La miséricorde à la lumière des saints du Carmel-Thérèse de l’Enfant Jésus (2)

   Editorial 

TeresaLisieux            Nous avons’ dans notre dernier feuillet’ souligné combien Thérèse reconnait dans sa vie la Miséricorde de Dieu à l’œuvre :

Jésus « voulait faire éclater en moi sa miséricorde, parce que j’étais petite et faible il s’abaissait vers moi, il m’instruisait en secret des choses de son amour. » Ms A 49. «Ce qui lui plaît c’est de me voir aimer ma petitesse et ma pauvreté, c’est l’espérance aveugle que j’ai en sa miséricorde (…) il faut consentir à rester pauvre et sans force et voilà le difficile (…) C’est la confiance et rien que la confiance qui doit nous conduire à l’Amour. »  LT 197 de septembre 1896. 

Thérèse a fait siennes les images bibliques qu’elle a découvertes peu à peu de la Miséricorde :

Dieu Père : « J’espère autant de la justice du Bon Dieu que de sa miséricorde. C’est parce qu’il est juste qu’il est compatissant et rempli de douceur, lent à punir et abondant en miséricorde. Car il connaît notre fragilité, (…) Comme un Père a de la tendresse pour ses enfants ainsi le Seigneur a compassion de nous » LT 226 au Père Roulland du 9 mai 1897.

Dieu Pasteur et Mère : «La miséricorde est accordée aux petits » (…) le prophète Isaïe nous révèle qu’au dernier jour  » Le Seigneur conduira son troupeau dans les pâturages, qu’il rassemblera les petits agneaux et les pressera sur son sein « , et comme si toutes ces promesses ne suffisaient pas, le même prophète dont le regard inspiré plongeait déjà dans les profondeurs éternelles s’écrie (…) :‘Comme une mère caresse son enfant, ainsi je vous consolerai, je vous porterai sur mon sein et je vous caresserai sur mes genoux’. » LT 196 à St Marie du Sacré Cœur.

Jésus Cœur plein d’amour : « Lorsque je vois Madeleine s’avancer devant les nombreux convives, arroser de ses larmes les pieds de son Maître adoré, qu’elle touche pour la première fois; je sens que son cœur a compris les abîmes d’amour et de miséricorde du Cœur de Jésus, et que toute pécheresse qu’elle est ce Cœur d’Amour est non seulement disposé à lui pardonner, mais encore à lui prodiguer les bienfaits de son intimité divine, à l’élever jusqu’aux plus hauts sommets de la contemplation. » LT 247 à l’Abbé Bellière  de juin 1897 ou dans une autre lettre
« Le Cœur divin est plus attristé des mille petites indélicatesses de ses amis que des fautes même graves que commettent les personnes du monde  » mais, (…) pour ceux qui l’aiment et qui viennent après chaque indélicatesse Lui demander pardon en se jetant dans ses bras, Jésus tressaille de joie, Il dit à ses anges ce que le Père de l’enfant prodigue disait à ses serviteurs:  » Revêtez-le de sa première robe, mettez-lui un anneau au doigt, réjouissons-nous.  » Ah! mon frère, que la bonté, l’amour miséricordieux de Jésus sont peu connus!.. » LT 261 du 26 juillet 1897 à l’Abbé Bellière.

Mais Thérèse invente aussi des paraboles, celle de l’ascenseur et celle du père médecin :

« Je suppose que le fils d’un habile docteur rencontre sur son chemin une pierre qui le fasse tomber et que dans cette chute il se casse un membre, aussitôt son père vient à lui, le relève avec amour, soigne ses blessures, employant à cela toutes les ressources de son art et bientôt son fils complètement guéri lui témoigne sa reconnaissance. Sans doute cet enfant a bien raison d’aimer son père! Mais je vais encore faire une autre supposition. – Le père ayant su que sur la route de son fils se trouvait une pierre, s’empresse d’aller devant lui et la retire (sans être vu de personne). Certainement, ce fils, objet de sa prévoyante tendresse, ne sachant pas le malheur dont il est délivré par son père ne lui témoignera pas sa reconnaissance et l’aimera moins que s’il eût été guéri par lui… mais s’il vient à connaître le danger auquel il vient d’échapper, ne l’aimera-t-il pas davantage? Eh bien, c’est moi qui suis cette enfant, objet de l’amour prévoyant d’un Père qui n’a pas envoyé son Verbe pour racheter les justes mais les pécheurs. » Ms A 38-39.

Pourtant Thérèse se pose comme nous une question :

« « Dieu a pitié de qui Il veut et Il fait miséricorde à qui Il veut faire miséricorde. » Ce n’est donc pas l’ouvrage de celui qui veut ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde. » Longtemps je me suis demandé pourquoi le bon Dieu avait des préférences,…(…) Il a mis devant mes yeux le livre de la nature et j’ai compris que toutes les fleurs qu’Il a créées sont belles (…) J’ai compris (…) que l’amour de Notre Seigneur se révèle aussi bien dans l’âme la plus simple qui ne résiste en rien à sa grâce que dans l’âme la plus sublime (…) Notre Seigneur s’occupe aussi particulièrement de chaque âme (…). » Ms A 2-3
et « le bon Dieu me fit comprendre qu’il est des âmes que sa miséricorde ne se lasse pas d’attendre, auxquelles Il ne donne sa lumière que par degré (…) Ms C 21  et elle avoue :
«Je n’ai donc aucun mérite à ne m’être pas livrée à l’amour des créatures, puisque je n’en fus préservée que par la grande miséricorde du Bon Dieu!… Je reconnais que sans Lui, j’aurais pu tomber aussi bas que Sainte Madeleine et la profonde parole de Notre Seigneur à Simon retentit avec une grande douceur dans mon âme… Je le sais : « celui à qui on remet moins, aime moins. » Ms A 38.

Thérèse ne fait pas que parler de Miséricorde. Elle l’a d’abord découverte dans sa propre vie, et désormais son cœur, ses gestes, son regard sont habités par elle et elle nous invite à faire de même.

« Il fit de moi un pêcheur d’âmes, je sentis un grand désir de travailler à la conversion des pécheurs, désir que je n’avais  senti aussi vivement… Je sentis en un mot la charité entrer dans mon cœur. » Ms A 45
« ce Divin Sauveur a daigné unir nos âmes pour travailler au salut des pécheurs », confie-t-elle à l’Abbé Bellière LT 224 d’avril 1897.

Thérèse prie pour les pécheurs connus comme inconnus :

« Ta pauvre bonne est bien malheureuse d’avoir un si vilain défaut, surtout d’être fausse, mais (…) A tout péché miséricorde (…). Je vais bien prier pour elle, peut-être à sa place serais-je encore moins bonne qu’elle » LT 147  à Céline d’août 1893
ou
« Le malheureux prodigue (ex-carme) est allé à Coutances où il a recommencé les conférences de Caen. Il paraît qu’il compte ainsi parcourir la France.(…) Et avec cela on ajoute qu’il est facile de voir que le remords le ronge, il parcourt les églises avec un grand crucifix et il semble faire de grandes adorations… Sa femme le suit partout. Céline chérie, il est bien coupable (…) mais Jésus (…) aurait- Il mis dans le cœur de ses pauvres petites épouses un désir qu’il ne saurait réaliser?… Non, il est certain qu’il désire plus que nous de ramener au bercail cette pauvre brebis égarée ; un jour viendra où il lui ouvrira les yeux (…) ce ne sont pas nos mérites, mais ceux de notre époux qui sont les nôtres que nous offrons à notre Père qui est dans les Cieux, afin que notre frère, un fils de la Ste Vierge, revienne vaincu se jeter sous le manteau de la plus miséricordieuse des Mères. » LT 129 du 8 juillet 1891 également à Céline.

Thérèse conseille d’être visage de la Miséricorde :

« votre douceur lui en dit plus long que des paroles sévères, vous êtes pour elle l’image de la miséricorde du bon Dieu » LT 230 à Mère Agnès en 1897

mais Thérèse se montre aussi concrètement miséricordieuse dans les relations fraternelles : voilà le plus difficile !

«je savais que ce n’était pas facile de contenter cette pauvre Sr St Pierre qui souffrait tant qu’elle n’aimait pas à changer de conductrice. Cependant je ne voulais pas manquer une si belle occasion d’exercer la charité, (…) Je m’offris donc bien humblement pour la conduire: (…) Avec ses pauvres mains estropiées, elle arrangeait son pain dans son godet, comme elle pouvait. Je m’en aperçus bientôt et, chaque soir, je ne la quittai qu’après lui avoir encore rendu ce petit service. Comme elle ne me l’avait pas demandé, elle fut très touchée de mon attention et  (…) je lui faisais avant de m’en aller mon plus beau sourire.    Ma Mère bien-aimée, peut-être êtes-vous étonnée que je vous écrive ce petit acte de charité, passé depuis si longtemps. Ah! si je l’ai fait c’est que je sens qu’il me faut chanter, à cause de lui, les miséricordes du Seigneur. » Ms C 29.

Résonances en notre vie :

« il me semble qu’à chaque instant cet Amour Miséricordieux me renouvelle, purifie mon âme » Ms A 49 :
Comment est-ce que je laisse le Seigneur par sa Parole toucher mon cœur et me renouveler en profondeur ?

«Celui qui n’est pas venu appeler les justes mais les pécheurs…» Ms B 5 :
Et moi comment puis-je être davantage miséricorde pour mes frères proches et lointains ?

Prière :           Offrande de la journée    fleur 3 roses

« Mon Dieu, je vous offre toutes les actions
que je vais faire aujourd’hui,
dans les intentions  et pour la gloire
du Coeur Sacré de Jésus;
je veux sanctifier les battements de mon cœur,
mes pensées  et mes oeuvres les plus simples
en les unissant à ses mérites infinis,
et réparer mes fautes en les jetant
dans la fournaise de son amour miséricordieux. (…) »
P. 10

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La miséricorde à la lumière des saints du Carmel-Thérèse de l’Enfant Jésus (1)

Editorial

therese de lisieuxSainte Thérèse de l’Enfant Jésus de la Sainte Face a beaucoup à nous dire sur ce qu’elle a découvert de “l’Amour Miséricordieux du Bon Dieu.” Quand on lui demande d’écrire ses souvenirs d’enfance, Elle s’adresse à Mère Agnès et commence ainsi son récit :
« je viens vous confier l’histoire de mon âme… Je ne vais faire qu’une chose: commencer à chanter ce que je dois redire éternellement :  » les miséricordes du Seigneur ! »

Au début du manuscrit A elle écrit:
« La petite Fleur (Thérèse elle-même) reconnaît que rien n’était capable en elle d’attirer (les) regards divins (de Jésus) et que sa Miséricorde seule a fait tout ce qu’il y a de bon en elle..» (Ms A 3v°)

Thérèse se considère petite et faible, et expérimente que non seulement toute l’œuvre de Dieu en elle est fruit gratuit de l’Amour de Jésus auquel elle répond avec toute l’ardeur de son cœur  très aimant mais aussi, qu’elle-même est fruit de l’Amour de Miséricorde du bon Dieu !
« Le Seigneur voulait faire éclater en moi sa Miséricorde, parce que j’étais faible, Il m’instruisait en secret des choses de son Amour…» (Ms A 49)

Avec Marie elle peut redire en vérité : ”Le Seigneur fit pour moi des merveilles, Saint est son NOM “. Si nous nous reconnaissons, pauvres, petits, trop faibles, pour avancer sur le chemin de la sainteté, qui est chemin d’amour, si nous le désirons, Jésus nous prendra par la main et nous instruira aussi en secret. Il nous fera entrer dans la profondeur du mystère de son Amour. Thérèse accueille et entre dans ce mystère de l’Amour miséricordieux :

    • par le concret de la vie, vécu dans la foi et la confiance.
    • Par la contemplation de la Sainte Face de Jésus
    • Par la méditation de la Parole de Dieu.

A l’âge de 14 ans elle fait l’expérience de la Miséricorde pour les grands pécheurs et de la puissance de la prière …
« j’entendis parler d’un grand criminel qui venait d’être condamné à mort, pour des crimes horribles, et tout portait à croire qu’il mourrait dans l’impénitence… Je voulus à tout prix l’empêcher de tomber en enfer… Afin d’y parvenir, sentant que par moi-même je ne pouvais rien j’employais tous les moyens imaginables …j’offris au Bon Dieu, les mérites infinis de Notre Seigneur, les trésors de la Sainte Eglise ( prière sacrifices, messe )… Je dis au Bon Dieu, que j’étais bien sûre qu’Il pardonnerait au pauvre malheureux Pranzini… Que je le croirais même … s’il ne donnait aucun signe de repentir, tant j’avais de confiance en la miséricorde infinie de Jésus… Pranzini ne s’était pas confessé, il était monté sur l’échafaud et s’apprêtait à passer sa tête dans le lugubre trou, quand tout à coup…Il se retourne, saisit le Crucifix, que lui présentait le prêtre, et baise par trois fois ses plaies sacrées!…Et alla recevoir la sentence miséricordieuse de Celui qui déclare qu’au Ciel il y aura plus de joie pour un seul pécheur qui fait pénitence que pour 99 justes qui n’ont pas besoin de pénitence!…» (MsA 46 R° ).  (Ce sera son premier enfant.)

A son exemple nous devons toujours garder confiance en la Miséricorde pour tout homme! . Thérèse a longuement contemplé le Visage de Jésus… en regardant l’Image de la Sainte Face de Tours .

Le Pape François nous dit : « Jésus-Christ est le Visage de la Miséricorde du Père…» Thérèse écrit :
« Jésus brûle d’amour pour nous… Regarde sa Face adorable !… Regarde ces yeux éteints et baissés !… Regarde ces plaies…Regarde Jésus dans sa Face… Là tu verras comme Il nous aime…» (LT 87)

Prenons le temps nous aussi de contempler le Visage de l’Amour crucifié, et de sentir combien Il nous aime !…( Tels que nous sommes,) prenons le temps de nous laisser toucher!
La Miséricorde c’est cet Amour fou de Dieu pour chacun d’entre nous!. La contemplation du Visage de Jésus a, en quelque sorte, illuminé toute la vie de Thérèse y compris l’épreuve douloureuse de la maladie de son papa qu’elle interprète à la lumière des textes du Serviteur souffrant d’Isaïe.( cf: Isaïe 52/4- 53/ 1;4 ).
A l’exemple de Marie, Thérèse accueille la Parole de Dieu, et la médite dans son cœur  c’est ainsi qu’elle est comme entrée dans les profondeurs insondables de la Miséricorde. Elle a compris que Dieu Est Miséricorde Infinie :
« A moi IL a donné sa Miséricorde infinie et c’est à travers elle que je contemple toutes les autres perfections divines …»

Demandons lui de nous entraîner sur ce chemin! Car Dieu est toujours à la recherche de celui qui s’éloigne. Thérèse écrit
« Il est des âmes que sa miséricorde ne se lasse pas d’attendre…» Ms C 21

Plusieurs Paroles de l’écriture ont touché son cœur. C’est ce qu’elle nous partage :
« J’ai toujours désiré d’être une sainte…Mais hélas !…Je me suis dit que le Bon Dieu ne saurai inspirer des désirs irréalisables…Je puis donc malgré ma petitesse, aspirer à la sainteté…Je voudrais trouver un ascenseur, pour m’élever jusqu’à Jésus… J’ai cherché dans les livres saints …Et j’ai lu ces mots sortis de la bouche de la Sagesse,  »Si quelqu’un est tout petit, qu’il vienne à Moi » (Prov 9, 4) a dit l’Esprit Saint… Alors voulant savoir, ô mon Dieu ! Ce que vous feriez au tout petit qui répondrait à votre appel, j’ai continué mes recherches, et Voici ce que j’ai trouvé…  »Comme une mère caresse son enfant, ainsi je vous consolerai, je vous porterai sur mon sein et je vous balancerai sur mes genoux! »(Isaïe 66,13, 12) Ah! Jamais paroles plus tendres, plus  mélodieuses,  ne sont  venues  réjouir  mon âme…l’ascenseur qui doit m’élever jusqu’au ciel, ce sont vos bras, ô Jésus ! Pour cela …Il faut que je reste petite, que je le devienne de plus en plus… ! O mon Dieu vous avez dépassé mon attente et moi je veux chanter vos Miséricordes…» (Ms C 3 r°)

Accueillons ces Paroles qui nous disent ce qu’est la Miséricorde de notre Dieu...et avec Thérèse nous pourrons découvrir avec joie cet Amour de tendresse pour nous-même et pour chaque personne...
« Quelle douce joie de penser que le Bon Dieu est juste c’est à dire qu’Il tient compte de nos faiblesses, qu’Il connaît parfaitement la fragilité de notre nature !..» ( Ms A 83V°)

La Miséricorde est offerte à chacun !..
“Oui je le sens quand j’aurais sur la conscience, tous les péchés qui peuvent se commettre, j’irais le cœur brisé de repentir me jeter dans les bras de Jésus, car je sais combien il chérit l’enfant prodigue qui revient vers Lui.” (Ms C 36 v° -37 r°)

Le pape François a dit : ”Je désire que les lieux où l’Eglise se manifeste, ainsi que les paroisses et spécialement nos communautés deviennent des îles de Miséricorde, au milieu de la mer d’indifférence “

Résonnances en notre vie :
Redisons souvent avec Thérèse : “ Je ne puis craindre un Dieu qui pour moi s’est fait si petit, Je l’aime !.. Car Il n’est qu’Amour et Miséricorde !…

Prière : 
 La Miséricorde du Seigneur à jamais je la chanterai !Christ chapiteau st nectaire
Dans le silence et dans la paix,
viens rencontrer le Dieu de Miséricorde
Dans le secret de ton cœur, laisse-toi aimer par Lui,
Dans le secret de ton cœur, laisse-toi guider par Lui, …
Là, tu connaîtras Sa Miséricorde inépuisable…
Tu sauras combien il t’aime.

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La miséricorde à la lumière des saints du Carmel-Jean de la Croix

    Editorial. Jean de la Croix (7) copie

    Saint Jean de la Croix, disciple de Sainte Thérèse, situe l’amour- miséricorde de Dieu, au cœur de son expérience et de son message.

« Jésus Christ est le visage de la miséricorde du Père » (Pape François). La personne de Jésus est bien l’axe de la foi et de la vie de Jean de la Croix : la première consigne qu’il nous donne est :
« d’avoir le désir habituel d’imiter le Christ en tout, de se conformer à sa vie qu’il faut bien considérer afin de savoir l’imiter et d’agir en tout comme lui-même l’aurait fait » (Montée L1/ch13 dans Grégoire p.83.)

A travers ses poèmes, Jean de la Croix ne cesse de chanter l’amour d’un Dieu plein de tendresse, de bonté, riche en miséricorde, jusqu’à nous envoyer son Fils pour nous sauver.

 «  Les choses de la foi ne viennent pas de l’homme ; elles viennent de la bouche de Dieu ; Il les a exprimées Lui-même par sa bouche (…) Aujourd’hui que la foi est fondée sur le Christ et que la loi évangélique est manifestée dans cette ère de la grâce qu’Il nous a donnée (…) dès lors qu’Il nous a donné son Fils qui est sa Parole (…) Il nous a tout dit en cette seule Parole ».
« Si je t’ai déjà tout dit dans ma parole, qui est mon Fils, (…).
Fixe ton regard uniquement sur lui; c’est en lui que j’ai tout déposé, paroles et révélations ; en lui tu trouveras même plus que tu ne demandes et que tu ne désires. Tu me demandes des paroles, des révélations ou des visions, en un mot des choses particulières ; mais si tu fixes les yeux sur lui, tu trouveras tout cela d’une façon complète, parce qu’il est toute ma parole, toute ma réponse, toute ma vision, toute ma révélation. Or, je te l’ai déjà dit, répondu, révélé, quand je te l’ai donné pour frère, pour maître, pour compagnon, pour rançon, pour récompense… « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, …  écoutez-le » (…), fixez seulement les yeux sur lui, et vous y trouverez les mystères les plus profonds, les trésors de la sagesse et des merveilles divines qui sont renfermés en lui, … « En lui sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science de Dieu. » (Col.2,3).  (Montée Livre 2,ch.20 p.232-233trad. Grégoire)

« La miséricorde est l’acte ultime et suprême par lequel Dieu vient à notre rencontre »( Pape François2).Jean de la Croix parle de ce Dieu qui ne cesse de chercher sa créature, dans un langage symbolique biblique, et poétique. (voir Cant.Spirituel.B strophe 32 traduction : Mère Marie du St Sacrement)

« Tandis que Tu me regardais
Tes yeux gravaient en moi (tes grâces)
C’est pourquoi, d’amour Tu m’aimais
Les miens ont mérité par là
De pouvoir adorer ce qu’en Toi ils voyaient. »

C’est l’épouse (l’âme) qui parle à son Epoux (Jésus Christ). Jean commente cette strophe : (Cantique spirituel B strophe 32) 

« …le regard de Dieu, c’est son amour (…) Par les yeux de l’Epoux (Jésus Christ), elle (l’âme, épouse) entend sa divinité miséricordieuse, qui, s’inclinant avec miséricorde vers une âme, imprime et verse en elle son amour et sa grâce. Cette effusion lui communique une beauté, une élévation qui la rendent participante de la Divinité elle-même » 

« C’est pourquoi, d’amour Tu m’aimais ». « Aimer d’amour, c’est aimer profondément, (…) c’est doubler d’amour, (…) L’Epoux l’aime d’abord parce qu’Il s’est laissé retenir par le ‘’cheveu d’amour’’ ; ensuite, Il l’aime d’amour parce qu’Il a été blessé par ‘’l’œil de sa foi’’.

Et s’Il l’a aimée avec cette tendresse, c’est qu’Il a voulu lui communiquer, par son regard, une beauté qui attirât ses complaisances, car c’est Lui-même qui lui a donné le ‘’cheveu d’amour’’ et qui a formé, par sa charité, ‘’l’œil de sa foi’’. (…).  Elle peut donc dire avec raison : « c’est pourquoi d’amour Tu m’aimais » Quand Dieu met sa grâce dans une âme, Il la rend par là même digne et capable de son amour (…). Il aime l’âme en Lui-même, avec Lui-même et du même amour dont Il s’aime (…)

« Les miens ont mérité par là », par cette faveur que les yeux de ta miséricorde m’ont accordée tandis que Tu me regardais et que Tu me rendais agréable à tes yeux, digne de tes regards, les miens ont mérité « de pouvoir adorer ce qu’en Toi  ils voyaient » (…) Les puissances de mon âme, ô mon Epoux, qui sont comme les yeux dont je puis Te contempler, ont mérité de porter sur Toi leurs regards (…). Etre en état de regarder Dieu, pour l’âme, c’est le pouvoir de faire des œuvres dans la grâce de Dieu (…) Elle est obligée de reconnaitre les innombrables bienfaits qu’elle en a reçus (…) et ceux qu’Il verse encore sur elle à tout instant ; elle lui doit pour tous ces bienfaits l’adoration, le service ininterrompu de ses puissances (…)  (CS B str 32,trad.M.Marie du St Sacrement ) 

« Nous sommes invités à vivre de miséricorde, parce qu’il nous a d’abord été fait miséricorde. Le pardon des offenses devient l’expression la plus manifeste de l’amour miséricordieux» (Pape François n°9,3.)

Jean de la Croix a beaucoup souffert, incompris de ses frères, maltraité, emprisonné, mis en retrait, jusqu’à la fin de sa vie. Aucune plainte de sa part, en tout cela, il se réjouissait de vivre le mystère de la croix à la suite de son Maître. Sa vie et sa doctrine sont l’émanation de sa recherche inlassable de son Bien- Aimé.

« Seigneur, ce que je veux que tu me donnes, ce sont des souffrances à supporter pour Toi, et que je sois déprécié et compté pour peu de chose » 

Il souffrait de l’indifférence de l’homme vis à  vis de Dieu :« Le Christ est bien peu connu de ceux qui se donnent pour ses amis… » (MC II 7,12)
«  ah ! malheureux celui qui de mon amour s’est fait absent, et ne veut pas jouir de ma présence ! » (Le Pastoureau)

Dans son poème « Le Pastoureau », Jean de la Croix parle de l’amour miséricordieux de Dieu, tel l’amour du bon pasteur qui part à la recherche de sa brebis perdue et qui la rapporte enfin sur ses épaules.

Un Pastoureau, seul, est en peine, Jean de la Croix (6)
Loin du plaisir et du contentement,
Et en sa pastourelle la pensée fixée,
Et le sein d’amour très meurtri.

Ne pleure pas que l’amour lui fait une plaie,
Car il n’a peine de se voir ainsi affligé,
Bien qu’en son cœur il soit blessé ;
Mais pleure de penser qu’Il est oublié

Car rien qu’à la pensée d’être oublié
De sa belle pastourelle, en grande peine
Il se laisse outrager en terre étrangère,
Le sein d’amour très meurtri.

Et dit le Pastoureau : ah ! malheureux
Celui qui de mon amour s’est fait absent,
Et ne veut pas jouir de ma présence
Et le sein par son amour très meurtri !

Et après un long temps, Il s’est élevé
Sur un arbre, où Il ouvrit ses beaux bras ;
Et mort il demeura, pendu à eux,
Le sein d’amour très meurtri.

    Le regard fixé sur Jésus en croix, Jean compatit à la souffrance de son Bien- Aimé, seul, en peine, blessé, affligé parce qu’Il est oublié de sa « pastourelle », l’hom-me, chacun et chacune de nous… L’incarnation jusqu’à la croix est le chemin que Dieu a pris pour nous sauver, nous réconcilier avec Lui. « Pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » Il veut entrer en relation avec l’homme mais celui-ci « s’est fait absent », et « ne veut pas jouir de ma présence ». C’est par amour que Dieu nous a envoyé son Fils ; c’est par amour que Jésus nous a révélé le Père, c’est par amour qu’Il se laisse crucifier et qu’Il pardonne.

Résonnance dans ma vie.
« Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (Lc 6,36)

Prière.
Seigneur Jésus, toi qui nous as appris à être miséricordieux comme le Père,
et nous as dit que Te voir, c’est Le voir, montre- nous ton visage,
et nous serons sauvés…
Tu es le visage visible du Père invisible, du Dieu qui manifesta sa toute puissance
par le pardon
et la miséricorde ;
fais que l’Eglise soit, dans le monde, ton visage visible, Toi son Seigneur ressuscité et que quiconque s’adresse à l’un de ses serviteurs se sente attendu, aimé et pardonné par notre Dieu plein de tendresse et de miséricorde.
(Pape François)

 

 

 

 

 

                                                                   

 

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La miséricorde à la lumière des saints du carmel- Laurent de la résurrection

     Editorial
 sans-titre     Nicolas Herman, en religion « Frère Laurent de la Résurrection » est né en Lorraine en 1614. A l’âge de 18 ans il fait une première expérience mystique. Toute sa vie il en gardera le souvenir. Après quelques années de vie mouvementée il entre chez les carmes de la rue Vaugirard à Paris.
Toute la vie de Frère Laurent est imprégnée de la Présence de Dieu.

«  Dieu est un ami avec qui il converse « amoureusement ».
« A tout moment et en toute circonstance, il se souvient de la présence divine, là, au plus secret de notre cœur. »

Imprégné de la Présence de Dieu, il est aussi un homme pétri par la miséricorde divine pour lui et pour les autres !

       Dans ses entretiens, il raconte qu’il « était un gros lourdaud qui cassait tout. Il avait demandé d’entrer en religion, croyant qu’on l’écorcherait pour les lourdises et fautes qu’il y ferait, et par là [il voulait] sacrifier à Dieu sa vie et tout son plaisir, mais n’y ayant rencontré que de la satisfaction il pensait que Dieu l’avait trompé. (Entr.1) Mais, agissant toujours par amour, sans préoccupation personnelle…il avait pris pour fin de toutes ses actions de les faire toutes pour l’amour de Dieu, » Dieu ne pouvait donc être que miséricordieux à son égard.

« Il avait eu une très grande peine d’esprit, croyant certainement qu’il était damné ; tous les hommes du monde ne lui auraient pu ôter cette opinion, mais il avait sur cela raisonné en cette manière : ”Je ne suis venu en religion que pour l’amour de Dieu, je n’ai tâché à agir que pour Lui : que je sois damné ou sauvé, je veux toujours continuer à agir purement pour l’amour de Dieu. J’aurai au moins cela de bon, que jusqu’à la mort je ferai ce qui sera en moi pour l’aimer”. Entr 2/2

Cette peine avait duré quatre ans pendant lesquels il avait beaucoup souffert. Enfin il avait vu que cette peine venait d’un manque de foi, et depuis lors il avait vécu dans une parfaite liberté et une joie continuelle ; il mettait ses péchés entre Dieu et lui, comme pour dire à son Seigneur qu’il ne méritait pas ses grâces, mais cela n’empêchait pas Dieu de l’en combler… Entr.2 /. Quand il y avait  quelque vertu à pratiquer il se présentait  toujours à Dieu, en lui disant : ah ! Mon Dieu, je ne saurais faire cela si vous ne me le faites faire. Et Dieu lui donnait aussitôt de la force et au-delà. Ent. 2/4 …

Il s’attendait bien qu’après le bon temps que Dieu lui donnait, il aurait son tour et sa part des peines et des souffrances ; mais il ne s’en mettait pas en peine, sachant bien que, ne pouvant rien par lui-même, Dieu ne manquerait pas de lui donner la force de les supporter. Entr.2/5

Quand il avait manqué il ne faisait autre chose que d’avouer sa faute, et dire à Dieu:  » Je ne ferai jamais autre chose, si vous me laissez faire ; puisque je suis absolument décidé à vous suivre c’est à Vous à m’empêcher de tomber et à corriger ce qui n’est pas bien  » Après cela il ne se mettait point en peine de sa faute, assuré qu’il était du pardon de Dieu.

Il ne se contenta pas, pendant la plus grande partie de sa vie, de se reposer de son salut, sur la puissance de la grâce et sur les mérites de Jésus-Christ, mais oublieux de lui-même et de tous ses intérêts, il se jeta, comme dit le prophète, à corps perdu entre les bras de la miséricorde divine (Eloge 44)

Il agissait très simplement avec Dieu et lui parlait bonnement, en lui demandant secours dans les choses à mesure qu’elles arrivaient, et Dieu ne manquait pas de le lui  donner. Il l’avait souvent éprouvé. Ent.2/8

Sa confiance en Dieu grandit de plus en plus. Et Dieu, peu à peu, lui révèle que la miséricorde divine est infiniment plus grande que ses péchés.  

« En tout il disait que c’était l’affaire de Dieu, après quoi il trouvait que tout se faisait et se faisait bien. … Nous sommes aveugles et  nous lions les mains à Dieu et nous arrêtons l’abondance de ses grâces… Lorsque Dieu trouve une âme les mains vides, il lui verse des grâces en abondance. C’est un torrent… qui ayant trouvé une issue se répand avec impétuosité et avec abondance. Oui, souvent nous l’arrêtons ce torrent par le peu d’estime que nous en faisons…Lettre 1

A travers ses lettres il confie à son conseiller spirituel, ou à des religieuses ce qu’il vit :

          …Je me regarde comme le plus misérable de tous les hommes, déchiré de plaies… qui a commis toutes sortes de crimes contre son Roi. Touché d’un sensible regret, je lui déclare toutes mes malices ; je lui en demande pardon, je m’abandonne entre ses mains pour faire de moi ce qu’il lui plaira. Ce Roi plein de bonté et de miséricorde, bien loin de me châtier, m’embrasse amoureusement, me fait manger à sa table, me sert de ses propres mains, me donne les clefs de ses trésors et me traite en tout comme son favori; il s’entretient et se plaît sans cesse avec moi en mille et mille manières, sans parler de mon pardon ni m’ôter mes premières habitudes. Bien que je le prie de me faire selon son cœur, je me vois toujours plus faible et plus misérable, cependant plus caressé de Dieu. Voilà comme je me considère de temps en temps en sa sainte présence. LT 2

Que nous serions heureux si nous pouvions trouver le trésor dont parle l’Evangile…Je ne sais ce que je deviendrai. …LT 5
… Mais Dieu sait très bien tout ce qu’il nous faut, et tout ce qu’il fait est pour notre bien. Si nous savions comprendre combien il nous aime, nous serions toujours prêts à recevoir également de sa main  le doux et l’amer…Occupons-nous entièrement à connaître Dieu…Ne nous arrêtons pas à chercher ou à aimer Dieu pour les grâces qu’il nous a faites quelque élevées qu’elles puissent être… Il est au milieu de nous, ne cherchons pas ailleurs. » LT 16 Pensons souvent … que notre unique affaire en cette vie  est de plaire à Dieu…Nous avons agi .., de nombreuses années en religion. Les avons-nous employées à aimer et servir Dieu…qui dans sa miséricorde est toujours à nos côtés, prêt à nous pardonner. LT 8

Paroles du Pape François. (Le visage de la Miséricorde)

« Jésus-Christ est le visage de la Miséricorde du Père… “Quand tout fut disposé selon son dessein de salut, Dieu envoya son Fils né de la Vierge Marie” nous révéler de façon définitive son amour… A travers sa Parole, ses gestes, et toute sa personne, Jésus de Nazareth révèle la miséricorde de Dieu…
La miséricorde est source de joie, de sérénité et de paix…
La miséricorde c’est l’acte ultime et suprême par lequel Dieu vient à notre rencontre…
La miséricorde c’est le chemin qui unit Dieu à l’homme… »

Résonnance dans ma vie
« Ce Roi plein de bonté et de miséricorde, bien loin de me châtier, m’embrasse amoureusement, me fait manger à sa table, me sert de ses propres mains, me donne les clefs de ses trésors et me traite en tout comme son favori… »
            Et pour moi, la miséricorde, c’est quoi ?

Prière.colchique
Béni le Seigneur, ô mon âme,
n’oublie aucun de ses bienfaits,
Lui qui pardonne toutes tes offenses…
Il est tendresse et pitié…
Il est lent à la colère et plein d’amour…
Comme est la hauteur des cieux sur la terre,
puissant est son amour pour ceux qui l’aiment,
Comme est loin l’orient de l’occident
il éloigne de nous nos péchés…
Ps 103

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La miséricorde à la lumière des saints du Carmel Thérèse d’Avila 2

Editorial 

Thérèse-sculptureFilippo-della-Valle basilique st-pierre romeDans le précédent feuillet Thérèse nous a relaté son expérience de la Miséricorde du Seigneur durant toute sa vie.
Dans ce feuillet, nous regarderons et nous prierons avec Thérèse les « Exclamations ». Dans ces textes rédigés après la communion on est frappé de la vigueur qui en émane, de la sûreté théologique avec laquelle la Madre exprime ce qui lui tient à cœur… Elle le dit à Dieu lui-même, se le dit à elle-même, mêlant réflexion et prière, comme la trame et la chaîne d’un même tissu.
«Ces Exclamations »  ne sont destinées à personne qu’à elle-même, obéissant certains jours à une sorte de nécessité intérieure.
« 
C’est afin qu’au jour où mes misères se font vivement sentir et où ma raison s’aveugle, j’essaie de la retrouver dans cet écrit de ma main » Exclamation 17.
Ni la Sainte, ni ses filles n’y font allusion et aucune date de rédaction ne nous est précisée.

        Dans « l’Exclamation 7», Thérèse chante son allégresse. Devant son extrême misère, elle compte sur la Miséricorde divine, source en la Trinité Sainte d’une insondable gratuité.
« Ô Miséricorde sans bornes ! Ô faveurs si élevées au-dessus de nos mérites… Ô mon âme, considère avec quelle joie et quel amour le Père connaît son Fils, et le Fils connaît son Père, contemple avec quelle ardeur le Saint Esprit s’unit à eux… Ces trois personnes souveraines se connaissent, elles  s’aiment et elles sont les unes pour les autres une source de délices.
Quelle nécessité ont-elles donc de mon amour ? Soyez béni, soyez béni, vous, ô mon Dieu, à jamais. Que toutes les créatures célèbrent vos louanges… Que toutes les créatures d’ici-bas ne puissent jamais t’empêcher de mettre à ton tour tes délices et tes joies dans les grandeurs de ton Dieu. » Excl.7

       Dans ces textes Thérèse exprime son amour, ses désirs, son zèle pour Dieu et pour les hommes.
Ô Seigneur, comme vos Voies sont pleines de douceur… Je redoute de vivre sans vous servir… Je voudrais me consacrer tout entière à vous glorifier, et lorsque je considère bien ma misère, je vois que je ne puis rien de bon si vous ne me donnez de l’accomplir.
Ô mon Dieu, Ô ma Miséricorde ! Que ferai-je pour ne point défaire les magnificences que vous opérez en moi ? Vos œuvres sont saintes, elles sont justes ; car vous êtes Seigneur la sagesse même. Excl.1

       Assurée de rejoindre le désir de Dieu en lui parlant des hommes, Thérèse ne se fait pas faute de lui recommander les pécheurs parmi lesquels elle se compte.
« Comment est-il possible, Seigneur, qu’on perde le souvenir de tant de bienfaits et que  les mortels vous oublient jusqu’à vous offenser ? Ô mon Rédempteur… oubliant notre malice vous venez de nouveau nous tendre la main… pour que nous recherchions notre guérison et que nous vous la demandions. Béni soit un tel Seigneur ! Béni soit une si grande Miséricorde ! Louanges sans fin à une compassion si pleine de tendresse ! Excl 3.

Ô Seigneur de mon âme ! Vous qui êtes la Miséricorde et l’amour ! Vous avez dit encore « Venez à moi vous tous qui avez soif et je vous donnerai à boire. »
« Comment ne souffriraient-ils pas une soif dévorante, ceux que la convoitise des choses misérables d’ici-bas consume de ses flammes ardentes. »
Ah  !  Quelle  nécessité  ils  ont  de  votre eau pour n’être point complètement consumés ! Je le sais, ô mon Seigneur, votre bonté ne la leur refusera pas.
Ayez pitié de ceux qui n’ont pas pitié d’eux-mêmes ; et puisque leur infortune les a placés dans un tel état qu’ils ne veulent pas aller à vous, allez  vous-même à eux, ô mon Dieu ! Je vous le demande en leur nom. » Excl.9

« Ô Dieu de mon âme comme nous sommes prompts à vous offenser ! mais comme vous l’êtes davantage à nous pardonner.
Ô mon Bien, comme vous avez présentes les fautes que j’ai commises contre vous ! Qu’elles ne se renouvellent jamais, ô Seigneur ! Qu’elles ne se renouvellent jamais ni celles de tous les pécheurs… Daignez donc faire resplendir votre Miséricorde. Malgré ma misère je vous le demande pour les âmes qui ne veulent pas vous le demander. Vous voyez bien, ô mon Roi, quel tourment j’endure quand je vois les pécheurs songer si peu aux supplices qu’ils endureront toute une éternité, s’ils ne reviennent pas à Vous.
O vous qui êtes habitués à vivre dans les délices, les joies et les plaisirs et à faire votre volonté propre, ayez donc pitié de vous-mêmes, ô dureté des cœurs humains. Que votre immense Miséricorde, ô mon Dieu, les attendrisse ! Excl.10 

     Dans son zèle missionnaire, elle intercède à nouveau pour les pécheurs.
Ô mortels, revenez, revenez à vous. Jetez les yeux sur votre Roi. En ce moment vous le trouverez plein de mansuétude. Mais cessez pour toujours de montrer tant de malice… Rentrez, rentrez en vous-mêmes. Ouvrez les yeux ! Poussez de grands appels pour demander la lumière à Celui qui la donna au monde… Voyez Chrétiens, jamais nous ne pourrons arriver à comprendre tous les bienfaits dont nous sommes redevables au Seigneur, notre Dieu, ni les magnificences de ses miséricordes. » Excl. 12 

     La certitude d’une rencontre décisive, de l’assurance d’un royaume sans fin, prennent le pas sur toutes les impressions négatives liées à notre condition terrestre. S’adressant aux Saints du ciel, Thérèse leur demande :
« Ô âmes, qui jouissez sans crainte de votre bonheur et qui vivez toujours plongées dans les louanges de mon Dieu, que votre sort est heureux ! Que vous avez raison de ne pas discontinuer ses louanges !
Ô bienheureuses âmes du ciel, venez au secours de notre misère, intercédez pour nous auprès de la divine  miséricorde, afin qu’elle nous  donne part à votre félicité… Daignez nous aider ; puisque vous êtes si près de la source, daignez y puiser de l’eau, pour nous qui mourons de soif ici-bas. » Excl. 13

Résonnance dans ma vie.
Malgré notre fragilité, notre misère, notre péché, sommes-nous prêts à accueillir vraiment la miséricorde de Dieu ?

Prière.

« Vie qui donnes la vie à tous les hommes, source250
ne me refuse pas à moi cette eau si douce
que Tu promets à ceux qui la désirent.
Pour moi, Seigneur, je la désire,
je la demande, je viens à Toi.
Tu connais ma nécessité,
et Tu sais que cette eau est le vrai remède
de l’âme que Tu as blessée,
Ô Fontaines vivifiantes qui jaillissez
des plaies de mon Dieu,
coulez toujours en flots abondants
pour nous soutenir. » Excl. 9

 

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La miséricorde à la lumière des saints du Carmel- Thérèse d’Avila

    Editorial

 theresecompr__030423400_1101_18072011     Sainte Thérèse d’Avila, que l’Eglise nous donne comme maîtresse de vie spirituelle, est entrée dans le mystère de la miséricorde de Dieu. La miséricorde est au cœur de son expérience et de son message.
     Dans l’oraison, « relation d’amitié, où l’on s’entretient souvent seul à seul avec ce Dieu dont on se sait aimé »,  elle découvre l’action miséricordieuse de Dieu qui la relève de sa misère pour la conduire à partager sa propre vie.


Thérèse appellera le récit de sa vie : « le Livre des miséricordes de Dieu » . En relatant son itinéraire, son vécu, Thérèse nous livre son expérience de la miséricorde qui la sauve de ses dérives, de sa misère, de ses infidélités, qui lui pardonne et la renouvelle. 
(Dans tous ses Ecrits Thérèse chante la Miséricorde de Dieu. Dans ce feuillet nous nous limitons à recueillir quelques passages du  livre des miséricordes) 

« J’ai souvent pensé avec émerveillement à la grande bonté de Dieu et mon âme s’est réjouie en voyant sa magnificence et sa miséricorde infinie. Qu’Il soit béni pour ses bienfaits. » Vie ch.4 

« Seigneur, lorsque je vous quittais, vous ne me quittiez pas complètement, Vous, et pour me relever, toujours vous me tendiez la main ; souvent, Seigneur, je la repoussais et je refusais de comprendre que vous m’appeliez de nouveau. » Vie ch.6 

« Que n’aurais-je pas à raconter si je devais dire toutes les occasions dangereuses, dont le Seigneur m’éloignait durant cette époque de ma vie, et comment je retombais sans cesse !…  
Dans sa libéralité souveraine, il regardait non pas mes grands péchés, mais les désirs que je formais souvent de le servir et la peine que j’éprouvais de ne pas sentir en moi la force de les réaliser. » Vie ch. 7 

« Je vois clairement de quelle miséricorde le Seigneur a usé envers moi ….Si je me suis tant appesantie sur ces détails, c’est, je le répète, pour bien mettre en lumière la miséricorde de Dieu et mon ingratitude.
…malgré les fautes où tombe celui qui débute dans la vie d’oraison, il ne doit pas l’abandonner, l’oraison est le moyen qui lui servira à se relever. » Vie ch.8 

« La vue de l’amour que Dieu me portait, me donnait du courage ; et si j’ai désespéré très souvent de moi-même, je n’ai jamais perdu confiance en sa miséricorde….je me contentais de lui demander la grâce de ne plus l’offenser et de me pardonner mes grands péchés… C’était déjà à mon avis trop de bonté de sa part et vraiment trop de miséricorde, que de me supporter en sa présence et de m’attirer près de lui, car sans une telle sollicitude de sa part, je le voyais très bien, j’en serais restée éloignée. » Vie ch. 9 

« Il y a une âme qui Vous a offensé, non pas une fois seulement mais souvent,  et cette coupable c’est moi, … Sans doute, vous avez daigné en votre infinie bonté en tirer quelque bien ; et plus ma misère a été profonde, plus aussi elle fait resplendir le trésor incomparable de vos miséricordes. Et avec combien de raisons ne puis-je pas les chanter éternellement ! » Vie ch. 14

« La bonté de Dieu est plus grande que tout le mal que nous pouvons commettre. Considérez ce qu’il a fait pour moi qui me suis lassée de l’offenser avant que le Seigneur cesse de me pardonner. Jamais Il ne se fatigue de donner, on ne peut épuiser ses miséricordes, ne nous lassons donc pas de les recevoir. » Vie ch.19 

Thérèse de Jésus a toujours été une grande fervente du Christ, Il est l’incarnation de la miséricorde. 

« Ô Bien de tous les biens, ô mon Jésus, fortifiez vous-même mon âme…
D’où me sont venus tous les biens si ce n’est de Vous ?…
C’est par la très Sainte Humanité de Notre Seigneur que Dieu veut nous accorder des grâces…
C’est un très bon ami que le Christ, car nous voyons l’Homme en Lui, nous voyons ses faiblesses, ses épreuves, et Il nous tient compagnie ; si on en prend l’habitude, il nous est très facile de le trouver près de nous…  
C’est par ce Seigneur, qui est à nous, que nous viennent tous les biens… Contemplez sa vie c’est le meilleur modèle…
Chaque fois que nous pensons au Christ, rappelons-nous l’amour qu’Il nous a témoigné en nous accordant de si hautes faveurs, et la charité excessive de son Père qui le pousse à nous donner en Lui un tel gage de sa tendresse pour nous. » Vie ch. 22

« Je comprenais que s’il est Dieu, Il est homme aussi, qu’Il ne s’étonne point des faiblesses des hommes. Il sait que notre misérable nature est sujette à des chutes nombreuses par suite du premier péché qu’il est venu réparer. Je puis traiter avec lui, tout Seigneur qu’il est, comme avec un ami ». » Vie ch. 37

Paroles du Pape François  ( dans la Bulle  d’indiction du Jubilé de la Miséricorde.)

  « Nous avons toujours besoin de contempler le mystère de la miséricorde. Elle est source de joie, de sérénité et de paix…  La miséricorde, c’est le chemin qui unit Dieu et l’homme pour qu’il ouvre son cœur à l’espérance d’être aimé pour toujours, malgré les limites de notre péché … La miséricorde de Dieu n’est pas une idée abstraite, mais une réalité concrète à travers laquelle Il révèle son amour comme celui d’un père ou d’une mère qui se laissent émouvoir au plus profond d’eux-mêmes par leur fils. … La miséricorde est dans l’Ecriture le mot clé pour indiquer l’agir de Dieu envers nous. »

Résonance dans ma vie :

Thérèse n’a qu’un désir : nous entraîner à faire l’expérience de la miséricorde de Dieu ; Comment retentit en moi son témoignage ? Quel appel pour vivre concrètement le Jubilé de la Miséricorde ?

Prière

«  O bonté infinie de mon Dieu !….
Tu souffres en Ta présence celui que ta présence fatigue ! ….
O mon Maître ! De quelle bonté et de quelle patience,
tu uses envers lui !
Bon-Pasteur-5Tu attends qu’Il se fasse à ta manière d’être, et durant tout ce temps, Tu supportes la sienne !
Tu lui tiens compte, Seigneur, des rares moments
où il t’aime,
et au premier mouvement de repentir
tu oublies toutes ses offenses.

J’en ai fait bien clairement l’expérience ;
aussi je ne comprends pas, comment tout le monde
ne cherche pas
à s’approcher de toi par cette intime amitié …
En donnant la vie à notre âme, tu soutiens même la vie du corps et lui communiques de nouvelles forces. »
Vie ch. 8

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La miséricorde à la lumière des saints du Carmel- Elie le prophète

Editorial 

Carmel-Elie     Elie apparait aux jours les plus sombres de l’histoire du peuple de Dieu. Après la mort de Salomon, Israël s’est divisé en deux royaumes : dans le royaume du Nord, sept rois se sont succédé pendant 58 ans, incapables, méchants, infidèles et celui auquel Elie s’affronte les dépasse. Achab(874-853), « se mit à servir Baal et à se prosterner devant lui ». Sous l’influence de sa femme, la méchante et idolâtre Jézabel, il devient le chef de l’apostasie. Le temple de Samarie devient celui des dieux païens : Baal et tout son cortège de dieux naturistes.( cf I Rois 16,29-34)    

         Le Seigneur ne peut abandonner son peuple qui se tourne si facilement vers les faux dieux, Il envoie son prophète Elie, comme un nouveau Moïse : « J’ai vu la misère de mon peuple.. j’ai prêté l’oreille.. je connais ses angoisses. Je suis résolu à le délivrer » (Ex3,7-8 cf Dt 11,16-17). « Je les guérirai de leur infidélité, je leur prodiguerai mon amour » (Is.14,5)

         Elie, l’envoyé de Dieu,  se présente à Achab avec une assurance et une fermeté qu’il puise dans sa foi inébranlable et dans sa prière ardente. Il lui adresse ce message de la part du Dieu d’Israël:
« Par le Seigneur vivant, le Dieu d’Israël que je sers, il n’y aura ces années-ci ni rosée ni pluie, sauf à mon commandement » IR 17,1

Voilà Elie, investi de la puissance qui n’appartient qu’à Dieu, maître de la vie. « sauf à mon commandement « . Elie se met au service du Dieu vivant, le Dieu d’Israël. Dieu l’a choisi pour être le serviteur de cette vérité : c’est Dieu d’Israël qui seul donne vie, maître de la pluie et de la rosée, et non Baal. C’est le message que le prophète a reçu mission d’affirmer, au péril de sa vie, au roi et à ses contemporains qui oublient leur Dieu et se tournent vers les faux dieux. Le Seigneur a donné à son envoyé le pouvoir de parler et d’agir en son nom : « sauf à mon commandement » : au-delà du châtiment, une porte s’ouvre à l’espérance. « Tu sauras que le Seigneur ton Dieu est le vrai Dieu, le Dieu fidèle qui garde son alliance et son amour pour mille générations à ceux qui L’aiment et gardent ses commandements, mais qui punit …ceux qui Le haïssent »  (Dt 7,9-10)  « Comprends donc que le Seigneur ton Dieu te corrige comme un Père corrige son enfant, et garde les commandements du Seigneur ton Dieu pour marcher dans ses voies … » (Dt 8,5-6) 

Elie annonce le châtiment : la sécheresse (privation de vie), pour que le peuple d’Israël reconnaisse la toute puissance du Dieu vivant, le seul vrai Dieu. Après avoir annoncé au roi le châtiment, Elie n’attend pas la réaction d’Achab, il doit fuir d’ici. Il en reçoit l’ordre du Seigneur qui protège son serviteur : « Va-t-en d’ici, dirige-toi vers l’Orient et cache- toi au torrent de Kérit, tu boiras au torrent et j’ordonne aux corbeaux de te donner à manger là-bas » (IRois 17,3-4). Homme de foi, Elie obéit, retourne à sa solitude et à sa contemplation.

Le Seigneur se révèle plein d’attention, comme un père pour son serviteur. Il se préoccupe, non seulement de l’éloignement d’Elie, pour fuir la colère du roi, mais aussi de son bien- être, il doit manger et boire, pour garder ses forces. Il le prend entièrement à charge (bon samaritain !). Combien de temps ? Le serviteur l’ignore, fait confiance à son Dieu qui seul le sait.

« le torrent sécha… » Elie apprend que sa parole s’accomplit et lui-même risque de mourir de soif. Mais Dieu n’abandonne pas son envoyé : « Lève-toi et va à Sarepta…j’ordonne là-bas, à une veuve de te donner à manger « .
Elie se remet en route, rencontre cette femme, en terre étrangère. Il lui demande d’abord un peu d’eau, comme pour ne pas l’effrayer… et puis, un morceau de pain. Quel est cet étranger exigeant, alors qu’elle n’a plus rien et se prépare à mourir ainsi que son fils ?  « Ne crains rien… », à cette parole, la femme devine qu’Elie lui parle de la part de quelqu’un de plus grand.
Elie la rassure dans sa belle profession de foi, de confiance dans la miséricorde de Dieu : « Jarre de farine ne s’épuisera, cruche d’huile ne se videra jusqu’au jour où le Seigneur enverra la pluie sur la face de la terre »
Tel un bon samaritain, Elie a pitié de cette femme pleurant la mort de son fils. Il implore son Dieu : « mon Dieu, fais revenir en lui l’âme de cet enfant ». Sa prière est exaucée, l’enfant est rendu à sa mère ; une vie nouvelle commence : « Maintenant je sais que tu es un homme de Dieu et que la parole du Seigneur dans ta bouche est vérité !»

Trois années passent et le Seigneur se manifeste à Elie : « Va te montrer à Achab, je vais envoyer la pluie sur la terre ». Elie part… (IRois 18,1…), confiant en la miséricorde de son Dieu pour son peuple infidèle qui subit la famine. Elie se présente lui-même à son ennemi Achab avec hardiesse et grand courage puisés dans sa prière. Il lui propose le défi du sacrifice du Carmel (IR 18,20-39). Le miracle du Carmel tient avant tout, dans la démonstration du pouvoir et de l’efficacité de la prière ; Elie est seul à prier : « Seigneur,… réponds- moi pour que tout le peuple sache que c’est Toi qui es Dieu et qui convertis leur cœur » (v.37)
La prière suppliante d’un seul croyant témoigne de la miséricorde de Dieu pour son serviteur et pour son peuple. « C’est le Seigneur qui est Dieu ! » (v.39)

Elie reste en relation avec le roi Achab, qui cherche à le faire mourir; il lui donne un ordre bienveillant : « Monte, mange et bois, car j’entends le grondement de la pluie » (18,41). Elie entre en conversation avec son Dieu, dans une foi si profonde que le Seigneur l’entend. Dès que le nuage est visible, Elie prévient Achab de rentrer chez lui, car c’est une tempête qui se prépare.
Elie lui aussi a pitié du roi, se montre attentif à ses besoins et le Seigneur ne lâche pas son serviteur ; Il lui donne une telle force qu’Elie dépasse et court devant Achab comme pour signifier à ce roi que la puissance de Dieu qui l’habite, devance son pouvoir royal (18,44-46)   

Apprenant ce qu’Elie avait fait, la reine Jézabel entre en colère et veut la mort du prophète (IRois 19,1-2). Elie prend peur, perd courage, fait l’expérience de sa propre faiblesse. Il s’enfuit au désert et demande à Dieu de prendre sa vie. Cette fois, sa prière n’est pas exaucée ; Dieu seul est maître de la vie ! et une fois encore le Seigneur miséricordieux, plein de tendresse, vient au secours de son serviteur. Loin de le juger, le Seigneur l’aborde par une question : « Que fais-tu là Elie ? », Il le laisse dormir, reprendre des forces et le conforte dans sa mission. Elie part vers l’Horeb, là où le vrai Dieu s’est révélé à Moïse et où l’Alliance a été conclue (19,3-8).

« Que fais-tu là Elie ? – ‘’Je suis rempli d’un zèle jaloux pour mon Seigneur …les enfants d’Israël t’ont abandonné…et cherchent à m’enlever la vie’’- Sors et tiens-toi devant ton Dieu »
Elie a besoin de sortir de sa peur et de lui-même pour se recentrer sur le Seigneur qui lui a toujours été fidèle et qui va se manifester à lui dans  « le bruit d’une brise légère»  (19,9-12).  Quel réconfort !
Le Seigneur renvoie son fidèle serviteur à la mission qu’Il lui a donné : « Va, retourne par le même chemin…j’épargnerai en Israël tous les genoux qui n’ont pas plié devant Baal »  (19,15-18).  

Le Dieu d’Elie se révèle Dieu de fidélité, de bonté, de tendresse et d’amour pour son serviteur et pour son peuple. Elie, homme de foi et de prière,  en fait l’expérience personnelle : « La connaissance authentique du Dieu de la miséricorde… est une force de conversion constante et inépuisable » (Jn Paul II). Elie devient homme de miséricorde pour ses frères et pour ses ennemis. 

Résonances en notre vie
Aujourd’hui, le prophète Elie a-t-il un message pour nous ?
Que retenons-nous de son témoignage pour notre vie personnelle et communautaire ?

 Prière :                   

Dieu de tendresse et Dieu de pitié
Dieu plein d’amour et de fidélité en priere 2
Dieu qui pardonne à ceux qui t’aiment
Et qui gardent ta Parole.

Dieu dont l’amour remplit la terre, c’est Toi mon Sauveur !
Dieu notre Père dans les cieux, c’est Toi mon amour
Seigneur, dis-moi ton Nom, révèle-toi mon Dieu

Père des pauvres, Dieu des humbles, c’est Toi mon Sauveur !
Sauveur de tous les opprimés, c’est Toi mon amour
Seigneur, dis-moi ton Nom, révèle-toi mon Dieu

Maître du temps et de l’histoire, c’est Toi mon Sauveur !
Hier, aujourd’hui, dans tous les temps, c’es Toi mon amour !
Seigneur, dis-moi ton Nom, révèle-toi mon Dieu

(L 77. Lucien Deiss)

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Prier selon Edith Stein- Sœur Thérèse Bénédicte de la Croix

Editorial. 

14 edithsteinEdith Stein, sœur Thérèse Bénédicte de la Croix selon son nom de carmélite, est née en 1891 à Breslau en Silésie, dans une famille juive pratiquante.
Avide de connaître, elle fait des études de philosophie et devient l’une des premières femmes à soutenir sa thèse en 1917.
Après avoir perdu la foi de son enfance, connu le mal de vivre, en lisant la Vie de Thérèse d’Avila elle découvre que la Vérité qu’elle recherche, depuis tant d’années, c’est Quelqu’un, une Présence intime, le Christ. En 1922, elle reçoit le baptême et désire être Carmélite, mais devant la souffrance que ses choix occasionnent à sa mère, elle attendra douze ans avant d’entrer au carmel de Cologne.
Solidaire du peuple juif, persécuté par les Nazis, en août 1942, elle est déportée et gazée à Auschwitz.

Recueillons quelques paroles concernant la prière, glanées dans ses écrits :
« La prière est la relation de l’âme avec Dieu. Dieu est Amour, et l’Amour est Bonté qui s’offre elle-même, une plénitude d’être qui ne reste pas enclose en elle-même mais qui veut se communiquer, s’offrir aux autres et les combler de bonheur…La prière est l’activité la plus haute dont l’esprit humain soit capable…Mais ce n’est pas un acte accompli par l’être humain seulement…La prière, c’est une échelle de Jacob par laquelle l’esprit de l’homme va vers Dieu en s’élevant et la grâce de Dieu vers l’homme en descendant… » ( cf Amour pour Amour dans Source cachée)

« Chaque âme est un temple de l’Esprit : voilà qui ouvre une nouvelle et profonde perspective. » (cf. La prière de l’Eglise)

« …Beaucoup d’âmes sont tellement habituées à s’occuper des choses extérieures… qu’il leur semble impossible de faire un retour sur elles-mêmes. Ainsi ont-elles désappris à prier… » (cf l’Etre infini et l’Etre éternel)

« Rien ne doit nous détourner de nous enfermer en nous-mêmes, de nous isoler des bruits et de nous enfuir vers le Seigneur. Il est toujours présent et Il peut en un instant restaurer nos forces. […]
La première heure de ma journée appartient au Seigneur. La tâche qu’Il m’indiquera je l’accomplirai, mais c’est Lui qui m’en donnera la force… j’irai vers ce qu’Il me découvrira en un silencieux dialogue. » (Cf Les voies du silence)

« La prière de l’Eglise est la prière du Christ toujours vivant, elle a son modèle originel dans la prière du Christ durant sa vie humaine. »
« Jésus n’a pas seulement pris part au service divin prescrit par la Loi. Les évangiles parlent plus souvent encore de sa prière solitaire, à l’écart, sur la montagne, au désert, loin du bruit. […]
Le Christ priait intérieurement non seulement quand Il se retirait à l’écart de la foule, mais aussi lorsqu’il demeurait parmi les hommes. La prière sacerdotale du Sauveur nous dévoile le mystère de la vie intérieure…
Nous avons besoin des temps durant lesquels nous écoutons, attentifs et silencieux, et laissons agir en nous la Parole de Dieu jusqu’à ce qu’elle nous presse de porter des fruits dans notre sacrifice de louange et l’offrande de nos actes…
Nous avons besoin des formes traditionnelles, nous avons besoin de participer au service divin public, prescrit par l’Eglise pour que la vie intérieure demeure en éveil et sans déviance et y trouve son expression juste.
Le Christ est le chemin qui mène à la vie intérieure. […]
Il nous purifie du péché dans le baptême et le sacrement de pénitence, Il ouvre nos yeux à la lumière éternelle, Il ouvre nos oreilles pour percevoir la Parole divine, Il ouvre nos lèvres pour entonner le chant de louange, pour prier la prière de réconciliation, de demande, d’action de grâce ; et toutes ces prières ne sont que des formes différentes de la seule adoration, c’est-à-dire de l’hommage de la créature à Celui qui est toute-puissance et toute bonté. […]
C’est dans le secret et le silence que s’accomplit l’œuvre de Rédemption. Dans le dialogue tranquille du cœur avec Dieu se façonnent les pierres vivantes qui forment le Royaume de Dieu, c’est là que se forgent les instruments choisis pour son édification […]
Toute prière véritable est prière de l’Eglise : A travers toute prière véritable il se passe quelque chose dans l’Eglise et c’est l’Eglise elle-même qui la prie car c’est l’Esprit Saint vivant en elle qui, en chaque âme unique, « intervient pour nous par des cris inexprimables »  Rom. 8/26. (Cf La Prière de l’Eglise)

« C’est la vie intérieure qui est le fondement ultime : la formation se fait de l’intérieur vers l’extérieur. Plus une âme est profondément attachée à Dieu, plus elle est totalement abandonnée à la grâce, plus forte sera son influence sur l’édification de l’Eglise. »
                                                                                                                              (cf. Source Cachée)

« Pour pénétrer de vie divine toute une vie d’homme … il faut être chaque jour en relation avec Dieu, écouter les paroles qu’Il a prononcées …
La vie divine, en nous, demande continuellement une nourriture … c’est là certainement le chemin le plus sûr pour conserver l’union à Dieu et pour s’enraciner chaque jour plus solidement dans le Corps mystique du Christ Nous devons créer dans notre vie un espace pour le Sauveur eucharistique afin qu’il puisse convertir notre vie en sa vie. Est-ce trop demander ? …
Vivre de l’Eucharistie signifie sortir insensiblement de l’étroitesse de sa propre vie pour naître à l’immensité de la vie du Christ … Qui pourrait assister au Saint sacrifice de la messe, le cœur et l’esprit ouverts, sans être pris par l’esprit de sacrifice et par le désir de se fondre, lui et sa pauvre vie personnelle, dans la grande œuvre du Rédempteur ? »
                                                                                                                  (cf Le Mystère de Noël)

« Nous vivons aujourd’hui, de nouveau, en une époque qui a un besoin urgent de ce renouvellement provenant des sources cachées d’âmes unies à Dieu…afin que la face de la terre puisse être renouvelée… Avec une confiance pleine de foi nous devons livrer nos âmes à la motion puissante de l’Esprit Saint…Nous devons vivre avec cette certitude de foi que l’action cachée de l’Esprit Saint en nous, porte ses fruits dans le Royaume de Dieu. »  (Extrait d’une allocution composée par Edith Stein en 1940)

Le jour de sa canonisation le 11 Octobre 1998, Le pape Jean Paul II s’adressant aux pèlerins de langue française disait :  

«  Que la nouvelle sainte soit pour vous un exemple de vie spirituelle et intellectuelle ! Qu’elle vous aide à chercher Dieu en vous, et à vous chercher en Dieu pour trouver Celui qui est la Vérité et la source du bonheur éternel ! »

Résonnance dans ma vie… 

Les paroles d’Edith Stein interpellent la vie de prière de tout baptisé.
Pour moi, aujourd’hui, quels appels :
* pour renforcer mes convictions… ?
* pour renouveler certains aspects de ma vie de prière ?

Prière.   

pluie copieQui es- tu, douce lumière, qui me remplit
et illumine la ténèbre de mon cœur ?
Comme la main d’une mère, tu me conduis
et, si tu me lâchais,
je ne saurais faire un pas de plus.
Tu es l’espace enveloppant mon être
et l’abritant en toi.
Le rejetterais-tu,
il coulerait à pic dans l’abîme du néant
d’où tu le tiras pour l’élever vers la lumière.
Toi, qui m’es plus proche que je ne le suis moi-même
et pourtant insaisissable, inconcevable,
au-delà de tout nom, Saint-Esprit, éternel Amour.

(Extrait du dernier poème composé à la Pentecôte 1942)

Si vous souhaitez une rencontre pour réfléchir sur ce feuillet, vous pouvez le faire en vous adressant à : sœur Thérèse Lucie, 9 rue Brémesnil 50300 Avranches.
Tél. 02.33.58.19.10 ou à une sœur que vous connaissez ou à l’adresse internet suivante : ndmc.spiritualité@orange.fr
Site web : http://sœurs-notredamemontcarmel  Vous pouvez aussi rejoindre d’autres sites du carmel : www.carmes-paris.org/stj500 ou www.carmel.asso.fr ou www.pouvousjesuisnee.fr

 

Prochain feuillet en Octobre 2015

 

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Prier selon Saint Jean de la Croix

Editorial.

Jean de la Croix (7) copie        Qui est Jean de la Croix ? Jean de Yepes naît en juin 1542 à Fontiveros  (Espagne), dans une famille pauvre. Son enfance est  marquée par la souffrance : la mort de son père, puis de l’un de ses frères. Catalina et ses enfants vont connaître la misère, l’exclusion, l’errance… Arrivés à Médina del Campo, Jean a 9 ans,  fréquente le Collège des enfants pauvres. Adolescent, il devient infirmier à l’hôpital.  Remarqué par sa générosité, et ses aptitudes intellectuelles, il est admis au Collège des Jésuites. Rude école où se forge en lui  un tempérament combatif, déterminé, serein. A 21 ans, il entre au Carmel de Médina, poursuit des études brillantes à l’Université de Salamanque…Tourmenté par le désir absolu de Dieu, et d’une plus grande solitude, il envisage d’entrer à la Chartreuse. Mais il rencontre Thérèse de Jésus (Thérèse d’Avila) qui le persuade de ne pas quitter le Carmel mais de l’aider dans sa réforme. En novembre 1568, il fonde le premier couvent des Carmes déchaux (carmes réformés) à Duruelo, et prend le nom de Jean de la Croix. Là, il s’adonne à une vie de contemplation  intense et d’apostolat auprès des paysans des alentours. Jean de la Croix aura beaucoup à souffrir par les Carmes hostiles à la réforme : le cachot pendant 9 mois (c’est là qu’il écrit ses plus beaux poèmes), de lourdes charges de responsabilités, l’incompréhension de ses propres frères. Malade, épuisé, il meurt à Ubeda dans la nuit du 13-14 décembre 1591.

Ses plus grandes œuvres sont :
–  La Montée du Carmel (MC)
–  La Nuit obscure (NO)
–  Le Cantique Spirituel (CS A et B)
–  La Vive Flamme d’amour (VFl)
Il écrit ses poèmes pour exprimer et chanter sa relation vivante et vraie avec Dieu. Plus tard  il en écrira les commentaires pour tous ceux et celles qui cherchent Dieu et désirent entrer dans une vie de prière, une vie d’oraison. 
Jean de la Croix peut devenir le guide et l’ami de ceux qui cherchent une plus grande intimité avec Dieu,  pour chacun de nous. Il l’a été pour Thérèse de l’Enfant Jésus : dans presque tous ses écrits, elle emprunte et cite Jean de la Croix (plus de 100 fois, elle connaissait très bien ses écrits).

«Où es- tu caché, Ami ?…Ah ! découvre-moi ta présence(Cant. Spirit. B1)

Dieu nous précède et fonde la quête de notre désir de Le rencontrer :

« O Seigneur mon Dieu, qui te cherche  avec un amour pur et simple, te trouvera… car c’est Toi qui te montre le premier et sors à la rencontre de ceux qui Te désirent » ( Paroles de lumière et d’amour.2 ) 

 « Si l’âme cherche son Dieu, son Bien- Aimé la cherche avec infiniment plus d’ardeur. C’est Dieu qui, dans cette recherche, est le principal agent. C’est Lui qui doit la guider… La grande préoccupation (de l’âme) doit être de ne pas entraver l’action de l’Esprit Saint… » (Vive Flamme 3,28) 

Chemin exigeant : « La croix est le bâton destiné à nous servir de point d’appui, à nous faciliter la marche… » (Mont Carmel livre2 ch.7,7) 

« L’âme qui aime Dieu véritablement est prête à tout pour rencontrer le Fils de Dieu, son Bien- Aimé. Déterminée pour réussir dans sa recherche, elle pratiquera les vertus et s’adonnera aux exercices de la vie active et contemplative… La vraie manière de chercher Dieu, c’est de faire le bien en Dieu et de lutter contre le mal en soi- même…Il faut pour trouver Dieu, un cœur libre et fort, dégagé de tout mal » (Cantique Spirituel B 2/31,4) 

Le Christ tient une grande place dans la vie quotidienne, dans la contem-plation et dans tous les Ecrits de Jean de la Croix. La source préférée de sa recherche et de sa vie de prière, est l’Ecriture, l’évangile de Jean… 

« …le Verbe Fils de Dieu, avec le Père et l’Esprit-Saint, est, par essence et par présence, caché dans l’être intime de l’âme; par conséquent il faut que l’âme qui doit le trouver sorte de toutes choses, selon l’affection et la volonté, et entre en elle-même dans un très grand recueillement, considérant toutes les choses comme si elles n’existaient pas. C’est pour cela que saint Augustin, parlant à Dieu dans les Soliloques, disait: « Je ne te trouvais pas au-dehors, Seigneur, parce qu’au-dehors je te cherchais mal, puisque tu étais au-dedansDieu est donc caché dans l’âme et c’est là que le bon contemplatif doit le chercher avec amour en disant: « Où t’es-tu caché? »
     Ô âme, la plus belle d’entre toutes les créatures, toi qui désires tant connaître le lieu où se trouve ton Bien- Aimé pour l’y chercher et t’unir à lui, voilà qu’on te dit que tu es toi-même la demeure où il habite, le lieu secret où il est caché; c’est grande joie pour toi de voir que celui qui est ton bien et ton espérance est si près de toi qu’il est en toi, ou, pour mieux dire, que tu ne peux exister sans lui.. ». (C. S. B St.16-7) 

« Fixe ton regard sur Lui… Il est toute ma Parole !» (Jean fait parler le Père)

« Si je t’ai déjà tout dit dans ma parole qui est mon Fils, je n’ai maintenant plus rien à te révéler ou à te répondre qui soit plus que Lui. Fixe ton regard uniquement sur Lui, c’est en Lui que j’ai tout déposé, paroles et révélations ; En Lui, tu trouveras même plus que tu ne demandes et que tu ne désires… Si tu fixes les yeux sur Lui, tu trouveras tout cela ( paroles, visions, révélations ), d’une façon complète, parce qu’Il est toute ma Parole, toute ma réponse, toute ma vision, toute ma révélation. Or, je te l’ai déjà dit, répondu, manifesté, révélé, quand je te l’ai donné pour frère, pour maître, pour compagnon, pour rançon, pour récompense. Le jour où je suis descendu avec mon Esprit sur Lui, au Thabor, j’ai dit :  Celui- ci est mon Fils Bien- aimé, en qui j’ai mis tout mon amour, écoutez- le ! ( Mat.17,5.)
Considérez comment mon Fils m’a obéi et a été affligé par amour pour moi…
Fixez seulement les yeux sur Lui et vous y trouverez les mystères les plus profonds, les trésors de la sagesse et des merveilles divines qui sont renfermés en Lui…Si vous voulez encore d’autres révélations… regardez toujours dans son Humanité, et vous trouverez dans cette Humanité beaucoup plus que vous ne pensez… En Lui habite corporellement la plénitude de la Divinité ‘(Col.2,9.) … Nous devons toujours nous en tenir à ce que le Christ nous a enseigné. Tout le reste n’est rien… »  (Livre2 Montée du Carmel ch. 20, 5)

 Dans cette recherche, se laisser guider par la foi et l’amour.

“Sachons-le bien, le Verbe, Fils de Dieu réside en compagnie du Père et de l’Esprit-Saint dans l’âme et Il y est caché, et c’est là que le vrai contemplatif doit Le chercher… Que peux-tu désirer encore? Que cherches-tu au-dehors puisque tu possèdes en toi-même le Bien- Aimé que tu poursuis de tes recherches ? Réjouis-toi…Adore-Le en toi-même et garde-toi de Le chercher au-dehors… travaille à rester bien cachée avec Lui » … (CSB 1.6-7-8 )
“ Tu sais maintenant ce que tu as à faire pour trouver l’Epoux dans la retraite de ton cœur; cherche-Le dans la Foi et dans l’Amour…La Foi et l’Amour sont les deux guides d’aveugle qui te mèneront par des chemins inconnus de toi, jusqu’aux secrets abîmes de Dieu…La Foi joue le rôle des pieds qui portent l’âme vers Dieu; l’amour est le guide qui lui montre la route”. (CSB 1,11)

Résonnances dans ma vie :

Dans la lettre adressée à tous les consacrés, le Pape François nous pose cette question : « L’évangile est-il le « vademecum » pour notre vie de chaque jour ?… Jésus nous demande de méditer et de vivre ses paroles… d’apprendre à reconnaître son visage, le visage du Christ qui s’est fait semblable à nous et d’éprouver la joie de nous savoir semblable à Lui, qui par amour pour nous, n’a pas refusé de subir la croix » (Pape François) 

« Cette recherche du Bien- Aimé est continuelle…cherchez- Le en toutes choses et ne vous arrêtez à aucune que vous ne l’ayez trouvé…l’âme n’est occupée que de son amour » (Nuit Obscure Livre 2 ch.19,2)

  • « Jésus est- il vraiment notre premier et notre unique amour ?

Prière .

« O Dieu et ma Joie,                                   Dessin de Jn de la Croix
en ces paroles de lumière et d’amour de toi
mon âme a voulu s’employer pour l’amour de toi.
D’autres personnes, entraînées par elles,
progresseront, peut-être, en ton amour…
Tu
aimes, Seigneur, la mesure,
tu aimes la lumière, tu aimes l’amour.
C’est pourquoi ces paroles auront
la mesure nécessaire à la marche,
elles seront lumière pour éclairer le chemin,
et tout au long du chenin elles éveilleront l’amour.
Que restent donc au loin les bavardages
et l’éloquence sèche de
l’humaine sagesse,
inconsistante et ingénieuse, qui jamais ne te plaît,
et disons au cœur des paroles baignées
de douceur et d’amour
qui tellement te plaisent… »
(Paroles de Lumière et d’Amour, extraits du Prologue).

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Prier selon Elisabeth de la Trinité (2)

Editorial.

Dieu Trinité            Notre dernier feuillet nous a présenté Elisabeth de la Trinité aidant ses amis, sa famille à faire oraison, elle leur donne des conseils avisés pour parler à Dieu, tout simplement, comme à un ami et elle leur enseigne, avec beaucoup de zèle, qu’ils sont habités par Dieu, qu’ils sont temple de Dieu, que la Trinité a fait sa demeure en eux.             Ce  feuillet va nous faire entrer dans sa prière. Vibrer à ses grands désirs, l’entendre prier est une bonne manière de se mettre à son école Elisabeth est frappée au cœur par cette Parole de Saint Paul « Il nous a choisis afin que nous soyons saints et immaculés en sa présence dans l’amour…  à la louange de sa gloire » Elisabeth en fait son programme et son nom, à partir de ce moment, elle signera ses lettres :

   « Louange de gloire »

« Je voudrais tant  consoler  mon   Maître en  me  tenant  sans  cesse unie à Lui.  Je vais vous faire  une  confidence   tout intime :  mon rêve,   c’est d’être  « la  louange  de  sa gloire» Eph 1,12; c’est dans saint Paul que j’ai lu cela, et mon Époux m’a fait entendre que c’était là ma vocation dès l’exil en attendant d’aller chanter le Sanctus éternel en la Cité des saints. Mais cela demande une grande fidélité car, pour être louange de gloire, il faut être morte à tout ce qui n’est pas Lui, afin de ne vibrer que sous sa touche… Comme l’on sent le besoin de se sanctifier, de s’oublier pour être toute aux intérêts de l’Église… »

« Qu’elle est sublime, la mission de la carmélite; elle doit être médiatrice avec Jésus-Christ, Lui être comme une humanité de surcroît  en laquelle Il puisse perpétuer sa vie de réparations, de sacrifices, de louanges et d’adorations. »

« Oh, demandez-Lui que je sois à la hauteur de ma vocation et que je n’abuse pas des grâces qu’Il me prodigue; si vous saviez comme parfois cela me fait peur… Alors je me  jette en Celui que saint Jean appelle «le Fidèle, le Véritable », et je le supplie d’être Lui-même ma fidélité. »  L256 au chanoine Angles.

            La prière d’Elisabeth « ô mon Dieu, Trinité que j’adore » est le fruit d’une longue expérience contemplative et un résumé de ce que pense Elisabeth sur la Trinité. Elle est datée du 21 novembre 1904,  jour de la  Fête de la Présentation au Temple, Elisabeth a assisté à la messe et comme toutes ses sœurs a renouvelé ses voeux religieux.. Élisabeth a rédigé sa prière au cours de la journée ou pendant l’heure du grand silence; on ne travaillait pas ce jour-là.

            Sa prière s’ouvre et se termine par une invocation à la Trinité mais si les autres paragraphes s’adressent au Père, au Fils et à l’Esprit, ils sont tous christo-centriques. 

« O mon Dieu, Trinité  que j’adore, aidez-moi à m’oublier entièrement pour m’établir en vous, immobile  et paisible comme si déjà mon âme était dans l’éternité. Que rien ne puisse troubler ma paix, ni me faire Sortir de vous, ô mon Immuable, mais que chaque minute  m’emporte plus loin dans la profondeur de votre Mystère. Pacifiez mon âme, faites-en votre ciel, votre demeure  aimée et le lieu de votre repos. Que je ne vous y laisse jamais seul, mais que je sois là tout entière, tout éveillée en ma foi, tout adorante, toute livrée à votre Action créatrice.

              O mon Christ aimé crucifié par amour, je voudrais être une épouse  pour votre Cœur, je voudrais vous couvrir de gloire, je voudrais vous aimer… jusqu’à en mourir ! Mais je sens mon impuissance et je vous demande de me « revêtir de vous même », d’identifier mon âme à tous les mouvements de votre âme, de me submerger, de m’envahir, de vous substituer à moi, afin que ma vie ne soit qu’un rayonnement de votre Vie. Venez en moi comme Adorateur, comme Réparateur et comme Sauveur.

              O Verbe éternel, Parole de mon Dieu, je veux passer ma vie à vous écouter, je veux me faire tout enseignable, afin d’apprendre tout de vous. Puis, à travers toutes les nuits, tous les vides, toutes les impuissances, je veux vous fixer  toujours et demeurer sous votre grande lumière ; ô mon Astre  aimé, fascinez-moi  pour que je ne puisse plus sortir de votre rayonnement.

               O Feu consumant, Esprit d’amour, « survenez en moi » afin qu’il se fasse en mon âme comme une incarnation du Verbe : que je Lui sois une humanité de surcroît  en laquelle Il renouvelle tout son Mystère. Et vous, ô Père, penchez-vous vers votre pauvre petite  créature, « couvrez-la de votre ombre »,  ne  voyez  en  elle  que  le  « Bien-Aimé en lequel vous avez mis toutes vos complaisances »

              O mes  Trois, mon Tout, ma Béatitude, Solitude infinie, Immensité où je me perds, je me livre à vous comme une proie. Ensevelissez-vous en moi pour que je m’ensevelisse en vous, en attendant d’aller contempler en votre lumière l’abîme de vos grandeurs.   ( 21 novembre 1904-Notes Intimes n° 15)

Résonnances dans ma vie : Dans sa prière, Elisabeth se situe à sa juste place devant Dieu, regardons ce qu’elle demande pour elle. Quel est son idéal contemplatif et à quoi s’engage-t-elle ? Quel est l’aspect apostolique de sa prière ? Et ma prière à moi…

  • Est-elle christique ? trinitaire ? contemplative ? apostolique ?
  • Est-elle imprégnée de textes de l’Ecriture Sainte ?
  • Qu’est-ce que je demande à Dieu à Dieu ?

Prière. chapellecarmelDijon O Jésus, mon Bien-Aimé, Qu’il est doux de t’aimer, de t’appartenir, De t’avoir comme unique tout ! Que ma vie soit une oraison continuelle. Un long acte d’amour ! Dans le monde, Je t’offre la cellule de mon cœur, Que ce soit ton petit Béthanie. Viens t’y reposer, je t’aime tant. ( Notes Intimes n°5)  

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