Ecologie spirituelle et Thérèse de Lisieux n°3

Editorial

       Toutes les époques n’emploient pas le même vocabulaire, mais chaque saint peut nous éclairer par sa sensibilité propre à la nature qui lui permet souvent d’exprimer son expérience spirituelle profonde. C’est le cas de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de la Sainte Face (1873-1897), dont les écrits sont imprégnés d’images qui pourraient nous paraitre juste enfantines ou mignonnes mais qui lui permettent de nous révéler l’essentiel de son message.

Alors laissons-nous toucher par les mots de Thérèse.

Nous serons attentifs dans ce feuillet à tout ce qui touche les fleurs pour Thérèse et aborderons dans le suivant une autre puissante symbolique : celle du Petit oiseau et de l’Aigle.

On imagine facilement Thérèse, se promenant dans le bocage normand de son enfance, s’émerveiller de la nature qui l’entoure… Un moment fort la marque. Alors que son « Père chéri (…) contemplait les merveilles de la nature, le soleil dont les feux avaient perdu leur ardeur dorait le sommet des grands arbres, où les petits oiseaux chantaient joyeusement leur prière du soir », elle veut lui annoncer son désir d’entrer au Carmel : « Ce dont je me souviens parfaitement ce fut de l’action symbolique que mon Roi chéri accomplit sans le savoir. S’approchant d’un mur peu élevé, il me montra de petites fleurs blanches semblables à des lys en miniature et prenant une de ces fleurs, il me la donna, m’expliquant avec quel soin le Bon Dieu l’avait fait naître et l’avait conservée jusqu’à ce jour; en l’entendant parler, je croyais écouter mon histoire tant il y avait de ressemblance entre ce que Jésus avait fait pour la petite fleur et la petite Thérèse… Je reçus cette fleurette comme une relique et je vis qu’en voulant la cueillir Papa avait enlevé toutes ses racines sans les briser, elle semblait destinée à vivre encore dans une autre terre plus fertile (…) Je plaçai ma petite fleur blanche dans mon Imitation, au chapitre intitulé: “Qu’il faut aimer Jésus par-dessus toutes choses.» cf. Manuscrit A, 50.

Pour Thérèse le monde des âmes est le jardin de Jésus. C’est lui qui a crée les fleurs de ce jardin, plus grandes ou plus petites. Elles sont siennes et il les destine donc à le réjouir et à être ce qu’il veut qu’elles soient : lys, roses, violettes ou pâquerettes.

Thérèse est passée à un autre jardin, celui du Carmel, où Jésus travaille les âmes comme les fleurs de son jardin… Thérèse y devient une fleur de Jésus. Le symbole du jardin revient dans la lettre à l’abbé Bellière, soit sous la forme d’une forêt, soit sous celle d’un parterre, où des fleurs grandes et petites vivent ensemble, des fleurs de splendeur diverse, parmi lesquelles se trouve Thérèse, « pauvre fleur sans éclat» ! cf. LT 224 Le patron du jardin est encore Jésus qui fait croître les fleurs, en montrant une grande condescendance envers les plus petites. Dans le manuscrit C, on peut lire :

« Depuis un an et demi Jésus a voulu changer la manière de faire pousser sa petite fleur, il la trouvait sans doute assez arrosée, car maintenant c’est le soleil qui la fait grandir, Jésus ne veut plus pour elle que son sourire qu’Il lui donne encore par vous ma Mère bien-aimée. Ce doux soleil loin de flétrir la petite fleur la fait pousser merveilleusement, au fond de son calice elle conserve les précieuses gouttes de rosée qu’elle a reçues et ces gouttes lui rappellent toujours qu’elle est petite et faible… Toutes les créatures peuvent se pencher vers elle, l’admirer, l’accabler de leurs louanges, je ne sais pourquoi mais cela ne saurait ajouter une seule goutte de fausse joie à la véritable joie qu’elle savoure en son cœur (…) Maintenant  il n’y a plus de danger, au contraire, la petite fleur trouve si délicieuse la rosée dont elle est remplie qu’elle se garderait bien de l’échanger pour l’eau si fade des compliments. » cf. MC 1-2

Thérèse utilise la même symbolique pour instruire ces correspondants. Par exemple sa sœur Céline. Alors que M. Martin est tombé malade et que Céline est aux Buissonnets, Thérèse va soutenir, guider et former sa sœur en utilisant beaucoup le symbole du beau lys  cf. LT 222 mais elle va aussi utiliser une autre fleur l’aster qui fleurit en octobre pour sa fête et elle invite Céline à rester ignorée des créatures car seul Jésus l’a vue. Même si cette fleur est petite et toute simple, elle est aussi forte : la rigueur de l’hiver ne l’empêche pas de s’épanouir. Cf LT 132.

Elle emploie aussi l’image de la pâquerette et de ses mystères cachés : « Jésus a créé pour réjouir notre vue et instruire nos âmes une multitude de petites pâquerettes. Je vois avec étonnement que le matin leurs corolles rosées sont tournées-du côté de l’aurore, elles attendent le lever du Soleil; aussitôt que cet astre radieux a envoyé vers elles un de ses chauds rayons les timides fleurettes entrouvrent leurs calices et leurs feuilles mignonnes forment comme une couronne qui, laissant découverts leurs petits coeurs jaunes, donnent aussitôt à ces fleurs une grande ressemblance avec celui qui les a frappées de sa lumière. Pendant toute la journée les pâquerettes ne cessent de fixer le Soleil et tournent comme lui jusqu’au soir, puis quand il a disparu, bien vite elles referment leurs corolles et de blanches elles redeviennent rosées… Jésus est le divin Soleil et les pâquerettes sont ses épouses, les vierges. Quand Jésus a regardé une âme, aussitôt il lui donne sa divine ressemblance, mais il faut que cette âme ne cesse de fixer sur Lui seul ses regards ». cf. LT 134.

Thérèse va plus loin encore en donnant l’image de la simple goutte de rosée : « Céline! (…). Pour être à Lui il faut être petit, petit comme une goutte de rosée!… Oh! qu’il y a peu d’âmes qui aspirent à rester ainsi petites!… (…) Notre bien-aimé n’a pas besoin de nos belles pensées, de nos oeuvres éclatantes; s’Il veut des pensées sublimes, n’a-t-il pas ses anges, ses légions d’esprits célestes dont la science surpasse infiniment celle des plus grands génies (…)? Ce n’est donc pas l’esprit et les talents que Jésus est venu chercher ici-bas. Il ne s’est fait la fleur des champs qu’afin de nous montrer combien Il chérit la simplicité. (…)

Jésus n’appelle pas toutes les âmes à être des gouttes de rosée, Il veut qu’il y ait des liqueurs précieuses que les créatures apprécient, qui les soulagent dans leurs besoins mais pour Lui  Il se réserve une goutte de rosée, voilà toute son ambition…(…) Quel privilège d’être appelée à une si haute mission!… Mais pour y répondre, comme il faut rester simple cf. LT 141 

Paroles du Pape François dans Laudato si’ :

 «…pour le croyant contempler la création, c’est aussi écouter un message, entendre une voix paradoxale et silencieuse » n°85

Et citant le catéchisme de l’Eglise catholique « : le soleil et la lune, le cèdre et la petite fleur, l’aigle et le moineau : le spectacle de leurs innombrables diversités et inégalités signifie qu’aucune des créatures ne se suffit à elle-même : elles n’existent qu’en dépendance les unes des autres pour se compléter mutuellement, au service les unes des autres » n°87

 Résonnance dans notre vie…

Il n’est pas si facile d’être une simple pâquerette alors que les lys existent.  Ai-je assez de foi et d’audace pour croire que le Seigneur veille sur moi et me demande de faire mon service au milieu de mes frères et de croître en fixant mon regard sur Lui, Cœur brûlant d’amour ?

Prière : Jeter des fleurs (Poésie 34)

  1. Seigneur, de ta beauté mon âme s’est éprise

Je veux te prodiguer mes parfums et mes fleurs

En les jetant pour toi sur l’aile de la brise

        Je voudrais enflammer les cœurs !

 

Refrain :  Jeter des Fleurs, Jésus, voilà mon arme

Lorsque je veux lutter pour sauver les pécheurs

La victoire est à moi…. toujours je te désarme

      Avec mes fleurs !!!…

 3. Les pétales des fleurs, caressant ton Visage

Te disent que mon coeur est à toi sans retour

De ma rose effeuillée tu comprends le langage

       Et tu souris à mon amour.

   Refrain : Jeter des Fleurs, redire tes louanges

Voilà mon seul plaisir en la vallée des pleurs

Au Ciel j’irai bientôt avec les petits anges …Jeter des Fleurs !        

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