Vivre la fraternité avec Thérèse d’Avila n°2

Editorial

                           A celui qui demande à Thérèse d’Avila, maîtresse d’oraison, une parole sur la prière, « l’entretien avec Dieu », elle commence par lui apprendre à «s’entretenir»  avec le prochain. Dans le Chemin de la Perfection (cf. Feuillet précédent), elle  expose une pédagogie du véritable amour fraternel, amitié profondément humaine mais tournée vers l’amour de Dieu dont la référence est l’amour du Christ, l’amour parfait, authentique. La relation avec le frère et la relation avec Dieu se fondent dans un même mouvement. L’amour du frère est à la fois condition et exigence de la vie d’union à Dieu.

                        C’est dans « l’entretien » avec Dieu, source et plénitude de tout amour qu’on peut apprendre ce qu’est  l’amour désintéressé, gratuit, découvrir son amour pour tout homme. L’oraison ouvre aux autres, dilate le cœur de l’homme, le fortifie pour le service des frères c’est l’affirmation constante de Thérèse d’Avila : « c’est ce que je veux que nous nous efforcions d’atteindre, mes sœurs, et désirons l’oraison  et consacrons nous à elle non pour jouir, mais pour avoir des forces pour servir. » 7 D4/14 

                   Ecoutons ce que dit Thérèse dans le Château intérieur, véritable traité de théologie spirituelle, au chapitre 3 des 5èmes Demeures  (5D / 3) :

                « Le Seigneur ne nous demande que deux sciences: celles de l’amour de  Sa Majesté et du prochain, voilà à quoi nous devons travailler. Si nous les observons parfaitement, nous faisons sa volonté, et ainsi nous lui serons unis.  Mais, je l’ai déjà dit, que nous sommes loin d’observer ces deux choses comme nous le devons à un si grand Dieu! Plaise à Sa Majesté de nous donner la grâce de mériter de parvenir à cet état; il est à notre portée, si nous le voulons.

                  Nous reconnaîtrons, ce me semble, que nous observons bien ces deux choses, si nous observons bien celle d’aimer notre prochain: ce sera le signe le plus certain; nous ne pouvons savoir si nous aimons Dieu, bien que d’importants indices nous fassent entendre que nous l’aimons, mais nous pouvons savoir, oui, si nous avons l’amour du prochain.                          

                   Et soyez certaines que plus vous ferez de progrès dans cet amour-là, plus vous en ferez dans l’amour de Dieu; car l’amour de Sa Majesté pour nous est si grand qu’en retour de celui que nous avons pour notre prochain il augmentera de mille manières celui que nous avons pour Sa Majesté: je ne puis en douter.

                  Il est de prime importance que nous soyons très attentives sur ce point, et si nous nous y attachons à la perfection, tout est fait ; je crois, en effet, vu notre mauvais naturel, que si notre amour du prochain ne s’enracine pas dans l’amour de Dieu, nous n’y atteindrons jamais parfaitement.  C’est pourquoi il est important pour nous, mes sœurs, de chercher à voir clair en nous dans les choses les plus menues sans tenir compte des très grandes qui s’offrent à nous toutes ensemble dans l’oraison, quand nous préjugeons de ce que nous ferons et entreprendrons pour notre prochain et pour le salut d’une seule âme; car si les œuvres qui suivent ne sont pas conformes, nous n’avons aucune raison de croire que nous y parviendrons. …

                    Quand je vois des âmes s’adonner diligemment à examiner leur oraison, si encapuchonnées qu’elles n’osent ni bouger ni détourner leur pensée pour éviter qu’un peu de leur plaisir et de leur ferveur ne se dérobe, j’en conclus qu’elles comprennent bien mal par quel chemin on atteint à l’union, et qu’elles pensent que toute l’affaire se réduit à cela. Mais non, mes sœurs, non : le Seigneur veut des œuvres; si tu vois une malade à qui tu puisses apporter certain soulagement, peu doit t’importer de perdre cette ferveur, aie pitié d’elle ; si elle souffre, souffre toi aussi ; et si c’est nécessaire, jeûne pour qu’elle mange à ta place : moins pour elle que parce que tu sais que le Seigneur veut qu’il en soit ainsi. Telle est la vraie union avec Sa volonté ; et si tu entends vivement louer une personne, réjouis-toi beaucoup plus que si on te louait toi-même. C’est facile, à la vérité, car l’humilité, si elle existe, serait plutôt peinée de s’entendre louer. Mais nous réjouir qu’on reconnaisse les vertus de nos sœurs est une grande chose, de même que, si l’on voit en l’une d’elles un défaut, le déplorer comme s’il s’agissait de nous-mêmes, et le cacher.

                 J’ai beaucoup insisté ailleurs (Le Chemin de la Perfection, chap. 7) sur tout cela, sachant, mes sœurs, que s’il y a ici une faille, nous sommes perdues. Plaise au Seigneur que ce ne soit jamais le cas. Si vous avez cet amour du prochain, je vous affirme que vous ne manquerez pas d’obtenir de Sa Majesté l’union dont j’ai parlé. Si vous constatiez qu’il vous fait défaut, même si vous avez de la ferveur et des joies spirituelles, même si vous croyez être parvenues à l’union, avoir eu une quelconque petite extase dans l’oraison de quiétude, (certaines imagineront immédiatement que tout est fait), croyez-moi quand je vous dis que vous n’avez pas obtenu l’union, demandez à Notre-Seigneur de vous donner, à la perfection, cet amour du prochain, et laissez faire Sa Majesté : Elle vous donnera plus que vous ne sauriez désirer, à condition que vous fassiez des efforts et que vous recherchiez, tant que vous le pourrez, cet amour-là ; contraignez votre volonté à être en tout conforme à celle de vos sœurs ; même si vous perdez vos droits, oubliez-vous pour elles, pour beaucoup que cela révolte votre nature; et cherchez à assumer des tâches pour en délivrer votre prochain, lorsque vous en aurez l’occasion. Ne pensez pas que cela ne vous coûtera guère, et que c’est déjà chose faite. 

                     Considérez ce que son amour pour nous a coûté à notre époux, lui qui pour vous délivrer de la mort mourut de la mort si douloureuse qu’est la mort sur la croix. »

Résonance pour notre vie :                      

                  Sainte Thérèse d’Avila a expérimenté  que le cœur qui s’est livré totalement à Dieu voit ses capacités d’aimer se dilater à l’infini. Il rejoint le prochain le plus proche comme le plus lointain pour désirer son bien véritable et met tout en œuvre pour le lui procurer

                   Les conseils jaillis de son expérience et de sa vie, conseils destinés aux premières carmélites et à leur vie fraternelle en communauté  peuvent nous rejoindre et nous stimuler pour progresser dans l’amour fraternel, nous aider à grandir en fraternité.

Prière à Sainte Thérèse d’Avila (extraite d’un chant) :

  Puisqu’enfin tu vois Dieu, Pour des siècles de joie,

  Brûle-nous de son feu, Nous vivrons comme toi !

Thérèse, fille intrépide, sur les pas de Jésus Christ, 

Le cœur brûlant, et l’âme avide, tu quittes tout, Il est ta vie !

Thérèse, femme inlassable, c’est l’amour qui t’a saisie,

Pour la fontaine intarissable, tu risques tout,  Dieu seul suffit.

Thérèse, sœur très humaine, passionnée de vérité,

Dans ton élan, tu nous entraînes à chercher Dieu et  à aimer.

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