petite difficulté dont j’ai parlé ; exercez-vous d’abord dans les petites choses, pour devenir capables d’en accomplir de plus grandes.

     De quoi puis-je me plaindre ? Quelle confusion pour moi de vous voir en cet état ! J’accepte d’avance, Seigneur, toutes les épreuves qui me viendront ; et je les regarderai comme un précieux trésor, puisqu’elles me permettront de vous imiter en quelque chose. Marchons ensemble, Seigneur, car j’irai partout où vous irez, je passerai partout où vous passerez.

9.  Voici un moyen qui pourra vous aider pour le point en question. Ayez soin d’avoir une image ou une peinture de Notre Seigneur qui soit à votre goût. Ne vous contentez pas de la porter sur votre cœur, sans jamais la regarder, mais servez-vous-en pour vous entretenir souvent avec lui ; et il vous suggérera ce que vous aurez à lui dire. Vous savez bien vous exprimer quand vous parlez aux créatures, pourquoi ne trouveriez-vous pas des paroles lorsqu’il s’agit de vous entretenir avec Dieu ?

10.  Un autre moyen excellent pour vous aider même à vous recueillir et à bien faire vos prières vocales, c’est de prendre un bon livre en langue vulgaire. Et ainsi, à l’aide de ces attraits ou de ces artifices, vous habituerez peu à peu votre âme à la méditation sans l’épouvanter…
Tenez-vous donc près de ce bon Maître ; ayez la ferme résolution d’apprendre ce qu’il vous enseignera, et Sa Majesté veillera à ce que vous deveniez ses disciples fidèles ; elle ne vous délaissera pas si vous ne la délaissez point vous-mêmes. Méditez les paroles que prononce cette bouche divine. Dès la première, vous comprendrez l’amour qu’il vous porte ; et quelle joie, quel réconfort c’est pour un disciple que de se voir aimé de son Maître.

Traduction du Chemin de Perfection : Marcelle Auclair   ch 26    ou Grégoire ch 28

Prière

croix-fleurie2Ce qui fait, ô mon Dieu, que je vous aime,
ce n’est point le ciel que vous m’avez promis,
Par ailleurs, ce n’est point la crainte d’un enfer
si redoutable
qui me fera éviter de vous offenser
ce qui fait, mon Dieu, que je vous aime,
c’est vous, c’est de vous voir cloué à cette Croix
et tout ensanglanté…
Ce qui le fait enfin, c’est votre amour,
et cela de telle sorte que,
n’y  eût-il  pas de ciel,
je vous aimerais…
L’amour que je vous porte, je vous le porterais encore.

(Poésie 9)

Orientation de vie

Comme Thérèse…contemplons Jésus dans l’Evangile : Mt 3, 13-17 Mt 17, 1-9 Jn 19 17-27 Jn 20, 11-23

 

 

 

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