La nuit de la foi

Thérèse et la nuit de la foi

Poursuivons notre découverte de Thérèse qui a connu l’aridité, la sécheresse, l’étonnante “ épreuve de la Foi ”. (PN 32/1) Voici Thérèse qui s’interroge sur l’au-delà de la mort et sur la réalité de l’Amour de Dieu : “Es-tu sûre d’être aimée de Dieu ? Est-il revenu te le dire ? ” (DE 21 /26.5.11) Thérèse exprime son expérience, ce qui marque sa vie ; des mots reviennent : “ mur, ténèbres, nuit noire… ” Ne partage-t-elle pas la marche d’une humanité égarée sombre tunnel, brouillard épais, tempête, nuages, ciel sombre, épaisses et perdue, sans ciel, sans soleil ou étoiles ?

Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus a vécu la nuit de la Foi pendant les dix-huit mois qui précédèrent sa mort. Elle a considéré cette épreuve comme une grande grâce. Ce fut, en effet, le prix de son apostolat, de sa vocation missionnaire universelle. En la mettant à la table des pécheurs et des incroyants Dieu préparait Thérèse au rôle de Patronne des Missions que le pape Pie XI lui reconnaîtra.

“ Je ne pouvais croire qu’il y eût des impies n’ayant pas la Foi. Je croyais qu’ils parlaient contre leur pensée en niant l’existence du ciel…Aux jours si joyeux du temps pascal, Jésus m’a fait sentir qu’il y a véritablement des âmes qui n’ont pas la Foi, qui par l’abus des grâces perdent ce précieux trésor…Il permit que mon âme fût envahie par les plus épaisses ténèbres et que la pensée du ciel si douce pour moi ne soit plus qu’un sujet de combat et de tourment…Cette épreuve ne devait pas durer quelques jours , quelques semaines, elle devait ne s’éteindre qu’à l’heure marquée par le Bon Dieu et…cette heure n’est pas encore venue…Je voudrais pouvoir exprimer ce que je sens, mais hélas ! je crois que c’est impossible. Il faut avoir voyagé sous ce sombre tunnel pour en comprendre l’obscurité…La Foi, ce n’est plus un voile pour moi, c’est un mur…Lorsque je chante le bonheur du ciel, l’éternelle possession de Dieu, je n’en ressens aucune joie, car je chante simplement ce que JE VEUX CROIRE ” (Ms.C ;5,7).

Comprenant par expérience le malheur des pécheurs incroyants, Thérèse réagit par la prière qui intercède, mais l’épreuve ne fait que s’aviver.

“ Seigneur,…votre enfant vous demande pardon pour ses frères, elle accepte de manger aussi longtemps que vous le voudrez le pain de la douleur et ne veut point se lever de cette table remplie d’amertume où mangent les pauvres pécheurs avant le jour que vous avez marqué…Mais aussi ne peut-elle pas dire en son nom, au nom de ses frères : Ayez pitié de nous, Seigneur, car nous sommes pécheurs !…Il me semble que les ténèbres, empruntant la voix des pécheurs, me disent en se moquant de moi : “Tu rêves la lumière,…tu rêves la possession éternelle du Créateur…, tu crois sortir un jour des brouillards qui t’environnent ! Avance, avance, réjouis-toi de la mort qui te donnera, non ce que tu espères, mais une nuit plus profonde encore, la nuit du néant ”.( Ms.C.6)

 

CHEMIN DE PURIFICATION

Sérieux de la vie et de la Foi. Elles ne se vivent pas sans épreuve ! Sérieux des questions qui surgissent à l’improviste : chemin de purification en notre cœur pour un autre regard, une autre vie. Thérèse a bien conscience que cette épreuve qui correspond si peu à ce qu’elle cherche, désire, veut, a un sens : “ Dieu a permis que je souffre des tentations contre la Foi. ”Elle sait que Dieu, non seulement ne l’abandonne pas mais la conduit dans cette épreuve, lui donnant le force de la porter. Thérèse dira même que cette épreuve est une “ grande grâce ”.

 

APPEL A UN PLUS GRAND AMOUR

L’épreuve a été le creuset de nouvelles découvertes insoupçonnées pour elle, l’appel à un plus grand amour. Elle va découvrir le monde des sans-Dieu, de ceux qui disent ne connaître, ne voir aucune lumière, de ceux qui n’ont pas la foi sans être des gens de mauvaise foi ( comme pouvaient le laisser penser certains soupçons). Elle devient solidaire intérieurement- dans ce sentiment de l’absence de Dieu- des pèlerins de la nuit. Elle s’approprie leur route, leur obscurité. Elle est avec eux, compagne de leur solitude et douleur :

“ Il faut avoir voyagé sous ce sombre tunnel pour en comprendre l’obscurité ” (Ms C.7 r°)

Elle ne se situe pas au-dessus d’eux, à côté, mais elle demeure (“ rester ”) avec eux. Comme Jésus à la table des publicains et des pécheurs, elle partage le même pain qu’eux, elle prie, supplie en leur nom :

“ Ayez pitié de nous, Seigneur, car nous sommes de pauvres pécheurs ”.( Ms.C, 6 ,r°)

Elle accepte de vivre cette épreuve pour le salut du monde, au profit des pécheurs.

 

UNE CONFIANCE SANS BORNE.

Devant la force de l’interrogation : “ les désirs ont-ils été des chimères ? ” , Thérèse répond avec une confiance sans borne, avec un abandon total : dans sa nuit, elle s’en remet totalement à Dieu. Elle prie, lutte énergiquement : “ En chaque occasion de combat, je me conduis en brave…Lorsque je chante le bonheur du ciel, je n’en ressens aucune joie car je chante simplement ce que je veux croire…Je crois avoir fait plus d’actes de Foi depuis un an que pendant toute ma vie ”.(Ms.C ;7 r°)

Dans cette épreuve, elle se sait et se veut totalement unie au Christ dans la nuit de sa Passion. “Depuis qu’il a permis que je souffre des tentations contre la Foi, Il a beaucoup augmenté dans mon cœur l’esprit de Foi ” (Ms. C,11,r°).“ J’ai repoussé bien des tentations…Ah ! j’ai fait bien des actes de foi ” ( DE 6.8.1.) – “ Quel bonheur ( pour moi ) de rester là quand même ( dans la tempête ), de fixer l’invisible lumière qui se dérobe à ( ma) foi ! ” ( Ms.B,5 r°)

 

Prière

La prière de deux psaumes qu’elle aimait a pu aider Thérèse
à surmonter la peur de toute nuit :

le psaume 22 “ le Seigneur est mon berger ”
et le psaume 114 “ J’aime le Seigneur ”.

La foi dans la présence du Seigneur Jésus,
mettre sa main dans la main de Dieu,
savoir qu’Il nous écoute et nous fera retrouver le repos,
permet de s’enfoncer dans l’obscurité.

“ Si je traverse les ravins de la mort,
je ne crains aucun mal, car tu es avec moi ” ( Ps.22 )

“ J’étais pris dans les filets de la mort,
retenu dans les liens de l’abîme,…
Seigneur, je t’en prie, délivre-moi.

Notre Dieu est tendresse, le Seigneur défend les petits :
j’étais faible, il m’a sauvé.

Il a sauvé mon âme de la mort…
Je marcherai en présence du Seigneur sur la terre des vivants ” ( Ps 114).

Orientation de vie

Annoncer la présence du Christ au cœur de la nuit.
Rencontrer Thérèse dans l’épreuve de la nuit
nous invite à faire nôtre sa démarche et sa réponse :
devenons solidaires d’une humanité qui cherche
et qui doute, atteinte par une expérience de nuit,
marquée par le sentiment écrasant de l’absence de Dieu.
Comme le Christ est descendu aux enfers pour y faire briller l’évangile,
notre mission est d’accueillir et d’annoncer la présence du Christ
au cœur de la nuit du monde et de l’homme.  (Ms C,7 r°, Ps.91).

 

 

 

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