Ecologie spirituelle et Thérèse de Lisieux n°4

Editorial

       Parce qu’elle est symbolique, la théologie de Thérèse est universelle, et aussi parce qu’elle est biblique : que ce soit la rosée, la myrrhe, la fleur, la lumière, la mer agitée par la tempête… Et Thérèse souvent se laisse rejoindre par la nature au plus profond d’elle-même, et prend des résolutions.

La « Petite Voie » est le message spécifique que Thérèse nous a laissé. Nous allons nous laisser enseigner maintenant et interpeller par elle à travers les symboles du petit oiseau, des aigles ses frères et de l’Aigle dans son manuscrit B, Folio 4-5.

« Comment une âme aussi imparfaite que la mienne peut-elle aspirer à posséder la plénitude de l’Amour?… O Jésus! mon premier, mon seul Ami, toi que j’aime UNIQUEMENT, dis-moi quel est ce mystère?… Pourquoi ne réserves-tu pas ces immenses aspirations aux grandes âmes, aux Aigles qui planent dans les hauteurs?… Moi je me considère comme un faible petit oiseau couvert seulement d’un léger duvet, je ne suis pas un aigle, j’en ai simplement les yeux et le coeur car malgré ma petitesse extrême j’ose fixer le Soleil Divin, le Soleil de l’Amour et mon coeur sent en lui toutes les aspirations de l’Aigle… Le petit oiseau voudrait voler vers ce brillant Soleil qui charme ses yeux, il voudrait imiter les Aigles ses frères qu’il voit s’élever jusqu’au foyer Divin de la Trinité Sainte… hélas! tout ce qu’il peut faire, c’est de soulever ses petites ailes, mais s’envoler, cela n’est pas en son petit pouvoir ! »

« Que va-t-il devenir ? Mourir de chagrin se voyant aussi impuissant?… Oh non! le petit oiseau ne va pas même s’affliger. Avec un audacieux abandon, il veut rester à fixer son Divin Soleil; rien ne saurait l’effrayer, ni le vent ni la pluie et si de sombres nuages viennent à cacher l’Astre d’Amour, le petit oiseau ne change pas de place, il sait que par delà les nuages son Soleil brille toujours, que son éclat ne saurait s’éclipser un seul instant. Parfois il est vrai, le coeur du petit oiseau se trouve assailli par la tempête, il lui semble ne pas croire qu’il existe autre chose que les nuages qui l’enveloppent; c’est alors le moment de la joie parfaite pour le pauvre petit être faible. Quel bonheur pour lui de rester là quand même, de fixer l’invisible lumière qui se dérobe à sa foi!!!… »

Thérèse nous parle de son impuissance et aussi des moments difficiles de la vie et y a répondu par un audacieux abandon : l’acceptation paisible dans l’humilité de sa petitesse, en restant confiante jusqu’au bout.

« Jésus, jusqu’à présent, je comprends ton amour pour le petit oiseau, puisqu’il ne s’éloigne pas de toi… mais je le sais et tu le sais aussi, souvent, l’imparfaite petite créature tout en restant à sa place (c’est-à-dire sous les rayons du Soleil,) se laisse un peu distraire de son unique occupation, elle prend une petite graine à droite et à gauche, court après un petit ver… puis rencontrant une petite flaque d’eau elle mouille ses plumes à peine formées, elle voit une fleur qui lui plaît, alors son petit esprit s’occupe de cette fleur… enfin ne pouvant planer comme les aigles, le pauvre petit oiseau s’occupe encore des bagatelles de la terre. Cependant après tous ses méfaits, au lieu d’aller se cacher dans un coin pour pleurer sa misère et mourir de repentir, le petit oiseau se tourne vers son Bien-Aimé Soleil, il présente à ses rayons bienfaisants ses petites ailes mouillées, il gémit comme l’hirondelle et dans son doux chant il confie, il raconte en détail ses infidélités pensant dans son téméraire abandon acquérir ainsi plus d’empire, attirer plus pleinement l’amour de Celui qui n’est pas venu appeler les justes mais les pécheurs… Si l’Astre Adoré demeure sourd aux gazouillements plaintifs de sa petite créature, s’il reste voilé… eh bien! la petite créature reste mouillée, elle accepte d’être transie de froid et se réjouit encore de cette souffrance qu’elle a cependant méritée… O Jésus! Que ton petit oiseau est heureux d’être faible et petit, que deviendrait-il s’il était grand?… (…) A son réveil, il ne se désole pas, son petit coeur reste en paix, il recommence son office d’amour, il invoque les anges et les Saints qui s’élèvent comme des Aigles vers le Foyer dévorant, objet de son envie et les Aigles prenant en pitié leur petit frère, le protègent, le défendent et mettent en fuite les vautours qui voudraient le dévorer. Les vautours, images des démons, le petit oiseau ne les craint pas, il n’est point destiné à devenir leur proie, mais celle de l’Aigle qu’il contemple au centre du Soleil d’Amour. O Verbe Divin,  c’est toi l’Aigle adoré que j’aime et qui m’attire, c’est toi qui t’élançant vers la terre d’exil as voulu souffrir et mourir afin d’attirer les âmes jusqu’au sein de l’Éternel Foyer de la Trinité Bienheureuse, c’est toi qui remontant vers l’inaccessible Lumière qui sera désormais ton séjour, c’est toi qui restes encore dans la vallée des larmes, caché sous l’apparence d’une blanche hostie… »

«  O Jésus! laisse-moi dans l’excès de ma reconnaissance, laisse-moi te dire que ton amour va jusqu’à la folie. Comment veux-tu devant cette Folie, que mon coeur ne s’élance pas vers toi? Comment ma confiance aurait-elle des bornes... Ah! pour toi, je le sais, les Saints ont fait aussi des folies, ils ont fait de grandes choses puisqu’ils étaient des aigles… Jésus, je suis trop petite pour faire de grandes choses… et ma folie à moi, c’est d’espérer que ton Amour m’accepte comme victime… Ma folie consiste à supplier les Aigles mes frères, de m’obtenir la faveur de voler vers le Soleil de l’Amour avec les propres ailes de l’Aigle Divin… Un jour, j’en ai l’espoir, Aigle Adoré, tu viendras chercher ton petit oiseau, et remontant avec lui au Foyer de l’Amour, tu le plongeras pour l’éternité dans le brûlant Abîme de Cet Amour auquel il s’est offert en victime.

O Jésus! (…) je sens que si par impossible tu trouvais une âme plus faible, plus petite que la mienne, tu te plairais à la combler de faveurs plus grandes encore, si elle s’abandonnait avec une entière confiance à ta miséricorde infinie. Mais pourquoi désirer communiquer tes secrets d’amour, ô Jésus, n’est-ce pas toi seul qui me les as enseignés et ne peux-tu pas les révéler à d’autres?… Oui je le sais, et je te conjure de le faire, je te supplie d’abaisser ton regard divin sur un grand nombre de petites âmes…»

Thérèse utilisera d’autres symboles inspirés du quotidien comme le petit roseau ou le petit grain de sable… pour expliquer ce qu’elle vit ou essaie de vivre. Ils parlent tous d’humilité, de dessaisissement, d’abandon, de pauvreté spirituelle et de petitesse. Il faut les compléter par tous les petits gestes simples que Thérèse conseille dans la relation fraternelle, une forme d’écologie intéressante à relire dans les feuillets « Vivre la fraternité » n°3 et 4 de l’an dernier.

Paroles du Pape François dans Laudato si’ :

 « L’exemple de sainte Thérèse de Lisieux nous invite à pratiquer la petite voie de l’amour, à ne pas perdre l’occasion d’un mot aimable, d’un sourire, de n’importe quel petit geste qui sème paix et amitié. Une écologie intégrale est aussi faite de simples gestes quotidiens par lesquels nous rompons la logique de la violence, de l’exploitation, de l’égoïsme.» n° 230

 Résonnance dans notre vie…

Quels appels puis-je entendre pour ma vie dans le sens de la simplicité, de l’humilité, de l’amour fraternel et de la confiance dans le Seigneur à travers ces mots, ceux de Thérèse ou d’une laïque : « Apprendre à se contenter de ce que l’on a, sans vouloir un « plus » superflu (…). Mieux encore : voir s’émerveiller des petites choses, brindilles de bonheur, de joie, qui jalonnent la journée : le chant des oiseaux à l’aube, la fleur qui s’ouvre dans le vase, les yeux gonflés et la mine boudeuse de l’enfant que l’on réveille, la bonne idée trouvée et encouragée par les collègues…, la litanie des petites béatitudes peut-être très longue quand on sait regarder tout près de soi. » cf Vives flammes 308 sur La vie ordinaire ?

Prière : Mon chant d’aujourd’hui (Poésie 5)

  1. Ma vie n’est qu’un instant une heure passagère,

Ma vie n’est qu’un seul jour qui m’échappe et qui fuit.

Tu le sais, ô mon Dieu! pour t’aimer sur la terre,

Je n’ai rien qu’aujourd’hui!…

  1. Oh! je t’aime Jésus! vers toi mon âme aspire,

Pour un jour seulement reste mon doux appui.

Viens régner dans mon cœur, donne-moi ton sourire,

Rien que pour aujourd’hui!

  1. Cette grappe d’amour, dont les grains sont des âmes,

Je n’ai pour la former que ce jour qui s’enfuit.

Ah! donne-moi, Jésus, d’un Apôtre les flammes, Rien que pour aujourd’hui.

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